Des Prix en veux-tu, en voilà! En pays catalan on n'est pas chiche en récompenses. pour un si et pour un non, comme dit la petite souris. Il est des prix vigoureux, d'autres hautains et quelques uns, ma foi,  bien légers. Des prix fameux et d'autres..mal aimés, mal connus ou mal médiatisés. Le Prix, dites Premi -c'est mieux!- Joan Blanca est sans doute de ces derniers. Qui le décerne? en quoi consiste-t-il? A-t-il un poids monétaire? Est-il emballé dans du vent? Autant de questions sans réponses qui vous excluent automatiquement de la palme, du laurier et des faveurs et de l'accolade qui les accompagnent. Comparé au Méditerranée et à l'Afred Sauvy ce Joan Blanca, du paysage nordcatalan, est un déshérité... et pourtant il existe depuis 1994. Marqueur d'une catalanité active, instauré par des élus municipaux d'Unitat Catalana de la fin du vingtième siècle. Il rappelle tout autant un personnage qu'une époque, et le nom de Joan Blanca n'a peut-être survécu que par le titre de « Fidelissima Vila » que le roi Joan II accorda à la ville de Perpinyà, assiégée en 1475 par l’armée de Louis XI et défendue par Joan Blanca ( ?- ?), consol en cap,  jusqu’au sacrifice de son propre fils.

En 1975, à l'occasion du Vème Centenaire  du titre. Une plaque au nom de Joan Blanca était apposée sur un muer extérieur du Castillet. Et près de vingt ans plus tard par la volonté des élus catalans est créé le Premi Joan Blanca. Sans visage et doté d'une bien courte biographie, Blanca a traversé les siècles. Il a été retenu -et instrumentalisé- par une version de l’histoire locale comme une figure patriotique locale et de résistance contre les assauts des ennemis des libertés municipales. Une autre version ne lui accordant qu'une importance de curiosité anecdotique et folklorique. Si, dans les premiers siècles, la symbolique du personnage a du se nourrir du célèbre « Dulce Et Decorum Est Pro Patrio Mori », elle devait passer, au fil des guerres ou des révolutions, des enjeux politiques et idéologiques, de cet ancien lyrisme horacien (accepté par les sensibilités nationalistes de gauche et de droite, et ce, sous la Monarchie comme sous la République), à une image de posture civique.

Parfois, on ironise sur ce prix. On interpelle son mystère et on moque son manque d’épaisseur.Et on rappelle qu’il n’y a même pas l’entière unanimité des historiens pour "historiser" le personnage, la date et les faits, et on se contente de se transmettre une micro-légende, un micro-mythe, d’"agiter hochet familial » (ai-je même entendu dire de façon assez méprisante à l’égard de ce qui est local, voire hyperlocal). Il est vrai que ce Joan Blanca souffre d’un déficit de documents d'archives et, en conséquence, d’un déficit de récits le concernant, pas seulement d’Histoires mais aussi (surtout ) d’Arts. Si un Cervantès, un Corneille…un Camus ou un Verdi s’en étaient emparé, sa postérité de héros tragique aurait été certainement tout autre. (Il n’y a que des génies qui peuvent métamorphoser les nains en géants, il leur suffit d' actionner le zoom de leur perspicacité…) On regrettera,  cependant avec nos amis de la place de la Loge que des créateurs de Perpignan, nos contemporains,  n'aient jamais essayé de le mettre en roman, en musique, en images, ou en scènes.

Par le passé des tentatives ont existé… Au début du XIX° siècle, par exemple, il y a eu un opéra dont l'auteur est un certain E. Sebe. (lequel ne croule pas sous la documenation consultable)  L'opéra Blanca fut monté et joué trois fois au Théâtre de Perpignan au début du mois de mars 1816. Ce fut, aux yeux de la critique, loin d’être un succès,  et cela tourna même à la polémique publique. On peut d'ailleurs en suivre le feuilleton presque complet dans le journal du département de l’époque, à savoir « Feuilles d’affiches, annonces et avis divers…»,durant tout le  moins de mars 1816 en page spectacles, les samedis 9 (N° 29), 16  (N°30), 23 (n°31), et 30 (N° 32). Voici un petit échantillon de la réception critique et de ce qu'était la liberté de la presse, d'une certaine presse. « Mais Blanca qui du haut des remparts avait si glorieusement bravé la barbarie des assiégeans, devait-il être immolé sur le théâtre d’une manière aussi cruelle par un de ses descendans". Les comédiens ne sont pas ménagés;seuls les airs de musique y paraissent sauvés. Revenons au prix.

Le Joan Blanca a dix-sept ans. Il a récompensé trente-quatre personnes, soit dix- neuf hommes et treize femmes. Natives ou résidentes de Perpignan, qui se sont  illustrées dans la défense et la promotion de la langue, de la culture ou du patrimoine catalans. 2011 paraît constituer un tournant, le jury du prix ayant porté son choix pour la première fois sur une personnalité éminente du monde politique et une personnalité très dynamique du monde sportif. De 1994 à 2005, les récipiendaires du Joan Blanca se sont vus remettre une statuette féminine modelée par les mains de José Bonhomme. En 2006, les deux lauréats ont été récompensés par une réalisation de Nick Joosten et c’est une création originale de Jean-Philippe Lavail qui honore les primés depuis 2007.

LISTE DES PRIMES

1994: Sebastià Vergès + & Renat Llech-Walter +

1995: Margarida de Descatllar+  & Pau Roure +

1996: Pere Ponsich  + & Enric Balalud +

1997: Renada Laura Portet + &  Pere Taillant +

1998: Solange Bauby + & Rita Gual Casals +

1999: Araceli Sabaté + & Jordi Barre +

2000: Eliane Comelade &  Anita Jordà +

2001: Lluís Lliboutry +  & Pierrot Sielva

2002: Alícia Marcet &  Pere Verdaguer 

2003: Bringuet Ballester  & Joan Iglesis 

2004: Patrick Gifreu  & Miquela Vaills

2005: Empar Noguer  & Gabriel Massana + 

2006: Odeta  & Jordi  Carbonell.

2007 : Gerard Jacquet & Cillie Motzfeld

2008 : Joan Miquel Touron & Pere Pujuila +

2009: Esteve Vaills &  Jaume Queralt.

2010: Maria Àngels Falqués & Joan Pere Olive +

2011: Joan Pau Alduy & Bernat Guasch.

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