Et bien... une image, de quelque nature qu'elle soit -serait-elle virtuelle, par exemple- ça ne pousse pas tout seul,... non ça ne tombe pas du ciel. Il y faut, au commencement et à la fin, un esprit castor. Voilà: faire, creuser, monter, bâtir...Manipuler quoi, si vous vous sentez plus matérialiste que ce spiritualiste voguant au gré des inspirations (qui viennent, ou ne viennent pas). Autant s'installer, comme Bettina David Fauchier, devant son établi (hier appelé atelier ou laboratoire, et aujourd'hui, et pourquoi pas ne pas suivre le flux populaire, un ordi et ses fouilles pleines de données) données en mains. Des données en tous genres, venant de l'ancienne planète argentique et des aéronefs de la reproduction. Qui aime les images, adore les manipuler mais en conscience. Ainsi respectées, ces images peuvent se démettre de leur statut et de leur pouvoir. Alors, elles laissent découper, disloquer. Coupe verticale, coupe horizontale, elles ne protestent pas. Elles savent que la violence ressentie mais dont elles retiennent le cri est le prix à payer à la fondation d'une nouvelle image. Une autre image, composée, unifiée par le rassemblement de fragments préalablement découpés, démembrés d'un tout qui voguait ô gué ô gué, arrachés à un sens, à une identité, à une localité qui les classait dans une langage, dans une culture, dans un patrimoine. De ce sens précis, de cette identité reconnaissable, de cette localité nommable, Bettina David Fauchier n'a aucune cure. Ce qui l'intéresse, c'est ce bout de matière (bout de lumière et bout de forme) que son oeil repère et sélectionne, c'est ce bout de plan, ce bout de structure que sa main prend, juxtapose et ajuste, ce que son oeil -c'est fou ce que l' oeil abat comme boulot- vérifie, accompagne, de droite à gauche, de haut en bas (mais les acrobaties ne sont pas aussi aisées que je les décris), arpente une planéité, juge une profondeur et que sa main (c'est vous ce qu'une main nous a ramené de Lascaux!) réarrange pour faire taire un angle d'immeuble et donner ainsi davantage de prégnance à un contraste de clartés ou de coloris. Le champ de travail de Bettina David Fauchier est l'urbain. Non pas, l'urbain de l'immobilier: Rien à mettre en valeur, rien à vendre! Non plus, l'urbain (pittoresque, insolite ou hideux) chassé par une Diane reporter. Ni photo d'archi ni photo de pub. Il y en a plein les magazines, cela ne vous suffit donc pas? Non plus cet urbain des montreurs d'illusions citadines: affichées dans toutes les rues, collées à toutes les façades, boursouflant de méchants reflets monuments et gratte-ciels. Bettina David Fauchier ne promet pas un "joli habiter", une quelconque ville à posséder...elle ne prescrit rien. Elle déréalise, abstractise. Elle fractionne et ne se fie qu'à la qualité du papier et aux épousailles de sombres et lumières. Elle fait ce que bon lui semble et parce qu'elle en pince (ce n'est point péché, ni perversion) pour l'art visuel. Ben, oui! La photographie est un art visuel et le photo-montage l'une de ses modalités. Et ce photo-montage, qu'est-ce donc qu' une bonne clef vers l'utopie. Notre artiste -elle l'est-  quitte l'ordi et le tirage (exemplaire unique!) et accroche au mur des utopies visuelles. Vingt sept exactement, c'était, lors d'une exposition personnelle que nous avons eu la chance de voir dans l'Atelier d'Urbanisme de Perpignan (66000), entre Rameaux et Pâques. Bettina David Fauchier, qui -confidence- a fait ses premières classes dans la peinture avant de changer son fusil d'épaule pour taquiner de passion dévorante la photographie, est une sacrée piégeuse, qui s'ingénie à perturber notre perception... pour l'inviter à sauter hors des clôtures des assignations, par-dessus de fausses palissades qui miroitent, et courir s'ébrouer d'aise des prairies, sans socle publicitaire, si ce n'est celui d'une cohérence ou celui d'un séduction visuelles. 

O. REU-VAUAR