Je sais bien la scène théâtrale française ne s'est pas déplacée en grand nombre à Elne. Et pourtant, il y a avait du 100% création à l'affiche. Pas seulement un monument, un chef- d'oeuvre, un succès, des "cracks" en tournée, d passage. L'affiche, elle était bien plus insolente, puisqu'elle offrait le travail d'un homme de théâtre trimant en pays catalan depuis déjà quelques années. Non, il ne s'y tourne pas les pouces, notre Karim Arrim. Il y avait au moins quatre raisons d'être dans la salle Gavroche vendredi dernier:. Parce que Karim invitait, parce qu'il s'attaquait à Eugène Ionesco (dont on peut pas dire que ce soit un auteur ni  yaourt ni fossile), parce que Karim était l'adaptateur dramaturgique du seul roman du père de la Cantatrice chauve et parce qu'enfin -la chose n'était pas courante jusqu'ici- il  y endossait les habits d'ombres et de lumières de l'interprète. Un "one man show" dirait-on dans un impropre anglo-américainanglo-américain. Plutôt  le registre du monologue, du soliloque,  de la confession déclamée (à nous prêtres, psychanalystes, journalistes, PUBLIC). Il aurait fallu sans doute relire attentivement( certains l'on fait)  le Solitaire pour apprécier à sa juste mesure ce que ce Testament (c'est sous ce nom que Karim nous propose sa lecture personnelle) a gommé, contracté, réorienté. S'il a poussé vers le compassionnel, ou  accentué l'indifférence. L'essentiel  assurément ne passe pas par cette estampille professorale, l'essentiel se trouve dans la performance de l' heure de beauté de texte que nous confie le comédien. A la fois si discret et présent, Karim n'est pas là pour se la péter physiquement comme certains débardeurs de sottises, mais pour être l'habitant privilégié et  mobile pragmatique ou désespéré. Jamais lisse, ou monocorde, avec tous les reliefs qui accompagnent les émois véritables. De l'homme ordinaire au fou. Du conformiste au révolté. Du sans lien à l'amoureux lâché. Cela, grâce à une double complicité. La mise en lumière et en tableaux - par des plans plus que des motifs. La mise en musique -qui ne craint ni la note nostalgique ni la surimpression parole/son. Deviner c'est aussi primordial qu'entendre et sommeiller ce n'est pas encoure ou ce n'est plus dormir tout à fait. Cela, c'est-à-dire, au fil du déroulement scénique,  la progression de Karim dans sa captation/ visitation de l'aventure humaine, vue sinon vécue par le grand Ionesco. Actuel? Et que, si ! De quoi s'agit-il? En fait De la confrontation tendre ou rageuse, avec  ses élans et ses déceptions, ses fragilités et sa pharmacie sentimentale ou métaphysique avec une Oeuvre. Ce texte d'après Ionesco qui est, avant tout, un magnifique jeu de langue [ faite de poésie vive -comme la chaux ou de philosophie de comptoir  -cet élixir paradisiaque des pauvres types ].  Jeu de langue au service d'un échantillon varié mais précis de situations [aux ambiances oniriques autant que réalistes ou cliniques]. Miroir de l'homme et de la vie, du "Je" et du Temps, de la solitude et de l'"être ensemble" (illusoire? perdu? impossible?). Et de toutes les  gammes de peurs: romanes, gothiques, baroques. Actuel? Ben, voyons! A peine avait-on remarqué (l'indication donnée un organisateur d'éteindre les portables), son entrée en scène. Et, voici que l'on reste, un temps dans le noir...silencieux, en attente d'encore plus de verbe et de lucidité par le verbe. Le Testament est bien achevé. Karim Arrim, bravo-tu nous a convaincus. Une langue, le théâtre, le regard sur soi, un vie décente, ni braillarde ni végétative, c'est du sérieux et du TOUT BEAU.
XXX