Roger Cosme Estève est un peintre connu et célébré. Né à Néfiach, près de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales, il vit depuis maintenant près d'un septennat à Gaillac, où d'ailleurs le Musée des Beaux Arts de la Ville qui n'a pas froid aux yeux lui a consacré une somptueuse exposition en 2013 appelée "La lumière je l'ai trouvée dans les arbres". Le texte qui l'accompagnait était signé par l'écrivain Didier Goupil. Ce dernier, né à Paris, a résidé un temps à Perpignan, où les deux hommes -Estève taquinait aussi la plume, Goupil ne manquait pas d'intérêt pour les arts plastiques- firent connaissance, s'apprécièrent et se lièrent. Jusqu'à faire, aujourd'hui l'un à Gaillac et l'autre à Toulouse, distants mais non séparés, cause commune. A la manière d'un Montaigne et d'un La Boétie, à cette notable différence que, de nos jours, le cheval n'est plus le seul moyen de voyage, dans la géographie physique ou imaginaire. Et, en cette matière du voyager, les deux explorateurs comparses en connaissent un bon bout et, le souligner n'est pas ici ironiser, le bon bout. L'échange créatif. Goupil a écrit avec "Le Roi de Bois" l'un des plus beaux textes jamais inspirés par le peintre catalan "Roger Estève est un nomade, un peintre, un migrateur. Qui vit ici et ailleurs. Mais toujours le pinceau à la main." Rien de bien surprenant à ce que le peintre, se trouvant à Gaillac, ait fait de bien convaincants tableaux avec les belles forêts de ses alentours. Le romancier- poète (inoubliable auteur de "Femme du Monde", 2001)n'en est pas non plus à ses premiers essais. Il a déjà prouvé par ses actes écrits qu'il a de la chair et du style, de la clairvoyance et de l'humanité, autant de qualités que ses nombreux lecteurs sont impatients de retrouver dans sa prochaine production. En Roger Cosme Estève, il semble avoir trouvé un personnage archétypal, un modèle mi-chevalier errant, mi-portrait d'ancêtre accroché dans le couloir des souvenirs pour la postérité. Le peintre a de l'étoffe, des étoffes faudrait-il préciser, les unes cotonneuses, d'autres plus soyeuses, le romancier y découpe ses patrons d'humanité, la figure du héros alter-ego de l'auteur. On peut le suivre, sans que nous soyons plongés dans un quelconque feuilleton balzacien, dans "Les tiroirs de Visconti", son dernier récit paru en 2013 aux éditions Naïve Livres et dans le prochain, à paraître à la mi-août 2015 chez  Le Serpent à plumes et qui porte comme titre  "Journal d'un Caméléon". Il y relate "les déambulations d'un artiste peintre confronté aux différentes identités qui coexistent en lui." Voici, comment l'écrivain justifie ce compagnonnage:

 "Comme les Tiroirs de Visconti, ce dernier livre s'inspire d'un personnage réel, à savoir le peintre Roger Cosme Estève, et s'inscrit, si je m'autorise ce néologisme, dans le registre de l'autrui-fiction."

En voici un très court extrait.

 

(...) L’homme n’existait pas. Estève voulait bien concéder qu’il existait des individus, des créatures. Mais l’homme, non, il ne connaissait pas. Il ne l’avait jamais vu. Il ne l’avait jamais rencontré ni même aperçu. Et pourtant, toute sa vie, on avait tout fait pour le persuader du contraire. A l’école, à l’armée, aux Beaux-Arts encore où on voulait absolument lui faire croire que la Peinture existait toujours, alors qu’il suffisait d’avoir entendu une fois dans sa vie parler de Marcel Duchamp pour savoir qu’elle était morte et bel et bien enterrée depuis des lustres. Son père, sa mère, les femmes qu’il avait aimées, tous avaient voulu qu’ils soient un homme. L’homme, pensait-il, n’existait pas plus que la pipe de Magritte et cet être dont on lui parlait et qu’il aurait fallu qu’il devienne n’était rien d’autre qu’un uniforme qu’on voulait qu’il endosse pour le brider à volonté." (...)

 

Mais que fait pendant ce temps le peintre inspirateur et quelque part nourricier de Didier Goupil. Et bien, pendant ce temps-là, Roger Cosme Estève ne se roule pas les pouces. Il contemple monde et mappemonde. Il voyage... Ou... il peint. Ou... il expose. C'est actuellement le cas, et jusqu'au 25 juillet 2015 dans le Marais parisien, à la galerie CONVERGENCES, où il partage les cimaises avec quinze autres plasticiens-maison. Le vernissage de cette exposition a eu lieu le 2 juillet. Estève et Goupil y étaient comme UN SEUL HOMME. DUO IN CARNE UNA?

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