Il ne semble pas que la langue catalane soit une pathologie nosocomiale contractée en fréquentant trop les vieux vieux du pays. Elne (66 000) en a donné vendredi 17 avril une belle preuve de santé et de vigueur dans une de ces veillées poétiques, dont le paysage culturel nord catalan est bien avare. Le lieu, certes, n'était pas neutre: la Médiathèque qui est, à bien la visiter, la banque des oeuvres de l'esprit. La date, non plus, un 17 avril à cinq coudées du 23, jour de Sant Jordi Festa del Llibre i de la Rosa. De roses on n'en a vu qu'en affiches (et il fallait par conséquent faire preuve d'imagination pour les sentir), intégrées dans un assez jolie exposition didactique sur le saint, le dragon, la belle et les "books". Bref, une Sant Jordi apéritive. Mais surtout l'"organisation" avec ce "plateau" (comme l'on dit à TV3) de "primera" 'comme l'on dit un peu partout.) Quatre poètes... Ni fils d'Aymon ou porteurs d'Apocalypse mais fils du pays des trois rivières (Tec, Tet, Agli -pour éviter toute confusion) et mousquetraires de l'écrit. Ce quartet, quatuor ou quarté (appelez-le comme il vous plaira) comprenait Coleta Planas, Joan Tocabens, Joan Bosch, Joan Pere Sunyer. Ils faisaient l'affiche. Mais pour tenir le défi de convivialité que doit avoir toute convocation poétique , l'"organisation" avait également voulu une ouverture aux poètes d'Illibéris (traduire pour les plus modernes:  Helena, Elne...): Cebriana Detuyat, Gabriel (Biel) Escarrà et Charles Pupille et même aux auteurs des alentours, tel Vicenç Pérez i Verdiel '(Alénya). Alors, comptez, ça nous fait HUIT auteurs. Un bel échantillon de la production locale. En chair et en os, verbe et émotion en direct. Privilège! Et lune arge palette d'écritures, de thèmes, de références, de styles. Poésie élégiaque, poésie narrative, poésie plus formelle, poésie mélancolique, poésie ludique. De la pointe de larme à l'éclat de rire. Des textes ,dits par des auteurs qui ne sont pas automatiquement  hommes de scène et d'"interprétation", qui repassent par le corps, la mémoire et la voix de celles et ceux qui les ont imaginés et écrits. Voix plus ou moins aguerries à la lecture (nombre de nos auteurs proviennent de l'enseignement), quelque fois légèrement prise dans une bouffée inattendue de nostalgie, quelquefois profitant d'un public (et la salle était comble, et attentive comme dans une cérémonie commémorative, et silencieuse comme si elle attendait une remise de grâces) pour la laisser cabotiner un tant soit peu: un micro, c'est toujours tentant. La réussite de cette soirée? Incontestable. Ce n'était pas seulement une rencontre familiale, "communautariste" - comme ils disent. Une salle branchée poésie -et langue catalane- pendant deux heures et demie, et avouant, au final, son bonheur, vous ne pensez pas que cela ressemble même plutôt à un record? Le public était à dominante féminine Ce n'est pas un bémol. L'explication? l'Usap jouait... A Elne, les poètes eux ont gagné, ainsi que Dani et ses ami(e)s. Demandez-le à Pere Verdaguer, notre grande conscience de la langue et de la littérature, il était assis au premier rang, arbitre impérial comme jamais il ne l'a été.

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