Mercredi dernier à Château-Roussillon, dans la petite et précieuse église du XII° siècle, l'historien André Balent a passionné son auditoire, bien fourni, en retraçant la vie d'un "Perpignanais méconnu": Robert Rius (1914-1944).  Né à quelques mètres de la dite chapelle, où il a peut-être été baptisé, André Balent avec érudition et esprit critique a fait revivre sous des voûtes ou des plaques de fresque résistent, la famille (dont des descendants étaient devant lui), l'homme, ses engagements et aussi sa fin tragique, à l'âge de 30 ans. Famille paysanne. Des études à Saint-Louis de Gonzague. Albert Bausil et le Coq catalan. Ses premiers essais littéraires. Son goût pour la peinture, son ami Espinouze (le peintre Espinosa). La rébellion, son désir d'aventure. La montée à Paris -après un séjour à Toulouse. Des petits métiers: artisanat et commerce. La rencontre du milieu surréaliste (A. Breton -dont il sera le secrétaire et homme de confiance-, B. Péret, J. Hérold, mais aussi Victor Baruner, Oscar Dominguez). Ses premières oeuvres graphiques (à plusieurs mains), sa contribution aux tracts surréalistes. Son mariage avec Laurence Iché (fils du grand sculpteur), la mort en bas-âge de leur fille. L'engagement politique (communiste et trostkyste). Ses liens avec Picasso et Eluard (André Balent révélera qu'il fut le premier à éditer son célèbre poème "Liberté").  Et, sous l'occupation: la résistance littéraire (revue clandestine), la résistance armée (lui ancien pacifiste) avec un groupe de poètes (Simonpoli, Ménégoz...) de la revue "La main à plume" (tout aussi digne, avait écrit en son temps Rimbaud, que "La main à charrue"). Et sa fin tragique: arrêté (dénoncé?) et exécuté au pistolet mitrailleur en forêt de Fontainebleau. Aujourd'hui, on commence à mieux connaître la biographie de Robert Rius, le site internet qui porte son nom y pourvoit comme le très convaincant biographe catalan André Balent. Cependant son travail de peintre, de poète, d'éditeur, de photographe pourtant bien engagé reste encore à découvrir. Comme reste encore à préciser l'hopitalité que les familless Rius et Antoine Blanc (du nom du deuxième époux de sa mère, fille Lanolier) offrirent, à partir de 1940, à quelques amis "parisiens" de Robert. Pour André Balent, il n'y a aucun doute, Robert Rius est une figure "de chez nous" qui compte. Il a contribué à lier Perpignan à l'art contemporain par le biais du surréalisme. Parmi les oeuvres connues, qu'il a apportées au patrimoine de ce mouvement et de l'imaginaire révolutionnaire, le conférencier a cité le recueil "Frappe l'écho", illustré par Victor Brauner. Chose étonnante pour le conférencier -et pour ses auditeurs- ce Robert Rius n'a dans sa ville natale ni rue, ni place, ni médiathèque portant son nom. Cette année 2014, qui coïncide  avec le centième anniversaire de sa naissance et le soixante-dixième anniversaire de son exécution par les nazis (fauchant dans la fleur de l'âge un artiste des plus singuliers sur le point de prendre son plein envol) aurait pu et du le permettre. Il n'est peut-être pas encore trop tard pour lui en faire hommage, dans une commune connue pour ne pas être chiche en plaques commémoratives. Les deux associations organisatrices de la conférence d'André Balent, l'APHPO et l'APAD, lui en sauraient certainement fort gré.

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