PEUT-ETRE, SANS DOUTE ET... POURQUOI PAS... DALI?

(Notes à prendre comme telles et par conséquent avec pincettes et prudence)

1961. Le 13 décembre. Dalí donne une conférence à l’École Polytechnique sur le thème du culte de la personnalité. Voici ce qu'il y dit :

(…) Je commence le cours sur le culte de ma personnalité au moment où dans le monde, on tache d'effacer la grande personnalité mythologique de Joseph Staline. Donc, je commence ce cours historique au moment que nous pourrions appeler le moment algide de la déstalinisation. Une phrase très émouvante de Lénine quand il avait écrit : "Le jour que nous aurons le pouvoir, je pense que nous pourrons construire des pissotières en or ". Dans ces transformation de l'ammoniaque en or, il a tout de la pensée alchimiste. La structure paranoïaque de mon esprit est d'une telle rigueur que tout ce qui existe est plié pour faire valoir et triompher d'une seule exclusive idée obsédante : l'idée de Dieu. C'est tout. »

1963 : « Le 19 septembre,  j'ai eu à la gare de Perpignan une espèce d'extase cosmogonique plus forte que les précédentes: j'ai eu une vision exacte de la constitution de l'univers. L'univers qui est l'une des choses les plus limitées qui existe serait toutes proportions gardées, semblable par sa structure à la gare de Perpignan. » ( Journal d'un génie, Éditions de la Table ronde1964). 

1964. Une grande rétrospective  est consacrée à Dalí à Tokyo, au Japon.

Le vendredi 27 août 1965, la Gare de Perpignan n'a pas encore été officiellement happée par la galaxie picturale dalinienne. La gare de Perpignan était une quelconque gare centenaire. D'abord au Vernet en 1858, puis à Perpignan en 1862. Mais un passant va lui redonner une jeunesse à laquelle elle ne s'attendait pas qui va la propulser aux quatre points cardinaux. Perpignan ? Ah! Oui la gare de Perpignan de Dalí !

L’œil de Salvador Dalí sur sa gare ce fut le mégaphone pour une certaine célébrité de Perpignan.

Ce prochain 27 août 2015, qui ne tombe pas un vendredi mais un jeudi, cela fera 50 ans que le Génie et sa muse y ont mis pieds sur le quai et ont descendu l'avenue à bord d'une calèche jusqu'au cœur de la ville et ensuite à Sant VicensVicens, au quartier Saint-Gaudérique où le le Lycée Jean Lurçat n'a pas encore été inauguré (1968/69). A l'époque Dalí avait 61 ans et Gala 71. Cette année, Dalí décédé il y a 26 ans aurait 111 ans et Gala disparue il y a 33 ans, 118. La Gare de Perpignan n'est plus ce qu'elle était même si la Gare SNCF est sise au N° 1 place Salvador Dalí et si, l'entrée par le boulevard Saint Assicle, face à l'immeuble de l'Agglo-Méditerranée s'appelle « El Centre del Món ».  

1965. Le Musée des Augustins de Toulouse présente du 22 juin jusqu'au 15 septembre l'exposition Picasso et le théâtre. Picasso (1881-1973) qui a fait sa dernière visite à Perpignan en 1955, dix ans plus tôt. Picasso dont Dalí est le cadet de...23 ans. (Il est aussi le cadet mais seulement de 11 ans de Joan Miró (1893-1983)

1965 : Luis Buñuel réalise « Simon du Désert », après « le Journal d'une Femme de Chambre (1964).

1965. Inauguration d'une rétrospective à New-York, États-Unis. La toile fut baptisée à New-York :

« Gala Looping at Dali in a State of Anti-Gravitation in His Work of Art “Pop-Op-Yes-Yes Pompier” in Which One Can Contemplate the Two Anguishing Characters from Millet’s “Angelus” in a State of Atavistic Hibernation Standing Out of a Sky Which Can Suddenly Burst into a Gigantic Maltese Cross Right in the Heart of the Perpignan Railway Station Where the Whole Universe Must Begin to Converge. »

Parmi les premiers à avoir découvert, photographie et commenté, dans l'atelier même du Maitre, pinceau à la main, et paroles sur les lèvres ce tableau, sont deux journalistes de L'Indépendant: Jacques Barde, photographe et Claude Couëffec, rédacteur.  C'était au temps où l'argentique était souverain absolu et où les textes ne se comptaient pas en signes.

Dalí à Perpignan en 1965 c'est comme une soucoupe volante qui s'y pose, un extra-terrestre  qui s'y montre, une incarnation divine. Ce n'est cependant que le deuxième volet d'une visite qui a commencé à Céret. Peut-être en Vallespir connaît-on mieux Dalí qu'en Roussillon ?. Mais à Céret comme à Perpignan, le grand public est-il plus au courant de l'exécution de Julian Grimau (1911-1963), dirigeant communiste, le 20 avril 1963, dans la prison madrilène de Carabanchel où, en 1964,  de la célébration  vingt-cinquième anniversaire de la victoire franquiste avec le slogan «25 años de Paz » que du livre « Le mythe tragique de l'Angélus de Millet. Interprétation « paranoïaque-critique) » Jean-Jacques Pauvert-1963)  :

Une grande foule se laissa attirer sur le parvis. Plusieurs centaines de badauds. Ce n'était pas le « franquiste » Dalí qu'elle était venue voir, mais un phénomène mondial dont la presse locale, L'Indépendant (avec pour 1964 ses 43 000 exemplaires pour les P.O. Et 19 000 pour l'Aude-selon Gérard Bonet), La Dépêche et Midi libre), avait fait connaître quelques hauts-faits d'art.

La présence de Dalí  et Gala dans les Pyrénées-Orientales, relève du tour de force et de l'ingéniosité de ceux qui eurent l'idée de cette visite et qui l'organisèrent avec succès. Preuve de ce succès, sa commémoration 50 ans après. Ce dit « voyage triomphal » avait-il été souhaité? Est-ce une fantaisie de la Providence, à l'orée de temps touristiques ? Est-ce, plus simplement,  l'idée folle  mais concrétisée, d'un ami, d'un admirateur, du peintre comme Félip Vilà. Tait-ce le résultat d'un « pacte » entre le Maître de la Costa Brava et de hauts-responsables du tourisme des Pyrénées-Orientales (le président départemental du Tourisme d 'alors, le Dr Georges Baillat, sera présent à la réception du couple à Sant Vicens?). Touristique vraisemblablement, mais pas politique. Excepté le maire Michel Sageloly à Céret, les élus n'étaient pas nombreux à Perpignan la descente du maître et de sa muse du wagon. Un secrétaire général de la ville suffira pour faire honneur aux visiteurs.  Coup d'une agence de publicité ? Jacques Séguéla, âgé de 31 ans n'ignore pas Salvador Dalí mais est-il déjà pleinement dans la carrière publicitaire. En 1992, dans son livre « Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel » Flammarion) voici ce qu'il écrit  « Je rechutai en baptisant " Choux " un immeuble de Créteil en quête de publicitaire. Ce fut le plus beau navet de ma carrière. Dès lors tout empira. Je décrochai le contrat de l'année en proposant les services de Salvador Dalí . Mais je ne l'avais jamais rencontré. Pour me punir, le Maître, avant d'accepter, me fit passer de démentielles épreuves initiatiques. » Cet immeuble « Choux » de Créteil date de 1969 (L'architecte en fut Gérard Grandval). 

On est venu. Pour voir, pour entendre. Comme au va au défilé, ou au spectacle. Pour passer un bon moment. Ce n'est pas tous les jours qu'un Génie fait halte à Perpignan et fait un tour en ville. Avec sa Cour et celles et ceux qui s'y agglutinent. Il fait monde, donc tout est pour le meilleur des mondes, dans cette terre que l'on dit, encore, bénie des dieux. Dalí , on ne le comprend pas bien, c'est ce qui intrigue et attire. On ne l'a jamais vu en chair et en os, C'est la bonne occase. Un Génie de proximité, de l'autre côté des Pyrénées, qui apporte son salut. Des gens qui, en assez grand nombre, de ce côté-ci de la frontière, parlent comme lui au moins trois langues : français, castillan et catalan.  Il plaît quand il s'exprime en français et que l'on voit qu'il a plaisir à dire et jouer avec cette langue. C'est un lyrique. Les oreilles de quelques uns de celles et de ceux qui sont là ont peut-être retenu quelques unes de ses « phrases d'auteur », entendues ou rapportées de la radio et de la télévision, de plus en plus « gourmands » de bonbons daliniens sucrés ou amers daliniens. En voici un échantillon, entre 1961 et 1965 :

« Jésus, c'est du fromage »,  « A mesure que j'aime l'argent je deviens de plus en plus avare », « Dalí  a répondu une chose de sublime : il a dit parce que ! », « A l'approche de Dieu, toujours il se produit une éjaculation ». « J'aime l'agent (…) l'argent pour l'argent », « Aussitôt que j'ai fini de me marier, ça m'a pris une espèce de rage aux dents. », « Vélasquez c'est la substance » (1961)

« Les femmes ont un don quasi divin de crétinisation de l'homme »(1962)

« J'ai commencé à me prendre très au sérieux  du point de vue génie. », « Une des caractéristiques du génie c'est très limitrophe au crétinisme. » « Je pense qu'un jour on s'apercevra que ma peinture n'est pas si mauvaise que ce que je raconte . » « L'idée de la mort me paraît de plus en plus intéressante... », « L'architecture du futur ne pourra être que comestible et poilue », Breton, Couarde, Magritte, tout le groupe surréaliste est accouru autour de ma personnalité..(1964)

« Cette structure miraculeuse qu'est l'acide désoxyribonucléique. » (1964)

En fait, on n'est pas là par hasard. Il y a une partie des badauds qui est venue spontanément, une partie qui ne pouvaient ne pas être là, car derrière tout événement (même celui d'apparence très spontanée), se trouve des organisateurs, etc, etc. Dalí était bien entendu connu des gens cultivés.. De la peinture, des lettres, du cinéma. En 1962, sous l'impulsion de Marcel Oms (1931-1993), la ville de Perpignan s'est dotée avec « les Amis du Cinéma », un foyer d'agit-pop ciné-culturelle d'où naîtra en 1965 le Ier festival Confrontation en 1965, durant les vacances scolaires pascales sur le thème « Le cinéma français existe-t-il « ? (L'année suivante, le thème de la rencontre sera « L'Espagne derrière l'écran »). Fidèle à Breton et Buñuel, plutôt d'extrême gauche (trostko-libertaire), antifranquiste, ce mouvement ne portait guère en son cœur Dalí, continuant à traîner comme une casserole peu surréaliste son sobriquet de « Avida-Dollars », et malgré « Le chien andalou »(1929), malgré « L’age d'or » (1930), malgré Federico García Lorca (1898-1936)... Ce n'est donc pas du côté de cette mouvance de jeunes pré-soixante-huitards que se recrutent beaucoup de badauds -ni d'ailleurs de contestataires d'ailleurs- du défilé. Ils savent qu'il a découvert Paris en 1926, rencontré A. Breton en 1928, qu'il y a fait sa première exposition individuelle en 1931, qu'il a été exclus du groupe surréaliste en 1939, que A. Breton l'a affublé d'un anagramme "Avida-Dollars" qu'il porte avec légèreté, qu'il donne des conférences, et collabore à des publications spécialisées. Dalí, célébrité parisienne. On sait également que sa réputation a été rapidement  internationale :  New-York (Ière exposition 1933), Londres (1934), New-York(1934), etc...

Connu donc internationalement et ...controversé,  pour des motifs qui ne sont pas tous picturaux ou esthétiques, ce peintre espagnol et catalan (qui ne déteste pas, à l'occasion, le couvre-chef traditionnel, la "barretina", bonnet catalan tradidtionnel). Entre Albères et Corbières, depuis une dizaine d'années, une affirmation de sensibilité catalane à travers la langue et les traditions s'est formée... Elle se développe et se manifeste, notamment à travers la « nova cançó», dont l'une des voix est Georges/ Jordi Barre (1920-2011).  Il enregistrera en 1964 et 1965  deux quarante cinq tours, précieux en terme de solidarité transfrontalière catalane, et aussi en terme d'une histoire de la chanson catalane au nord des Pyrénées. Il n'existe aucune connexion entre Dalí  et Jordi Barre mais s'il est un Perpignanais à un bon poste de réception et relais des derniers faits et gestes du Maître de Port-Lligat, c'est bien lui, alors typographe et contre-maître à l'Imprimerie fui Midi du quotidien L'Indépendant.

Dalí qui est aujourd'hui à Perpignan est quelqu'un qui compte...et sa « catalanité » a du faire vibrer plus d'un poil chauvin. Mais, il ne faut rien exagérer de l'enthousiasme, de la liesse qui aurait accompagné ce voyage du 27 août 1965.. L'Espagne est, depuis 1939, franquiste. Voici un quart de siècle que des républicains espagnols vivent en exil dans les Pyrénées-Orientales, intégrés, assimilés,..avec famille et enfants. D'autant qu'en 1964 le Gouvernement espagnol a concédé à Dalí la Grande Croix d'Isabelle la Catholique, la plus haute distinction espagnole, en signe de «reconnaissance publique et officielle de l’attitude patriotique du grand artiste». Manuel Fraya (1922- 2012), le ministre qui lui remet l’insigne, insiste bien sur le fait que, «au-delà de toute son œuvre», c’est parce qu’il a été un «Espagnol loyal dans les moments difficiles »(...)qui n’a pas renoncé à son passeport»  Voici d'ailleurs deux brèves citations tirées de hutte://Illkirch-Graffenstaden/

"Por encima de todo su obra, Dalí ha sida un espanol leal". (Fraga Iribarne) _"Acepto gozos o la Cruz, por saber que el honor de España me tiene y me obliga a ser mejor". (Salvador Dalí).

Ce ne sont pas eux, celles et ceux qui vont envoyer le plus de représentants sur les trottoirs de l'avenue de la gare pour voir passer la calèche véhiculant le Divin et sa Muse et concourir au succès numérique de ce voyage qui sera qualifié (journalistiquement) de triomphal. Certains descendants cependant en seront par anticonformisme, par provocation...Deux des caractères habituellement attachés à Salvador Dalí.  Le carton d'invitation, même si tout le monde ne le reçut pas, n'excluait personne. On y lisait dans le visuel dessiné/peint par le Maître, un bref texte «vers  l'univers converge a la gare de PerpiGNAN ». On y identifiait aisément les signatures de Gala -en bas à gauche- et celle de Dalí -à droite, juste au-dessus de l'année « 1965 ». Sans doute este-il bon de noter que le mot substantif employé est « univers » et non pas « monde » et que l'expression « voyage triomphal » n'y apparaît pas.

Ce dernier vendredi d'août 1965. Celles et ceux qui sont venus, gens de Perpignan et du département, gens de passage et touristes - c'est la fin de l'été, un....Grand Personnage. Un personnage ex-haussé, hypostasié par les  mass-media -comme l'on disait encore. Dalí  a pris la stature (et il y a donné beaucoup du sien) par la voix, la parole, l'image, l'écriture, le dessin et la peinture. On ne sait pas alors  -on ne le saura que dans les mois qui vont suivre le voyage- qu'il réserve une surprise, une sorte de « cadeau », un « monument » qui invite, cinquante ans après, à commémorer ce vendredi qu'il n'est pas anticlérical de designer comme vendredi sain pour Perpignan et sa gare. Quand la calèche va trottinant dans les rues Perpignan, Salvador Dalí n'a peut-être pas encore titré ni signé  ce « monument ». Le Divin n'a pas encore oint de son huile cette « gare de Perpignan » qu'il propulsera ainsi, avant la fin de l'année, dans l'histoire littéraire et plastique de l'univers. Non Dalí  ne sera pas le premier à mondialiser Perpignan.

Ce serait oublier que, dans le seul domaine de l'art Hyacinthe Rigaud  (1659-1743)  et  Aristide Maillol (1861-1944)  l'ont précédé ou encore Raoul Dufy (1877-1953) qui  travailla à Perpignan de 1941 à 1951 ou Pablo Picasso (1881-1973) qui fit son dernier passage en hispano-suiza par la rue de l'Ange et l'Hôtel de Lazerme en 1955. Salvador Dalí était loin d'être un « barde cantonal » de la trempe de ceux qu'aimait taquiner l'écrivain Ludovic Massé (1900-1981). Quand le Maître de la Maison Blanche de Port-Lligat s'exprime, ses paroles sonnent et portent loin et ses gestes et ses phrasés s'inscrivent dans les mémoires humaines ou mécaniques. Tous les milieux y prêtent attention et y trouvent intérêt même si l'on résiste à lui donner le bon dieu sans confession. C'est que l'on se prend la tête à désosser avec les moyens du bord (neurologie, psychiatrie, psychanalyse) cette « paranoïa critique » dont il a depuis une trentaine d'années son alliée.

Dalí est d'abord et avant tout un objet de curiosité. Même s'il ne recueille pas l'unanimité sur la totalité de ses traits. Il offre, outre celle de Newton, bien de pommes de discorde.

Revenu en Europe et installé en juillet 1948 à Port—Lligat sur la Costa Brava, Dalí  surprit -et mécontenta- par cette déclaration «Je suis venu rendre visite aux deux caudillos d’Espagne. Le premier, Francisco Franco. Le deuxième, Velázquez.».Provocation ? Ou soumission ?

Son ami Federico García Lorca (s'en souvenait-il?)  avait été abattu le 19 août 1936.

Buñuel vivait, en résistance, au Mexique.

Son aine Pablo Picasso était lui resté en France.

En Roussillon, Balbino Giner (València 1910- Collioure 1976) le peintre valencien et Manolo Valiente (Sevilla-1908/Banyuls- sur- Mer  199), le sculpteur et peintre andalou gardent leur psychologie de républicains réfugiés, exilés. Pierre García Fons (Badalona 1928) entré en France en 1938, était depuis 1950 à Paris, associé à la « Jeune Peinture. Martin Vivés, ancien condisciple à Figuères de Salvador Dalí, et qui permit au peintre Antoni Clavé (1913-2005) de sortir du camp est l'un des peintres majeurs de la région,  conservateur du Musée Rigaud et professeur de peinture à l'école municipale de dessins et d'arts appliqués, de la ville, que dirige, depuis 1962,  Roger Mauréso (1924-1981). Il est évident que des étudiants de cet établissement voudront participer au voyage triomphal attiré par le personnage et une peinture que l'on n'y donnait pas forcément comme le modèle à suivre. Au début des années 1950, la  figure de Dalí, son exubérance dite surréaliste, son intuition de l'événementiel, sa capacité de métamorphose et son  panache médiatique baroque et déjà pop trouvent de l'écho auprès des jeunes à Perpignan comme à Paris.  En 1955, à la Sorbonne, il doit donner une conférence sur les « Aspects phénoménologiques de la méthode paranoïa-critique ». Il s'y rend dans une Rolls-Royce Phantom II,  remplie d'un millier de choux fleurs, achetés aux Halles au petit matin aux Halles et destinés à être distribués comme autant d' autographes. (Il avait été invité par Michel-Eristov Gengis Khan, secrétaire général du Centre  International de Recherches Esthétiques). Si, du côté de Perpignan on a connu l'Hispano-Suiza de Picasso et en d' autres occasion la cadillac blanche  ou noire de Dalí, les deux peintres les plus actifs alors de l'anenne capitale des rois de Majorque, se déplaçaient intra et extra-muros sur un vélomoteur 

Lorsque, ils pose  les pieds sur le quai de la gare Dalí a-t-il déjà terminé la toile qui va marier, à la face du monde, pour le meilleur et pour le pire, les noms de Dalí et de Perpignan ? Ou ce « voyage » en a-t-il accéléré la réalisation sinon fait éclore l'idée ? Le mystère demeure.  Voici ce que l'on peut lire sur le catalogue « Dalí. La collection Perrot-Moore» (1983)

« J'ai fait lentement et plusieurs fois le tour de la gare en taxi, en l'observant comme si elle était un monument ésotérique. Le soleil couchant flamboyait et ses rayons enflammaient les façades, surtout la grande fenêtre du milieu. J'ai découvert autour de la gare un aura formant un cercle complet : les fils de courant électriques des tramways. Soudain, tout apparut avec la clarté de l'éclair : devant moi se trouvait le centre de l'Univers »

On aimerait connaître le jour exact des observations en taxi de Salvador Dalí. Ce ne peut être ce 27 août 1965. Il est arrivé en train et descendra la gare en calèche. Est-il revenu, après cette date, incognito pour faire les observations dont il parle ?

Dans le catalogue cité, on lit juste après la citation précédente.

« J'ai appris, en 1966, que c'était à Perpignan que l'on avait calculé et établi la mesure de la terre le mètre. En effet, c'est sur le tronçon de route absolument droite, sur 12 km de long, au nord de Perpignan que Méchain a défini, en 1796, les bases du calcul trigonométrique, grâce auquel il a été possible de définir le mètre. »

En 1978, Pauvert publie le  « Le mythe tragique de l'angélus de Millet ». Il s'agit de la deuxième édition (la première étant de 1963) « augmentée de documents nouveaux et d'un certain nombre de légendes inédites ». On lit p. 130 sous la reproduction du tableau, ceci :

« Salvador Dalí . La Gare de Perpignan. Gala regardant Dalí en état d'antigravitation au-dessus de son œuvre d'art « Pop, Op, Yes-yes, Pompier », dans laquelle nous pouvons contempler les deux personnages angoissants de l'Angélus de Millet en état atavique d'hibernation, devant un ciel qui peut soudain se transformer en une gigantesque croix de Malte au centre même de la gare de Perpignan vers laquelle tout l'univers converge.,1965

Preuve par Saint-André de l'état d'hibernation de l'Angélus (S.D.) 

En 1978, donc treize ans après la réalisation du tableau et sa présentation à New-York, alors incontestable balcon sur le monde, le tableau bien connu à double titre ou titre tiroir « Pop-op, yes-yes, pompier, la gare de Perpignan entre au Musée Ludwig, à Khôl (Cologne), en Allemagne. Il n'a jamais été présenté à Perpignan

L'anecdote géo-ferroviaire de la gare de Perpignan semble l'avoir remporté, dans le champ des interprétations sur ses contenus picturaux, historiques, symboliques, esthétiques. Mais qu'importe l'anecdote, s'il y a, pour la ville, un gain de communication et de notoriété. Si le voyage de Dalí le vendredi 27 août 1965 n'avait pas eu lieu peut-on assurer que le Festival Visa pour l'image de photo-reportage journalistique se serait implanté en septembre 1989 à Perpignan. Qui n'était plus un trou de..., mais une base « mondiale » depuis... 24 ans.

 Sur le parvis de la gare (que nul ne pense encore nommer « place de Salvador Dalí»), le couple ne fuit pas l'image, prend soin de son profil et fait la pose pour des photographes de presse et des « chasseurs d'images, amateurs et privilégies, avant de prendre place dans la calèche. On applaudit, on photographie, on filme. Un événement people en direct. Pour celles et ceux qui aimaient sinon la peinture ou la sculpture, les modèles, les objectifs et les ambitions du Maître les excentricités de l'homme aux moustaches pointues et dressées, à l'accent rocailleux sans complexe, aux accoutrements variés, aujourd'hui en uniforme d'un l'Amiral de la flotte catalane.  Pour celles et ceux qui en tenaient plus pour Gala que pour Salvador lui-même. Quelle sacrée femme ça doit être pour vivre avec un pareil phénomène? Et puis pour celles et ceux  qui goûtent plutôt les défilés artistiquement, avec un ton procession-carnavalesque que les défilés du Ier mai, du 14 juillet ou d'un 11 novembre n'attirant plus guère. Le spectacle était dans la rue (happening, art vivant) et le principal Acteur -c'est bien ça- avait un physique, des attitudes, un talent, et une comparse tout aussi talentueuse...

On regardait, on suivait, on cliquetait, on se disait oui nous pourrons dire et montrer qu'on y était. Bien entendu celles et ceux qui le voyait en dévoyé et traître du surréalisme (canal historique pour) ou qui le flairaient  « franquiste », ou le rejetaient chez les imposteurs n'étaient pas des groupes qui accompagnaient la descente vers la place de Catalogne. Ces anti Dalí  s'étaient enfermés chez eux ou n'avaient pas quitté le sable des plages. Cependant, était-il absurde de parier, quelques uns parmi eux liront, le lendemain, par-dessus l'épaule d'un ami, avec lequel ils partagent un café matinal, la « narration » journalistique de ce  voyage vu comme triomphal  auquel sa conscience ne l'avait pas poussé à assister. Regrets et dommages ! Maintenant, il ne perd aucune miette des paragraphes et  des photographies de son journal. Le rédacteur ne dit pas si à tel ou tel moment ou endroit du périple urbain effectué, s'est élevée une bronca contre l'Amiral. Dalí dressé dans le blanc uniforme d'amiral...de Port-Lligat   ou Cadaquès, c'est tout de même classe. Presque so british! Intimidant et dissuasif ! Une coulée de poésie, une fantasmagorie...En tout cas, un passant considérable 

Si l'Indépendant se montre prodigue à l'égard du couple Dalí et Gala, il n'a cependant pas encore lancé son édition Costa Brava. Il le fera sous l'impulsion principale de Georges Brousse, son directeur délégué général.  Le Ier numéro  de Costa Brava «Le quotidien de vos vacances d’été en Espagne» ne sera mis en vente que le 1er juillet 1966., soit  un peu moins d'un an après   le « voyage triomphal ». Cette édition se prolongera jusqu'en 1977. Pendant 11 ans, chaque année de juin à septembre. Publication locale et estivale, exception de presse en langue française, en Espagne, sous la dictature du général Francisco Franco y Bahamonde. Elle fut certainement le fruit de bien de contacts ou négociations. On est en droit de penser que cette édition originale de L'Indépendant de Perpignan ne fut pas uniquement la spéculation d'un patron de presse avisé mais qu'elle fut suggérée par des fractions de la communauté française. Appartenait, à cette communauté l'écrivain Henri-François Rey (1919-1987). L'écrivain s'y était établi en 1959, après avoir vécu à Collioure, sur la Côte Vermeille, cet alter ego de la Costa Brava. Rey est un proche de Dalí qu'il fréquente et dont il connaît l’œuvre.  De ce Dalí ,  rapporte l’historien Ian Gibson, qui voyait en Franco «l’homme politique clairvoyant qui a imposé la vérité, la lumière et l’ordre dans le pays, dans un moment de grande confusion et d’anarchie dans le monde». De ce Dalí  pour lequel Franco a consenti quelque privilège. Mais, ce n'est là qu'une hypothèse. La certitude étant l'existence de cette éditio 

Depuis son retour européen de 1948, Dalí voyait sa réputation s'imposer internationalement, aussi bien en termes positifs qu'en termes négatifs -ce qui ne semble pas l'avoir tracassé outre-mesure. Dalí , bien évidemment, n'avait pas que des fans, ou des followers de l'heure twitter qu'il n'aura pas connue. Ses détracteurs  ne manquaient pas. Surtout politiques. Longtemps, après sa mort, on le rappelle encore. Voici ce qu'écrit Bruno Tur le 19-12-2012 dans « Salvador Dalí, fou du dictateur Franco » cf http://www.slate.fr/s).

« Dalí, qui, avec Picasso, était l’Espagnol vivant le plus connu dans le monde à cette époque, n’a pas choisi d’utiliser sa notoriété pour dénoncer, comme d’autres l’ont fait, un dictateur et un régime qui ont tué, emprisonné, torturé et réprimé des centaines de milliers de personnes. Bien au contraire. Un détail? Allez le dire, en Espagne, aux victimes de la dictature. Il en reste encore.

A fortiori en... 1965. Pourtant, il n'y aura à Perpignan aucun incident.  Celles et ceux qui n'aimaient pas Dali le boudèrent. Tout simplement... Et, parmi celles et ceux, à qui il n'inspirait ni répulsion ni indifférence, bien peu avaient vu ce Génie  en chair et en os. Il était là, à hauteur d'homme ! Difficile à quantifier, le nombre des personnes dans cette foule, ces groupes qui l'avaient déjà croisé.  Le « monde » roussillonnais n'était pas étranger à l'enfant de Figuères, à l'ampourdanais de Cadaquès et de Port-Lligat. Il l'avoisinait.  Des connaissances, sinon des amis, des relations à Perpignan, il devait en compter. Au poste frontière du Perthus comme dans les bureaux de la gare de Perpignan un petit nombre de fonctionnaires devaient connaître l'identité de ce couple qui venait, en territoire français, pour faire des envois de tableaux ou de sculptures à vers des galeries, collectionneurs ou musées de Paris, New York, etc.  Mais, il est vrai, que pour la plupart des gens qui passaient par le hall des pas perdus et la salle d'attente le couple qu'ils pouvait y croiser leur restait superbement anonyme. Dalí et Gala n'étant pas, en ces moments, en habits ni attitudes de majestés en représentation, et sachant, quand cela s'imposait, se faire discrets. Ce vendredi 27 août 2015, tous les présents savaient et voyaient que c'étaient eux

En 1948, Dalí s'était installé dans sa maison blanche de Port-Lligat. Il y poursuivit son œuvre. Ne s'empêchant pas d'aller vers Paris , de s'envoler vers New-York. Génie pour les uns, imposteur pour d'autres. Les initiés en parlaient entre deux cours, à une terrasse de café, au cocktail d'une exposition d'un artiste mineur... Dalí ne boudait pas l'intérêt « cannibale », comestible qu'on lui portait. Les uns recherchant quand même l’œuvre. Les autres, de plus en plus nombreux, ce personnage  grand croqueur de caméras, de « Unes » et de pleines pages de journaux et magazines. Au cours des années 1950 et 1960, il se met (et ne résiste pas non à qui le met) en scène en personnage trublion, excentrique, fantasque, ambigu, inquiétant, fascinant et....précieux incontournable de la scène artistique et médiatique. Prolifique et omniprésent Salvador! Il écrit et illustre des livres. Il conçoit des décors et des costumes pour des opéras. Il tourne des films. Il élabore -n'est-ce pas son péché mignon?- de nouvelles théories. Il sculpte, dessine, crée des bijoux, des meubles, il expérimente et  glorifie des techniques, ne craint pas la mixité et pousse son imagination jusqu'à ses derniers retranchements. Jusqu'à la mort de Gala le 10 juin 1982 qui sera enterrée au château de Púbol, acquis par le couple en 1968, c'est une grande époque d’effervescence, d'exubérance, de triomphes. Et de rencontres, de beaux gestes aussi. En 1958, dans son domicile de Cadaquès reçoit un certain Paco Ibañez et sympathise avec ce jeune homme, né à València en 1934, épris des grands poètes de langue espagnole. 

Paco Ibañez est connu à Perpignan. En 1948, il y a rejoint son père qui y vit et travaille. Son républicain réfugié, a connu les camps, il gagne sa vie  comme ébéniste quand le reste de la famille de rejoint. Paco a appris ce même métier, étudiant pendant ses loisirs le violon, puis, passionnément,  la guitare. Il montera ensuite à Paris.  En 1964, Paco Ibañez (né à València en 1934) sort son premier disque dont la couverture a été réalisée par Dalí  (que le chanteur avait rencontré à Cadaquès en 1958). Voici ce que l'on peut dire à ce propos sur le site du chanteur http://www.aflordetiempo.com.: « Salvador Dalí réalise la peinture qui illustre l'album et il la commente ainsi :

“On peut dire que j'ai créé l'image de cette chanson (Chanson du cavalier), avec une seule d'encre... J'ai pris de l'encre de Chine et en le faisant j'ai dit : je signe cette chose de Lorca avec son sang et avec le mien. Cette éclaboussure est une éclaboussure de sang. J'ai signé le disque d'Ibáñez avec du sang, à la manière espagnole.”

En 1965, une fête de présentation du disque est organisée à la Foire du Trône de Paris. Le peintre déclare "... la Foire du Trône est le lieu approprié et essentiellement antitragique pour célébrer la mémoire la plus tragique de l'Espagne : celle de la poésie de Federico García Lorca, chantée avec la musique la plus adéquate, qui aurait enchanté García Lorca, avec la plus espagnole de toutes les voix, celle de mon ami Ibáñez ..."

Pour la fête Dalí réalise un “tableau vivant et mécanique” Le centre du tableau est un "manège" avec douze avions. Onze pleureuses habillées de noir par Dalí, prendront place dans onze de ces avions et le douzième sera occupé par un cheval aussi créé aussi par Dalí. Le "manège" tourne avec la “Chanson du cavalier »

Le 27 août 1965, il n'est pas à Perpignan. Mais lui a déjà...vu Salvador Dalí.  En effet,  Paco Ibañez dans une émission Discorama diffusée le 21 juillet 1965 donc un peu plus d'un mois avant le « voyage triomphal », il interprète la « Canción del Jinete » (la chanson du Cavalier) de F. García Lorca, en présence de Salvador Dalí que l'on voit apparaître à l'écra.

A partir de 1966, L’indépendant avec ses photographes, ses rédacteurs et ses correspondants ne sera pas avare  de « nouvelles » sur  ce que l'on peut appeler  le « dalinland » de la Costa Brava : Port-Lligat, Cadaquès, et – outre les ancres historiques et familiales de Dalí- un nouveau lieu qui prend à partir de 1968 le chemin du mythe le « Rachdingue », à Vilajuïga.

En France, Dalí alimente réunions, livres et émissions. Dalimania intellectuelle ?

En 1966, Dalí publie chez Albin Michel « Lettre ouverte à Salvador Dalí » et l'écrivain et poète Alain Bosquet (1919-1998) publie chez P. Belfond  (Paris) des  « Entretiens avec Salvador Dalí »

1967 : Jean-Christophe Averty (1928) réalise un documentaire TV : « Auto-portrait mou de Salvador Dalí ». Cette même année le photographe Gérard Thomas d'Hoste (1926-2003) réalise un daguerréotype du Maître qui a commencé une étude pour sa célèbre pêche au ton. Le 29 novembre  1967, Dalí  donne à Saint-Cloud une conférence sur « La gare de Perpignan ». Un public choisi :  Les étudiants de l’École Normale Supérieure. Il y a parle d'un « phénomène incompréhensible et unique » qui commence quand il arrive au Boulou et qui culmine au moment de rentrer à la gare de Perpignan », tandis que Gala procède à la facturation et aux assurances tableaux d'éjaculations esthétiques, morales et cybernétiques », de l' »espèce de Nil qui envahit son imagination ». A Lyon, la tension commence à décroître et à Paris, il se sent « presque normal ». Ce document exceptionnel figure dans « Le Divin Dalí » de Gérard Thomas d'Hoste, édité en 1989 par Trabucaire.

En 1968, Henri-François Rey parraine avec Dalí, l’ouverture du « Rachdingue ». à Vilajuïga. C'est une discothèque avec un nom curieux, reprise d'un  titre d'un roman de Rey paru en 1967. Ce « Rachdingue » (contraction de « rage » et de « dingue ») appartient à une roussillonnaise Miette Bessière (Miette Mahé de Boislandelle). Miette ne contribua pas peu à rapprocher une partie de la jeune roussillonnaise  vers ce lieu d'arts et musiques d'avant garde. (Dans son livre « Sexe, surréalism, Dalí   i jo », livre de mémoires de Carlos Lozano, ami et modèle colombien du peintre, cite plusieurs fois Miette Bessière (pages 363, 264  266 et 270) de l’édition catalane La Magrana, 2001. Lozano y parle de son association avec Miette pour l'ouverture d'une galerie portant le nom de « Cledalique » qui ouvrit en juillet 1977. Mais l'association tourna court, et Lozano ouvrit sa propre galerie au nom Sa Luminera). Au « Rachdingue », on ne tarit pas d'anecdotes...daliniennes,  dalinesques, ou déliriumesques, qu'on l'y ait vu ou pas. Et que l'on ait été ou pas parmi le public du...on assure que « oui » avec la même conviction enflammée de celle ou celui qui lance « il m'était impossible de rater cet pareil événement, enfin Perpignan respirait par en haut ! »  

Dalí devient chaque jour plus populaire, plus iconique, à l'aune ddes grands tabloïds.

1968, c'est l'année Lanvin. « Je suis fou...du chocolat Lanvin » excentricité publicitaire (sonnante et trébuchante) qui rapproche son image et sa diction d'un plus grand public.

1969. Il crée une affiche pour Perrier. Un couple aux vêtements colorés
regardant une explosion de bulles. Slogan « Perrier c'est fou ». (En 1974, publicité audiovisuelle pour Alka Seltzer.)

1969. Cette année il crée une série d'affiches de collection, suite à une commande de la SNCF. Un thème commun : le papillon comme symbole du voyage d'une région à l'autre. ROUSSILLON. La partie supérieure est un emprunt direct à « La gare de Perpignan » alors que le grand papillon qui trône au milieu de la plage désertique avec les Pyrénées à l’arrière-plan reprend ostensiblement le D de la signature Dalí. Bref, on aime et on réclame du Dalí. Pourquoi s'opposerait-il à toutes ces sollicitations, pour la plupart d'entre elles, d'ailleurs, bien sonnantes et trébuchantes. On aime ses paradoxes, ses contractions, ses excès, ses affirmations qui laissent bouche bée bien des auditeurs. Mais, avec le Génie, on doit se montrer magnanime. On l'écoute, pieusement... Qu'il irrite, ou agrée. C'est une figure médiatique de grande envergure. On s'ingénie à la mettre en boîte et, lorsque cela réussit, cela donne et archive un chef-d’œuvre à déguster par les postérités

Comme ce fut le 14 février 1971, avec un fameux Discorama avec Denise Glaser (1920-1983). Fameux parce qu'on y voit et entend Dalí revendiquer et opposer Meissonier (1815-1891), peintre pompier, qu'il surnomme « le rossignol de la peinture », à Paul Cézanne (1839-1906) le plus mauvais des peintres de France., dont « les enfantillages dépassent ceux des enfants ». Ces verdicts pontifiants et ravageurs du Divin ne pouvaient le rendre bien sympathique auprès des tenants de nouvelles sensibilités esthétiques. Et, au final, de cette émission, une véritable déflagration linguistique. Dalí déclamant avec un style tonitruant et inimitable « Una polla xica, pica, pellarica, camatorta i becarica ca tenir sis polls xics, pics, pellarics, camatorts i becarics. Si la polla no hagués sigut xica, pica, pellarica, camatorta i becarica, els sis polls no haguessin sigut xics, pics, pellarics, camatorts i becarics. » qui ne pouvait que rallier à lui tous les amis de la langue catalane, à Perpignan et ailleurs, qui n'arrivaient pas à se montrer sur ce balcon médiatique.

En 1972, « séisme » en Catalogne qui n'a pas encore recouvré son autonomie. Dalí  fait don de son œuvre à l'Espagne.

En 1974, signe que le franquisme reste toujours sanglant, l'anarchiste Salvador Puig Antich (1948-1974) est exécuté le 2 mars, à Barcelone, à  la prison « Modelo ».

Cette même année, Henri-François Rey, l'auteur  de « La Fête espagnole » et des « Pianos mécaniques » publie chez Grasset en septembre « Dalí.  dans le labyrinthe »...qui ne manque pas de raviver de plus belle la question Dalí , génie ou imposteur ?  André Parinaud a également fait éditer sous le titre  « Comment on devient Dalí : les aveux inconfessables de Salvador Dalí» un recueil de propos.

Le 28 septembre 1974, a lieu l'inauguration du Teatro Museo Dalí , par le Maître à Figueres, sa ville natale. Cet  événement par son aura touristico-économique le « rapproche » de la Catalogne...catalane.

1974 : A Perpignan, où une certaine « catalanisation » s'accentue sans se parer de figures  d'humour,  l'écrivain et journaliste Pere Verdaguer publie sa « Defensa del Rosselló català ». Pour sa part, l'ingénieur agronome Llorenç Planes publie aux Ed. « La Falç » «El petit llibre de Catalunay-Nord », sous-titré « Lluita per un « Rosselló  » català.

Le 20 novembre 1975 c'est la mort de Franco (1892-1975). Il y a celles et ceux qui sablent le champagne, celles et ceux qui le pleurent. A Port-Lligat, que firent le Génie et sa Muse ?  Et la vie continua....

En 1978 treize ans après la réalisation du tableau et sa présentation à New-York, incontestable balcon du monde, le désormais tableau bien connu « Pop-op, yes-yes, pompier, la gare de Perpignan entre au Musée Ludwig, à Khôl (Cologne), en Allemagne. Excepté sous forme d'affiche,  carte postale,  ou illustration de livre, combien de Perpignanais et nord catalans ont-ils vu  (de leurs yeux vu) « le Mystique de la Gare de Perpignan ». Inspiré par la gare de Perpignan, assumant le nom de Perpignan, le tableau n'a jamais fait l'objet d'un accrochage localement dans quelque exposition que ce soit dans cette bonne ville dont il porte le toponyme bien plus loin que ne le font le Castillet et le palais des Rois de Majorque, voire le Canigou ou Visa pour l'image le Festival international de photo-journalisme.

1979. L'Indépendant publie à l'occasion du quarantième anniversaire de "La Retirada" -hiver 1939- une série d'articles sur les camps d'internement des républicains espagnols. Le succès de ces reportages débouche sur la publication en 1981 de l'ouvrage « Vous avez la mémoire courte. 1939, 500 000 républicains venus du Sud, indésirables en Roussillon de René Grando, Jacques Queralt et Xavier Febrès, aux Éditions du Chiendent.

Mais revenons au Perpignan du vendredi 27 août 1965.  Descente du wagon ( il deviendra mythique, on le « courtisera » comme s'il s'agissait d'une relique=. Parvis de la gare, première pause bain de foule. Montée dans la calèche, des cente de la l'avenue Général de Gaulle, au petit trot... Descente solennelle et joyeuse, officielle et populaire. Place de Catalogne, centre ville. Pause historique devant le Castillet, Gala Dalí   -celle que le peintre (se prend-il alors pour Hyacinthe Rigaud ?) surnomme « Louis XIV- reçoivent des mains du bijoutier Ducommun mouche et grenat, joyau d'atelier tout spécialement œuvré et monté pour Elle. Motion... et fierté très communicative. On n'aurait pas fait moins pour un Roi, ou un Président. Les présents sont serments d'allégeance. L'itinéraire n'est pas terminé. Il y a encore un bout de chemin à accomplir. La calèche redémarra, on croit entendre des applaudissements, sinon des hourrahs. Non, ce n'est pas l'U.S.A.P. qui revient d'une victoire.   (Ses dernières remontent à 1955 : Championnat de France, le 22 mai Challenge Du Manoir, 29 mai). Destination Sant Vicens, au quartier Saint-Gaudérique. Sant Vicens est un lieu de création et une cour des mondanités de la vie aristocrato-bourgeoise roussillonnaise.

Toutes les cultures s'y réunissent autour de  Firmin Bauby le père des Ateliers d'art, de son frère aîné Charles (1898-1971), directeur de la belle revue Tramontane, et de ses deux plus jeunes frères Denis et Philippe. Lieu de notoriété. Lurçat y a travaillé. Picasso y a été reçu. Charles Trenet (1913-2001) y est le bienvenu... Dalí et Trenet se connaissent de longue date. Comment le « fou chantant » n'aurait-il fréquenté et apprécié l' Autre, ce génie, son frère du sud ? Mais Sant Vicens (n'oubliez pas le « t » à « sant », recommandent les catalanisants ayant un petit pignon sur rue « sinon ça fait castillan »), ce n'est pas la rue, ni même le hall de la gare de Perpignan. N'y entre que celle ou celui qui est invité. Et en cette fin d'après-midi du 27 août 1965, les invitations sont très recherchées. Tout le monde n'y eut pas droit. La cathédrale des foudres en bois et ses jardins d'agrément, qui sont des lieux privés, se referment sur les malchanceux. A l'intérieur, autour du Divin et de sa muse, du génie et de sa" Gradiva", c'est un parterre choisi, sélect, chic et snob. On s'honore de la visite, on agrée des hôtes que déjà la fin des vacances éloigné d'un confortable débraillé. Les « élus » de l'intérieur rapporteront ou « inventeront » pour celles et ceux qui n'y ont pas accès, des mots, des regards ou des grimaces du Maître, des sourires ou des silences de Gala aux festivités et douceurs qui leur sont offertes. On est dans la bonne société. On se croirait -traversée d'un rêve de républicain ordinaire- à la Cour. On déguste, on écoute, on papote. On fait histoir 

Il y a du monde en ville. Moins que pour un carnaval d'antan ? Plus que pour un 1er mai, un 14 juillet ou un 11 novembre ? Autant que pour la Procession de la Sanch ou pour la plus minime manifestation d'agriculteurs ? Du monde, tout de même . Cependant, peu de perturbation de circulation, peu d'agitation du côté des agents. Service d'ordre, sans doute, mais discret. Les deux et quatre roues ne rechignent à aucune déviation. Un passe-ville bien  organisé, géré et maîtrisé. Des groupements sans bousculade ni d'assaut. Les audacieux pour toucher le Divin et à sa...Divine se comptent sur le doigt de la main. Des tentations, peu de tentatives réussies. Sans doute, Dalí n'est pas ce « love me tender » Elvis Presley (1935-1977), et Gala n'est pas la blonde Marilyn Monroë (1926-1962). Le couple qui défile en impose par son âge comme par sa notoriété internationale. Mais il est plus distant que proche, une barrière de respect le sépare de ses admirateurs, spectateurs, badauds. Alors, on se satisfaisait d'un sourire. D'un geste de la main : la baiser, ou pas ? D'un écarquille ment d'yeux ? D'une pression sur le pommeau de la canne ? D'un regard sur un pli du pantalon A peine osait-on l'approcher. On s'enhardit parfois, on joue la chance, et l'on tend une carte postale, un bout de papier à cet Amiral somme toute bonhomme pour qu'il y appose, nerveusement, la paraphe de son  génie. Et comment ne pas se sentir comblé quand le Génie vous a laisse l'impression qu'il vous a tiré de la masse des curieux, qu'il vous a singularisé ce vendredi 27 août 1965, dans la rue à Perpignan.

Deux icônes descendent l'avenue de la Gare. Cette avenue qui de fait s'appelle Général de Gaulle(1890-1970)  et qui avait été aussi nommée  Pétain (1856-1951. Les deux hommes avant lui avaient visité Perpignan, ni dans le même esprit ni par le même parcours. Pétain ce fut le 24 juillet 1939, et De Gaulle, le 15 février 1959. Mais de sa calèche ce n'est certainement pas à eux que pense Dalí, l'amiral des flottes surréalistes, concentriques et excentriques, monarchiques et anarchistes, réunies mais à d'autres personnages historiques, dignes de son goût pour la Cour et à la hauteur de sa mégalomanie. A savoir :  l'Empereur  Charles Quint (1500-1558) (Charles 1- outre Pyrénées), arrivant à Perpignan en février 1538 et y passa dix jours, ou Louis XIV(1638-1715), le roi Soleil , visitant la ville « sa' ville le 10 avril 1660. Charles était âgé de 38 ans, Louis de 22 ans. Ou, réconciliant en lui, le monarchique et le catholique, le catalan et le castillan, les rois catholiques Fernando (1452-1516) et Isabel (1451-1504), venus assister en janvier 1493, aux cérémonies de restitution du Roussillon et de la Cerdagne par la France à l'Espagne. Peut-être même pensa-t-il aux rois de Majorque ? Voulut-il dans ce passe-ville parodier les « entrées royales » d'antan, écrites elles sur du précieux papier à musique ? Quelles pensées, quelles émotions, avait-il alors? La pointe de ses moustaches n'en disait rien. Comment savoir puisqu'il n'a rien laissé écrit sur ce sujet, et de son côté  la presse du temps est restée muette et bouche cousue.  Les deux icônes, pour le public, c'était couple de voisins pas ordinaires, de qualité.  Ni réfugiés, ni clandestins, Dalí et Gala avaient franchi, sans entraves, les Pyrénées. Excepté à Céret, leur présence n' avait guère mobilisé de « consuls » (maires, adjoints, conseillers). Personnage médiatique, Dalí n'était pas une figure officielle des éphémérides politiques. On ne voit par exemple sur nulle photographie Paul Alduy (1914-2006), alors maire de Perpignan et également conseiller général. Cependant le secrétaire général de la mairie, lui, est bien présent.

Est-ce à dire que le pouvoir politique local n'a pas encore compris l'exposant médiatique que représentent la venue et la traversée de la ville par une vedette de l'acabit de Dalí ? Est-ce à dire que l'artiste, en cette matière, comme en bien d'autres, devance le politique ? Que l'avantage médiatique est unilatérale ?

« Ce voyage triomphal » de Céret à Perpignan, écrit Eliseo Trenc, est un des meilleurs exemples de la peinture spectacle qu'a su pratiquer, comme personne avant lui, Salvador Dalí en s'appuyant sur l'excentricité, le paradoxe, la mise en scène, voire le scandale. On peut parler chez lui d'un goût du spectacle lié à une perception exhibitionniste du surréalisme qui repose sur sa méthode paranoïa critique. »  (Liseron Tronc, janvier 2004. Copyright Clio 2015. Tous droits réservés).

« Happening » et spectacle, pourrait-on résumer. En rappelant que Henri-François Rey dans « Dalí dans son labyrinthe » (Grasset, 1974) écrit que « Dalí inventa le Happening avant le happening » (https://books.google.fr). En rappelant que le premier happening européen, dû à Jean-Jacques Lebel (1936)  à Venise, daterait de 1960. Que le Living Theater fait ses premières apparitions.  Et le Fluxus manifesto de 1966. En rappelant aussi que le situationniste Guy Debord (1931-1994) ne publiera  « La société du spectacle » ( Buchet Chastel) qu'en novembre 1967.

Le vendredi 27 août 1965 à Perpignan, au défilé de Salvador Dalí, on respire un peu de l'air du temps. Sans le savoir. Il y a du carnaval dans l'air et puis nous sommes à moins de trois ans de Mai 1968.  Un air du temps qui a également sa marque scientifique, et même antiscientifique. Et pour ce qui est de la science, sous toutes ses coutures, Dalí en raffole et ne craint pas de s'en réclamer, à haute et plus ou moins intelligible voix (tout dépend de qui lui donne la réplique ou le questionne) que ce soit dans le domaine des sciences molles comme dans celui des sciences dures. Dalí et les scientifiques: psychiatres, physiciens, mathématiciens....  De haut vol comme des chercheurs discrets, des inventeurs amateurs. Des sans -grades de la galaxie des savoirs et connaissances. Perpignan alors en comptait un :  Marcel Jean Joseph Pagès : (9 juillet 1904-Céret/ Ier janvier 1981). On parlait de lui. Le cosmos, l'astrophysique lui étaient familiers. Alors, il n'avait pas  encore été « débouté » de toutes ses démarches, de ses (consciencieux) dépôts de brevets auprès des organismes ad hoc locaux, nationaux et internationaux. On le l'avait pas encore (là-bas, en haut-lieu) voué aux gémonies des lanceurs d'élucubrations et autres anecdotes immédiatement glanées par des sectes up-to-date. Marcel Pagès est sur le parvis de la gare de Perpignan. Comment connaissait-il ou était-il connu de Dalí ?  Apparemment, il n'était plus pour le couple de Port-Lligat un inconnu. Preuve insigne de l'intérêt et de l'estime que lui portent Dalí et Gala, ils se font photographier avec lui, chacun l'entourant comme colonnes d'un temple. En vérité Pagès est  un voisin, un cousin. Les deux sont nés la même année 1904,  l'un en Ampourdan, l'autre en Vallespir, « b aptisés » par la tramontane.  Né le 11 mai, Salvador, enfant de Figuères, est donc l'aîné de Marcel, enfant de Céret, qui ne verra le jour que le 9 juillet. Existerait-il d'autres liens que ce lien calendaire, que cette géographie (physique et culturelle) catalane ? La science, vraisemblablement.

En 1965, Dalí développe depuis une bonne trentaine d'années sa célébrissime méthode de paranoïa-critique (la « Métamorphose de Narcisse », réalisée en 1937 en serait selon les spécialistes sa première application picturale). Une méthode qui n'avait pas manqué d'attirer l'attention (parfois les moqueries) des psychanalystes, psychiatres et autres navigateurs dans les eaux plus ou moins troubles des cerveaux, des rêves et des « âmes ».  Marcel Pagès est de ce monde. Il a fait des études de psychiatrie. On l'appelle le Dr Pagès. Mais depuis son adolescence (1916),  il  a la tête plein d'étoiles et joue avec calculs et schémas à vaincre la... pesanteur. Des dossiers, des contacts, des espoirs, des refus.. Un drôle de personnage, il veut ressembler à un Newton, à un Einstein...Un fou, oui ! Juste ce qu'il faut pour orienter l'intérêt du fou ampourdanais sur ce fou roussillonnais qui, à son tour, rêve de sa faire connaître outre-Atlantique. Là, ou de plus en plus se font les vrais lancements, les vrais couronnements ! A quel moment, en quelle circonstance  Dalí a-t-il entendu parler de Pagès? Avaient-ils eu quelque échange (épistolier, par exemple) avant ce 27 août 1965 ? S'étaient-ils croisés à Paris ? On l'ignore. Mais ce qui est parfaitement connu c'est la passion de Dalí pour l' exploration et l'invention, sa curiosité insatiable et son intérêt pour de petites gens, de petits savants. On sait (par un document de l'INA) que Dalí fit l'éloge du Dr Pagès - auquel ne paraît pas souscrire pleinement l'historienne d'art perpignanaise, Catherine Deloncle, qui écrit à la page 33 de son livre « Une érection salvatrice en gare de Perpignan » (Alter Ego, 2006) :

« Apparemment, ce Docteur Pagès ne fut illustre que pour Dalí et lui-même. Il pensai avoir inventé la théorie de l'anti-gravitation, mais on se souvient de lui à Perpignan comme d'une personne originale, qu'on ne pouvait guère prendre au sérieux, bref un personnage dalinien. » Être réel ou fictif, that's also a question ?  Mais en 1965, le Dr Pagès comme savant est encore un espoir. Il n'a pas encore synthétisé ses travaux sur l'antigravitation dans  un livre  qui ne paraîtra qu'en 1974 sous le titre « Le Défi de l'Antigravitation: Techniques Antiponderales, Utilisation de l'Énergie de l'Espace ». C'est cet ouvrage, paru aux Éditions Chiron, qui le fera connaître d'un plus large public. Cependant dans les milieux spécialisés et pointus, dans les congrès internationaux,  il n'est pas un anonyme. A l'« International Congress of Satellites and Missiles » de Paris en 1959 il soutient par exemple « that space far from being empty of any substance, was instead a plenum containing prodigious energy gradient. » Voici -ce que l'on peut lire sur http://antigravitypower.tripod.com/

« In 1959, Dr. Marcel Pages proposed a theory at the International Congress of Satellites and Missiles, wherein gravity is not caused by the attraction of the Earth, but is caused by the repulsion of the Cosmos. Accordingly, the force which we call gravitation, he called 'sheer concentrated protonic energy'.He supported his theory with a design of an antigravity machine which liberated itself from the force of gravity by an electric field rotating at the speed of light around the vehicle. This rotating field also suppressed mass inertia! His design principle was tested successfully on small pieces of mica. »

 

  En 1959 Dr. Marcel Pages  proposa au congrès international des satellites et des missiles,une théorie  dans laquelle la gravité n'est pas provoquée par l'attractio la terre mais  par la répulsion du cosmos. En conséquence de quoi, cette force que nous appelons gravitation, il la décrit comme de  'l'énergie protonique concentrée pure'. Il soutint sa théorie en concevant une machine anti-gravité, libérée de la force de la gravité grâce à un champ électrique tournant autour du véhicule. à la vitesse de la lumière.  Ce champ rotatif  a également supprimé l'inertie de la masse. » inertie de masse également supprimée de champ de rotation ! Sa conception de base a été testée avec succès sur de petits morceaux de mica. »

 

Le 5 janvier 1960, il dépose une demande de brevet pour  « un engin pour vols cosmiques » qui lui sera, d'ailleurs, délivré le 9 janvier 1961 « Un Français du nom de Marcel Pagès, ingénieur physicien, déposa le 5 janvier 1960 un brevet Engins pour vols cosmiques. Selon Pagès tout engin capable de fabriquer un champ électromagnétique inverse la force gravitationnelle, et serait en mesure d'échapper à la gravitation pour se mouvoir sans frein. Pour y parvenir, il faudrait annuler le poids de " l'engin en faisant tourner autour de lui et à la vitesse de la lumière, une charge d'électrons (...) » peut-on lire  dans le livre «  Troubles dans le Ciel » de l'ufologue Jean-Jacques Vélasco (1946) présenté dans l'émission de Stéphane Bern,  « l'Arène de France ", du 21 mars 2007. Vélasco est par ailleurs l'auteur de « Ovnis, la science avance » (Robert Laffont, 1993). Voici la note que l'on peut trouver à propos de cet engin sur  http://www.morpheus.fr/ (« sortir du sommeil de plomb ...de la pensée unique »)

« 1961 : Le brevet 1.253.902 sous la référence du PV N814.855 du français Marcel Pagès est déposé. Il s’agit d’un engin dégravitique dont les principes sont parfaitement identifiables et vérifiables aujourd’hui. Pagès affirme qu’en maintenant sur son orbite à 75 000 km/s l’électron d’un atome d’hydrogène, on fait tout bonnement dégraviter ce même atome d’hydrogène. » Ce brevet est invoqué également dans http://www.meridian-int-res.com/Aeronautics/APS.htm  in rubrique « Meridian International research - Electrokinetic Propulsion »

« In 2001 NASA were awarded patents 6,317,310 and 6,411,493 "Apparatus for Generating Thrust Using a Two Dimensional Asymmetrical Capacitor Module".  This is essentially a copy of TT Brown's work and the operating principle is identical.  NASA make no reference to TT Brown.

Marcel Pages was one of the leading French post-war researchers in this field.  In French patent 1,253,902 Pages postulated that a rotating electric current would produce an anti-gravitational effect.  This current was produced by a circulating beam of electrons held in a toroidal vacuum tube.  Dr Jaegu Kim presented experimental confirmation of this in 1994 in a paper in the Journal of the Korean Physical Society. »

 

Mais comme aurait pu  dire le poète, il y a loin du brevet à la construction de l'engin, par exemple le « vaisseau interplanétaire lenticulaire »  dont il a confectionné, pourtant précautionneusement, la maquette. De l'imagination, de l'art sans royalties, c'est peu de chose. Or les subventions ne pleuvent pas, les sponsors (on commence à en répandre la mode) restent aux abris. On a beau rester -pour  « faire chez soi » ou partir -par le train, le bateau ou l'avion ailleurs on n'est jamais assuré de  frapper à la bonne porte et quand on y a frappé de trouver l'écoute et le tiroir-caisse nécessaire, et souvent l'on risque de piétiner des plates -bandes déjà balisées.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Ce qui serait, semble-t-il, arrivé au Dr Pagès, dans les lendemains de sa pose photo entre Dalí  et Gala sur le parvis de la gare de Perpignan. L'astronautique nord américaine sollicitée et qui, en 1968, aurait exprimé sa curiosité pour l'antigravitation paraît l'avoir perdue totalement de vue quelques temps plus tard. Voici comment est présenté à sa sortie, le livre « Le Défi de l'antigravitation »

« Non seulement ce livre apporte une Synthèse claire et critique de toutes les "tentatives technologiques pour échapper au vecteur gravitationnel", mais en plus : il OFFRE AU MOYEN DE BREVETS TRÈS DÉTAILLÉS (déposés par Marcel PAGÈS à L'INPI), une solution qui se défend encore aujourd'hui pour y arriver et construire un vaisseau interplanétaire lenticulaire, dont PAGÈS avait présenté LA MAQUETE au PDG de La Caisse nationale des Marchés de l'État de La France, pensant qu'il pourrait intéresser "son Pays" à la réalisation de ce projet demandant plus de moyens financiers que n'en possèdait UN INVENTEUR INDÉPENDANT... La suite de cette aventure se termine aujourd'ui par LE RETRAIT DE LA LECTURE DES BREVETS À L'INPI, où l'on peut lire "sans problèmes" des Brevets déposés à la fin du XVIIIème Siècle... à chacun SON BÛCHER et sa Disparition Scientifiquement et Industriellement Correcte. Il ne fait JAMAIS BON piétiner les Plates Bandes des Projets "Secret Défense". Sur ces sujets, Marcel PAGÈS, un Grand Inventeur Français, ne peut hélas plus vous répondre./.

Et, l' on rentre, chez soi,  bredouille. Et on se tient coi. Entre temps, ce qui ne soulagera guère des déconvenues, on a été « attrapé », volens nolens,  par des drôles de gens du monde des ovins, des extra-terrestres et de l'ufologie. Esprits fantasques mais à devoir choisir parmi eux,  pourquoi ne pas penser que le Dr Marcel Pagès ait  trouvait Dalí , mystique et ésotérique,  plus sympathique, plus fréquentable. Comme on peut le voir, dans les quelques références ci-dessus, de source plus ou moins sûres, on ne peut se débarrasser par une indifférence moqueuse ou une ironie hautaine de ce Dr Pagès dont Dalí -les traces existent- fit l'éloge (avant, après) le cliche photographique « immortalisant » cette trinité du vendredi 27 août 1965.

Outre les éloges réciproques que purent se faire Dalí  et Pagès, un lien entre le travail de l'un et le travail de l'autre mis en évidence par un historien d'art nord-américain... Salvador comme Marcel, s'ils avaient pu en prendre connaissance, en auraient été sans nul doute satisfaits. Elliott H. King,  professeur d'Histoire de l'Art à l'Université de Washington and Lee (U.S.A.) et déjà auteur, en 1998, de « Dalí, Surrealisme and cinema », leur consacre un chapitre de l'ouvrage « Gravity in Art : Essays on Weight and Weightlessness in Painting, Sculpture and Photography » de Mary D. Edwards et Elizaneth Bailey (2012). Ce chapitre est très clairement intitulé « Falling to Heaven : Salvador Dalí, Marcel Pagés and Levity at the Centre of the Universe » ( p. 253 à 264).

Il est néanmoins vrai que le nom de Marcel Pagès revient moins souvent près de celui de Salvador Dalí, sous la plume (et la souris, entrée dans la danse) des bons analystes ou sur les lèvres des grands commentateurs, que ceux du physicien René Thom (1923-2002), père de la théorie des catastrophes, ou du grand mathématicien Stephen Hawking (1942).  Pourquoi ne pas penser que la sympathie que Dalí portait à Marcel Pagès venait de ce qu'il voyait en lui, mais à un siècle d'écart, une sorte d' « alter ego » de son compatriote et admiré Narcís Monturiol (1819-1885), inventeur d'une première forme de sous-marin.

Sans que ce « voyage triomphal » à Perpignan en soit, bien sûr, le seul ou le plus tranchant marqueur, il  semble cependant qu'il participe d'une nouvelle ère sociologique dalinienne. De sa cosmopolitisation, de plain-pied avec le monde  des medias et  du spectacle, de la publicité, et de la communication, du happening, de la performance, du show et du stand up (ne mégotons pas sur les anglicismes).  Dalí devient sujet de conversation people, à l'occasion de telle ou telle de ses apparitions ou de ses excentricités, radiophoniques ou télévisuelles. Dalí   amuse, divertit.  Du moins celles et ceux qui n'ont pas le sens de l'humour trop susceptible, qui ont un faible pour l'excessif, le redondant, le caricatural et qui, surtout, ne prennent pas pour argent content les paroles dites, emphatiques syncopées, rocailleuses, en coups de tonnerre... Le personnage acteur attire et retient. L'artiste, lui, avec ses images, ses objets, ses univers changeants et ses lithographies, il n'est pas pour nous. On le trouve complexe et déroutant, on le reconnaît, oh ! Si !,  grand peintre puisque c'est ainsi que l'on l'a reconnu et qu'il fait de très grands formats. Dans cette nouvelle ère, en dehors du monde strict des galeries toujours à la recherche d'un bon coup, des musées en quête de rétrospective, des experts flairant le faux, des collectionneurs de vrai ou de faux se faisant la guéguerres es cotes et deas coffres-forts, oui, c'est ça, dans cette nouvelle ère, pour le grand public, à Perpignan comme ailleurs, c'est moins d'art dont il est question que du « Mystère Dalí ». Un Mystère que l'on pousse, qui se laisse, d'ailleurs, pousser, par la porte ou la fenêtre entrouvertes vers la psychanalyse, la science, la religion, l'immortalité, l'ésotérisme, les comètes des chimères. On dissèque, radiographie et scanne déjà. On veut pénétrer le mystère, atteindre le point G du Génie.

On le dit introuvable et on se remet à sa loupe, à son microscope et à ses télescopes. Pour le scrutateur de cosmos qu'est Dalí, la vérité niche peut-être dans les cieux.  On croit -fin d'un sprint olympien d'investigation-le savoir (eurêka!) et on le crie dans un livre, on en polémique dans débat, on en fait une réjouissance audio-visuelle, ou un disque (ton  heure DVD viendra bientôt). Chacune et chacun arrachent des mauvaises peaux, des voiles poussiéreux, et veulent une part, la meilleure pare, du Mystère, centre et périphéries.  Dalí  et les happy few de sa tribu ne manquent pas de ressentir une pointe de vanité -après- tout la vanité ça ne mange le pain de personne-de tout ce tralala culturel. Chacune et chacun attrapent donc dans le personnage, ses pompes et ses œuvres ce qui l'aide le mieux à structurer et à argumenter, oui cette fois- c'est de façon imparable, sa thèse (son sujet de thèse pour les moins précités) sur les sources, les profondeurs, les apparences, les connexions, les métamorphoses, les arcanes de l'ars magna de ce Génie du XX° siècle -aujourd'hui le XXI ème siècle l'accueille avec autant de grâce. Les théories de l'art les plus objectives s'en occupe, mais aussi tous les obligés de l'Invisible, et tout cela finit par faire  de... bons daliniens (au fait, pourquoi ne dit-on pas « daliens »?). Coup d'encensoir pour le génie, coup de trique pour l'imposteur ! L'unanimité n'est toujours pas acquise. Chaque type de presse, glacée ou pas hier, aujourd'hui glissant dans le numérique, donne à ses abonnés un surplus, un content, un dividende, de Dalí. Comme ce diable et ce bon dieu (qui n'aimait pas Jean-Paul Sartre) du XX° siècle est galactique et comestible, et ce par quelque bout qu'on le prenne (éros ou thanatos, voire antéros), il demeure ce qu'il proclama, fermement, un jour, dans un salon aujourd'hui vintage de la télévision « Je suis une espèce de nourri

Les générations se suivent mais ne se ressemblent pas tout à fait. A tout le moins là où on ne navigue pas à la boussole du dogmatisme et de l'intolérance. Avec le temps on change...on connaît la chanson. Les œuvres et les biographies ne bougent pas mais les regards que l'on peut braquer sur elles peut changer. Ainsi la critique d'art Catherine Millet qui, avec une honnêteté exemplaire, remarque dans un colloque sur Salvador Dalí de première importance « Celui-ci avait si mauvaise réputation que son influence restait invisible ou était tue ». Réhabilitation, en marche ? Elle n'est pas nécessaire. Dalí disparu, son Thanksgiving de Figuères veille ! Il suffit de prendre la peine mieux regarder et, l'ayant fait, Catherine Millet a décelé « un écho souterrain de Salvador Dalí», chez certains Nouveaux-réalistes et artistes postérieurs. Dont acte ! A l'époque du « voyage triomphal » -elle a sans doute entendu parler de Dalí mais quid de Perpignan ?- elle a 17 ans. En 1965, à Perpignan, quel est l'âge des artistes du paysage nord catalan d'aujourd'hui, 2015. Voici une liste (non exhaustive). Certains d'entre eux, parmi les plus jeunes, se nourriront d'ailleurs de l' « Art-Press » de Catherine Millet, revue créée en 1972

Si Pierre Brune (1887-1956), père du Musée d'Art Moderne de Céret est mort depuis 9 ans, François Desnoyer (1894-1972) à 71 ans,  Camille Descossy (1904-1980) : 61 ans ; André Susplugas (1912-1978) : 53 ans ;  Germain Bonel (1913- 1992) : 52 ans ;  Marcel Gili (1914-1993) : 51 ans ;  Jean Capdeville (1917-2011) : 48 ans ; Maria Lluís (1931) : 36 ans, Balbino Giner García (1910- 1976) : 55 ans,  Roger Mauréso (1924-1981) et Serge Bonacase (1924-1977) : 41 an

L'écrivain et essayste Victor Crastre (1903-1983), qui a un an de plus que Dalí et fortement lié au surréalisme, a lui 62 ans. Il a publié un André Breton Arcanes (1952, Paris, Arcanes) et Le drame du surréalisme (1963, Paris Editions du temps). C'est une conscience intellectuelle influe

Georges Badin (1927-2014) : 38 ans , Albinos Biner Gabarda (1935-2012) : 30 ans ; Claude Massé (1934) :  31 ; André Torreilles (1941) : 25 ans ;  Michel Combacal (1944-1970) : 22 ans ; Roger Cosme Estève (1945) : 20 ans ; Xavier Vilamajo (1946) et Georges Tournal (1946) : 19 ans ; Jean-louis Vila (1948) : 17 ans ; Michel Fourquet (1950) : 15 ans ; Marc Fourquet (1953) et Jacques Capdeville (1953) : 12 ans ; Patrick Loste (1955) : 10 ans ; Marc André 2 Figuères (1959) : 6 ans

Ne sont pas ici pris en compte les artistes qui se sont installés à Perpignan et dans le département après le « voyage triomphal » du 27 août 1965.  Mais, en 1965, l'époque n'est plus « surréaliste ». Si, elle l'est restée, car  il ne suffit pas d'un coup de tramontane pour disperser toutes les cendres de l'ancien, elle ne l'est plus au sens emphatique et tauromachique dalinien. Elle est davantage « pop ». D'ailleurs -comme si le Maître n'avait pas voulu être largué- le tableau dit « La Gare de Perpignan » est aussi nommé, comme nous le savons, « Pop, op, yes-yes, pompier » L'abstraction n'a pas encore passé les portes de l'établissement du n° 2 de la rue Foch et de ses annexes du Pont d'En Vestit. Une nouvelle pédagogie s'y mettra en place au lendemain de 1968, liée à une réforme nationale des enseignements artistiques. Elle y sera introduite, en particulier, par le peintre Michel Bertrand (1938-2009), ancien condisciple  de Claude Viallat  (1936) et Vincent Bioulès (1938), à Montpellier puis Paris. Toutefois. Les « Supports/Surfaces » ne  se retrousseront les manches qu'en groupe et hexagonalement qu'en 1969. Pour eux Marcel Duchamp (1887-1968)  est incontestablement plus recommandable que Salvador Dalí, aux basques de qui reste accrochée la casserole d' « Avida-Dollars » . Des galaxies d'esthétiques ou de métaphysiques très opposées ! « Nu descendant l'escalier », d'un côté , « Le Grand Masturbateur », de l'autre.

La « mauvaise réputation » dont parle Catherine Millet au Colloque « Dalí : L'énigme sans fin » au Centre Pompidou les 23-24 janvier 2013, lui était, en 1965, fortement accrochée au paletot. Dans certains milieux, elle résistera avec l'opiniâtreté du chiendent bien que, quelque part on ait dit, ou écrit, ou les deux que « Dalí  avait épousé le fascisme, le Catholicisme ou Franco, au moment même où Aragon épousait le Stalinisme, et Couarde suivait l'exemple d'Aragon ». Elle persiste  encore sur un plan politique et rebondit en Espagne, par exemple, en octobre 2003, aux veilles du Centenaire de la naissance du peintre, enfant de Figuères. Certains n'y iront pas avec le dos de la cuiller et  reprochent à sa mémoire ses éloges du franquisme. Mais d'autres, non moins excessifs, à l'image du dramaturge Albert Boadella (1943), rétorqueront que « son supposé franquisme n'était qu'un fait insignifiant de son existence ». (Exilé à Perpignan, Albert Boadella, y monta en 1978 avec ses Joglars et y joua deux fois « M7 Catalonian » au théâtre muncipal, gracieusement prêté par la municipalité de l'époque.

 

Mais l'engagement/non engagement de Dalí dérange-t-il énormément de monde ? Chacun le souhaite, le voudrait bien à lui. D'une certaine manière, en Espagne comme en France -ou ailleurs, on courtise et se dispute sa « phénoménalité ». On veut le voir, on veut l'attendre, on veut le...suivre comme dans les rues de Perpignan. On a besoin de lui pour recueillir un ou deux grains de sa folie errante, pontifiante et patoisante.

Le 3 janvier 1978, Dalí est interviewé pour France 3 région  par Pierre Boutang (1916-1998) et Pierre Naville (1904-1993). Dans ce document où il ébahit ses intervieweurs par des affirmations du style« "sans la gare de Perpignan, nous serions tous en Australie, ... probablement entourés par les kangourous" ou encore "Au moment où s'est formé le golfe de Biscaye, quand il y a eu la fameuse dérive des continents, c'est uniquement Perpignan qui a tenu le coup et a permis à toute l'Europe de rester là où elle est, là où nous sommes encore ici."  Des affirmations qui en dépit de leur paquetage ironique sont bien reçues, y compris des...Catalans du Roussillon ( où l'expression « Catalogne nord » commence à s'insinuer  avec le combat au fleuret plus ou moins moucheté des partisans de « Catalogne nord » et les tenants de « Catalogne du Nord », les deux clans rejetés par les légalistes de « Roussillon »).

1978 : "Le Mystique de la gare de Perpignan", acquis par Peter et Irène Ludwig entre au Musée Ludwig de Cologne. ( « Der Bahnhof von Perpignan ») Musée situé entre la cathédrale ; le Rhin et la gare centrale de Cologne.

Il n'est pas absurde de parler d'une apogée parisienne de Dalí en 1979-80. En 1979, le 9 mai il prononce son discours d'admission à l'Académie Française des B.-A.,  en tant que membre associé étranger. Puis c'est la grande Rétrospective que lui consacre, du 18 décembre 1979 au 19 avril 1980, le Centre Georges-Pompidou et qui recueillera, comme le rapporta Le Figaro, « 900.000 visiteurs, aucune exposition n'avait fait courir encore tant de monde relèvera la presse. ». Le Centre Georges-Pompidou avait été inauguré le lundi 31 janvier 1977.

Du côté de Barcelone, exactement dans les mêmes années, on apprivoise également le Maître. C'est  ainsi que le réalisateur de cinéma Antoni Ribas (1935-2007) l'inclut dans son film « Catalans universals ». (Il y figure au côtés de Montserrat Caballé (soprano), Pau/Pablo Casals (violoncelliste),  Joan Miró (peintre), Charlie Rivel (clown), Antoni Tàpies (peintre), Salvador Espriu (écrivain).  Lui n'avait pas hésite à se proclamer depuis grand temps comme le « catalan le plus universel  après Ramon Llull ». Un livre s'ensuivra, avec le même titre, et dans lequel figure le cinéaste. (Onze ans plus tard, en 1991, A. Ribas tourna une biographie de Dalí, avec Lorenzo Quinn dans le rôle de Salvador et Sarah Douglas, dans celui de Gala)

En 1981, à Barcelone, président Jordi Pujol remet à un Salvador Dalí, pincé d'émotion et coiffé d'une identitaire ou folklorique « barretina », la Médaille d'or (et plus haute distinction) de la Generalitat de Catalunya, -rétablie quatre ans plus tôt en 1977.

En 1982, le roi d'Espagne, Juan Carlos Ier, qui ne veut pas que la « périphérie » taquine trop sa couronne et la devance en gratitude mais qui n'ignore pas, qu'en 1972, Dalí a fait don de son œuvre à l'Espagne, le nomme  Marquis de Púbol.

Perpignan n'est pas  tout à fait hors-jeu. S'est-on souvenu que l'on n'y a jamais vu, publiquement, des œuvres originales de Dalí et que le souvenir de son « voyage triomphal » s'estompe ? Le fait est que Perpignan accueille dans son palais des rois de Majorque pouvait-on lui offrir moins une exposition d’huiles, dessins et sculptures de Salvador Dalí. Il s'agit de la collection du Musée Perroet-Moore, Cadaquès. L'exposition a lieu en août et septembre 1982. Elle ne passa pas inaperçue, malgré l'absence du Maître, et fournit même, la presse locale d'alors en fait foi,  matière à polémique.  (John Peter Moore (1918-?) dit Capitain Moore.

 

En cette année1982, la S.N.C.F rénove sa gare de Perpignan. Elle bénéficie d’un grand plafond agrémenté d'un décor imaginé par Robert d’Hoossche et peint par Jacques Charansonnet. « Je suis le certain Robert D'hoossche. auteur des maquettes et d'une partie de la réalisation du plafond et de l'architecture intérieure de la gare. Diplômé des arts déco je travaillais bien à l'agence d'architecture de la SNCF responsable des travaux. Ce plafond était signé de mon nom et de celui de J Charanssonnet, et cela sur la demande du directeur de l'architecture française de l'époque. Ce plafond n'avait aucun velléité artistique, mais se voulait décoratif et faisait partie d'un projet global de rénovation.» tint-il à préciser pour le quotidien L'Indépendant qui s'était interrogé sur l'auteur du dit plafond. Une rénovation qui retrancha peut-être à la mysticité de la gare telle que la ressentait de son vivant le peintre, mais il n'en dit rien.

 

A Perpignan, où l'on veut croire à un « daliland » et où l'on tient à garder bonne mémoire du Maître, on finit par donner dans le rite et la cérémonie. Une association dite « Amis du Centre du Monde » se constitue, son concepteur animateur s'appelle Lluís Colet, né à Perpignan en 1946. Figure catalane, originale dans l'accoutrement et les propos, et surtout dans sa fidélité au « temple » , le « centre du monde » et à son Dieu, Dalí. Tout cela valait bien un geste religieux cycliquement réitéré. Ainsi, à partir du 27 août 1984, à 16 h 21 mn ( et 19 ans après le « voyage triomphal »), Lluís Colet dépose-t-il un chou-fleur (symbole cosmique et sacré pour le peintre), à la gare de Perpignan et l'accompagne d'un discours « interminable » qu'il a décroché son droit d'entrée dans le Guiness des Records en 2009. Son discours -il aurait ni plus ni moins soufflé son inspirateur comme il a soufflé la presse qui l'a relaté-- dura 124 heures, soit 5 jours et 4 nuits. Ce champion n'est pas une fiction dalinienne, il est de chair et d'os, de sensibilité et d'imagination, comme vous et moi, qui sommes bien moins audacieux que lui. Il aurait sans doute mérité une Radioscopie de Jacques Chancel (1928-2014), mais il avait arrêté sa célèbre émission en 1989. Chancel avait eu encore la possibilité de recevoir Dalí le 4 janvier 1971, une émission homérique, exemple de tauromachie radiophonique, mais où le toréador se fait toréer. Tout aussi homérique, mais sous le sceau de théâtre de l'absurde, la diffision dans un Grand échiquier du 12 juillet 1972, de Dali par Jean Sas (disparut en 2008), un animateur radio/télévision alors bien connu à Perpignan, ou « critiques d'art et directeurs de revues spécialisées » sont fustigés par l'amoureux de la révolution holographique, il y fustige également la compagnie de jésus, la société de consommation, cite le prince Kropotkine, etc... En pleine forme, spontanément à côté de la plaque. Il fait son numéro. A la question de Jean Sas, si le président de la République vous proposait un portefeuille, il répondra « Celui de la crétinisation politique ». Bref tel est pris qui croyait prendre. Dans un autre document INA, Dalí ne dément pas Charles Trenet qui s'entretient avec lui et le définit comme « un homme de music-hall », « toute ma vie », lui répond-il, « j'ai fait rire tout le monde».  Document par ailleurs émouvant pour les Catalans des deux côtés du Canigou, celui qui croit en l'holographie et celui qui n'y croit, Charles chante au creux de l'oreille de son hôte, « Lo Pardal ».

« Indifférent » au Bicentenaire de la Révolution Française, que l'année 1989 oblige à célébrer, le Marquis de Púbol meurt dans son refuge de la Tour-Galatée de la capitale de l'Ampourdan...

 

Mais Colet n'est pas le seul « cultivateur » du « daliland ». Il y a aussi Roger Michel Erasmy (1939). En 1982/4, il a entrepris des investigations dans les deux Catalognes pour de découvrir... le grand secret de Salvador Dalí.  Plus chanceux qu'un chercheur d'or sans alchimie, il publie dès 1985, à compte d'auteur et à Perpignan (on n'en sort donc pas!) :  « Le Mystère de la gare de Perpignan élucidé et expliqué ». Puis, en 1987,  c'est son « Codex Dalianus : Indicateur ésotérique des prévisions paranoïaques-critiques de Salvador Dalí», lui imprimé et édité à Rasiguères, en Fenouillèdes, dans le département des Pyrénées-Orientales. Chercheur infatigable, auteur fécond et conférencier effervescent,  il devient un gourou de l’ésotérisme dalinien. El n'en reste pas là. Cet incontournable de la road-movie de tout pèlerin du dalí-délirisme ira jusqu'à.... « débusquer » le wagonnet figuré par Dali sur sa toile «  Pop op, yes-yes, pompier » de 1965.  Il l'isole, en fait une relique, le transforme en galerie d'art mobile, lui trouve même une jolie marraine, star de télévision franco-espagnole, le fait circuler dans le « daliland » comme « plus petit espace surréaliste du monde » à partir de 1995. Il fait ou ranime la foi de quelques artistes surréalisants qu'il met dans son « train ». Il sera à Perpignan en 2004,  et dans  la petite ville de  Viechtach, en Bavière, en 2010, ou au Grand palais des Champs Elysées, à Paris, en 2013. De grandes dates. Le wagonnet (fomenteur d' une minimaliste idolâtrie) rayonne et avec lui le nom de Perpignan. Celui qui fut un secrétaire d'ambassade luxembourgeois s'est mué, il n'a pas vu le temps courir, en ambassadeur dalino-perpignanais en agitateur d'une fibre artistique surréaliste, à l'insu du vulgum pecus, mais que le reflux des arts conceptuels facilite. Nous sommes là, à la fois, proches mais aussi très éloignés de Dalí. Mais le Maître n'est plus. Il s'est éteint le samedi 23 janvier 1989, à l'âge de 85 ans. 

 

A présent c'est le temps des héritiers, le temps des institutions. C'est une nouvelle galaxie, et il n'y fait plus ses numéros, ses extravagances, ses triomphes. On l'imite quelquefois, mais le génie n'y est pas. On se contentera de livres, de films, d'expositions, de commémorations. La période 1989 à 2015 peut-être balisée par deux importants ouvrages biographiques.  L'un signé Ian Gibson, l'autre Clifford Thurlow.  Gibson, né en 1939  publie en novembre 1998. « The shamefukl Life of Salvador Dalí  », immédiatement traduit en « La vida desforada de Salavador Dali ». Ce même auteur publiera « Dalí joven, Dalí genial » en 2013 (Aguilar). Thurlow, lui né en 1952, et donc d'une toute autre génération sort en 2000 «  Sex, Surrealisme, Dalí and Me », traduit en castillan, en 2004, « Sexo, surrealismo, Dalí y yo : Las memorias de Carlos Lozano (punto de Lectura)  by  Clifford Thurlow, Carlos Lozano, Enric Sabater and Claudio Molinari (Jul 28, 2004). Des ouvrages qui éclaircissent certains points, ravivent des oppositions ou des malentendus...Leur succès commercial signale que la veine du Divin ne s'est pas tarie.

Les prétextes ne manqueront pas, y compris celui de récupérations, pour célébrer sa geste et ses principales étapes. Post-mortem, on s'est aperçu dans cette « terre bénie des Dieux » qu'était le Roussillon que Dalí connaissait également par l'expression « Jardí de María » que l'on aurait du se réveiller plus tôt, quand jouant la « belle endormie » on a laissé passer le coche (le vendredi 27 août à Perpignan c'était -ne plaisantons pas avec le type de véhicule- une calèche), que Figuères, Cadaquès, Port-Lligat, Vilajuïga et Púbol ne sont pas aux antipodes- et que des antipodes, cependant, on vient visiter le Teatro-Museu, on convoque mages et sorciers, tous retroussent leurs manches et fument le calumet de l'originalité. Les moustaches de Dalí,  de l'autre côté des miroirs, ne bronchent pas, et la miche de pain qu'il tient sur sa tête en guise de montera non plus. Débrouillez-vous ! Nous avons assez joué au « tu veux ou tu veux pas ! »

Tout de même, un génie passa par-ici, y doit bien bien être resté quelque empreinte (quelle collection privée, ou publique?), ou pas ou parfum ? Et si nous rejouions ce « voyage triomphal » ? C'est fait craché, et voté. Ce sera pour son trentième anniversaire ! Et, on fit, toutes comptes examinés et population rassasiée, une belle fête. La (jeune) compagnie Malabar s'y dépensa en spectaculaires arts de la rue, pleins de nouveautés et de surprises. Et, aussi, quelques audaces sans outrancière démesure. De quoi être plébiscitée par tous les publics. Cette reconstitution, à consulter certains documents, rassembla « 5.000 personnes ». Dalí aurait aimé, bien sûr ! L'issue positive de cette commémoration alimentera-t-elle une nouvelle mentalité dalinienne, plus hardie, au pied du Castillet ? Les remparts de pierre, c'est de notoriété publique, sont plus faciles à tomber que les murs de préjugés. Ne soyons pas pressés ? Les commerçants ni les Catalans n'ont pas toujours raison... Le surréalisme, le je suis fou de ci, je suis fou de ça, n'est-ce pas d'un autre siècle. En fait, c'est comme toujours : le principe des 3 tiers. L'un qui dit oui, l'autre qui dit non, et le troisième qui hoche ma tête en mimant « je ne sais pas ». Une décision, enfin intervient, avec « the best man in the best place ».

En 2002, la ville de Perpignan crée un « Espace Salvador Dalí» à l'intérieur de l'ancien couvent des frères mineurs de Perpignan. Un espace promis à accueillir des expositions de photographes sur la figure du Maître qu'ils eurent l'occasion -hasard ou préparation-d'approcher le Maître, sur la Costa Brava, en Europe, en Amérique, etc...(Il y avait eu un précédent dès 1989 mais au Perthus, à la Galerie « Arts sans frontière » où le photographe Marc Lacroix (1927-2008) avait présenté « Dalí et la Troisième Dimension »)

A Perpignan, le programme d'expositions confiée à Jean-Antoine Casagran. La photo-mythologie dalienne est née. Elle fait quelques jaloux. Il faut s'armer de fine diplomatie. Un pot de terre ne peut rien contre un pot de fer. Qu'il se contente de montrer de jolies fleurs. Ce sera le cas : fleurs rares et formidables. Cette photo-mythologie se conforte avec des livres-albums, des affiches, des cartes postales, etc...

L'heure d'une nouvelle commémoration sonne et Perpignan tire une juste vanité de son nouveau carillon. Prêts pour le Centenaire de la naissance, sinon du génie, proprement dit, du moins de l'une de ses incarnations « immodestement autoproclamées » ronchonnent les réfractaires purs et durs à toute intrusion qui ne soit pas distillée par les arbitres des élégances du moment. On soupçonne que d'aucuns se disent au creux de l'oreille et si nous tentions d'amener « La gare de Perpignan » du Musée de Ludwig dans notre Musée Rigaud ou dans notre palais des Congrès, de la jeunesse et de la Culture (selon sa première dénomination). On missionna, on ne convainquit pas, il est des montagnes que l'on déplace plus aisément que des tableaux. La raison, qui suggère de se contenter de ce que l'on a ou du peu que l'on peut entreprendre l'emporta. Et, à la vérité, ce ne fut pas un échec. 

De 1966 à 1989, une « culture dalinienne » se constitue à Perpignan. On peut en citer plusieurs acteurs., sans en comparer ni en hiérarchiser la valeur et les impacts.

 Jacques Séguéla, né en 1934. et dont les parents se sont installés en 1938 à Perpignan écrit dans » Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel, Flammarion)  Broché – 8 janvier 1992 « « Je rechutai en baptisant " Choux " un immeuble de Créteil en quête de publicitaire. Ce fut le plus beau navet de ma carrière. Dès lors tout empira. Je décrochai le contrat de l'année en proposant les services de Salvador Dali. Mais je ne l'avais jamais rencontré. Pour me punir, le Maître, avant d'accepter, me fit passer de démentielles épreuves initiatiques. » Salvador Dali et Jean Cocteau inaugurèrent conjointement la résidence Elysée2 à la Celle Saint-Cloud dont ils avaient été les inspirateurs. Dans son discours Dali parla des choux-fleurs.  « Séguela évoque ici une collaboration qui remonte à 1972. De fait, au moment du « voyage triomphal » de Dali dans sa ville natale était en train d'abandonner le journalisme pour la publicité qui se concrétisera véritablement en 1969, avec sa rencontre avec Bernard Roux

  Lluis Colet, né en 1947, est du même âge, admirateur sinon du peintre Dali du performer et de ses happenings, va s'imposer comme un fidèle servant d'un culte dalinien (très rare), longtemps célébré au sein même de la salle des pas perdus de la gare, le culte rendu au chou-fleur. Dans sa spécialité, Colet deviendra une sorte de star avec performance inscrite au livre des records.

Patrick Gifreu, né en 1952, qui quelques années plus tard, consacrera plusieurs de ses écrits à Dali, n'a lui, lors de ce « voyage triomphale » que 13 ans. On lui doit un manifest ultralocal- Barcelona : [Cave Canis], cop. 1996. - 93 p. ; 22 cm. Edició especial de 600 exemplars per al número 3 de la revista Cave Canis. Dali, un manifeste ultralocal-Mare Nostrum, 1997. Collabore au spécial « Dali de l'Indépendant » pour une exposition à l'Espace Dali en 2000. Traduit du catalan = « Journal d'un génie adolescent de Salvador Dalí, préface et notes de Félix Fanés. - Monaco ; Paris : le Rocher, 2000 (Collection Anatolia)           

Jean-Antoine Casagran, pour sa part -qui sera par ailleurs lié aux deux précédents devient aussi un « avocat »-participe de ce culte local et extra-local, à partir d'une politique d'exposition de photographes, d'ici et d'ailleurs, ayant photographié approché et photographié le maître. Un espace d'exposition au sein de l'ancien couvent des Minimes inauguré en 1999 prit son nom. Fondateur pourrait-on dire d'une « photo-mythologie dalinienne », il sera tout particulièrement « le grand architecte » du centenaire Dali.

Pascal Comelade (né en 1955) qui confiait à L'Indépendant : "Je ne suis pas ce que l'on appelle un Dalinien, mais j'aime beaucoup ce type, j'ai de l'affection pour lui. Il fait partie de la culture populaire. Chacun a sa vision, sa lecture de Dali, mais, il existe une proximité, une histoire commune avec lui. C'est un mec de la famille pour nous".  (...)

« Dali est bien sûr connu et reconnu comme peintre, mais il a aussi commis quelques pamphlets, textes de jeunesse et poésie de qualité. Il écrivait également en français, utilisant un vocabulaire riche et précis. Là, ce sont surtout des textes de jeunesse écrits à Figuères et Madrid qui seront joués. »  C'était avant la présentation Salvador Dalí canta , un espectacle en què  diferents veveus del pop, la cançó i el flamenc canten poemes de Salvador Dalí musicats per Pascal Comelade  présenté en 2011, dans le cadre du  X° anniversaire festival Acústica de Figueres .

Bruno Giner (né en 1960), arrière-petit fils, petit-fils et fils de peintre, compositeur qui mettra en sons l'Oda a Salvador Dali de Federico García Lorca joué sur le parvis de la gare en octobre 1994 pour le Festival Aujourd'hui Musiques, à Perpignan. (Le texte de Lorca fut publié pour la 1ère fois  à Madrid dans en 1926 dans la « Revista de Occidente ».

Mais les principaux semeurs du « daliland » nordcatalan sont par ordre alphabétique (et non d'entrée en scène) : Jean-Antoine Casagran, Lluis Colet, R.-.M. Erasmy et Patrick Gifreu. Un « quatuor » qui mérite respect et reconnaissanc

2001. Dali de Gérard Thomas d'Hoste (1926-2003). Photos, daguerréotypes et projection film « Le divin Dali »

2003. Voyage au centre du monde/ Viatge al centre del mon/Viaje al centro del mundo. Treize photographes catalans pour Dali. Mare Nostrum. Les photographes sont : Jacques Barde, Johan Comalat, Jean Cance, Victor Gay, Amado Jover, Robert Julia, Etienne Montes, Serge Moritz, Postius, Jean Roig, Enric Sabaté Bonany, Narciso Sans Prats, Joseph Sfart. Les auteurs des textes de ce catalogue trilingue (français, catalan, castillan) sont Georges-Henri Gourrier, Bernard Revel, Gregory Tuban

2004. Dali au palais des Congrès de Perpignan  ; 17 juin-17 octobre. « Dali et les plus grands photographes de son siècle" une exposition de rang international.. Le commissaire en est J.-.A. Casagran. Une belle manière de célébrer le centenaire de la naissance du génie.  La majeure partie des photos présentées couvrent les années 1965 à 1975. Les années “ dalirantes ” par excellence. En tout 45 photos.

Après le Centenaire de la naissance.

2005. Jean-Michel Hoerner publie chez Balzac éditeur une pièce de théâtre intitulée « Dali ou le crime de la fausse Garbo ». Pièce créée le 23 mars de la même année par la Compagnie du " Théâtre chez soi ". C'est une comédie loufoque et délirante. Elle met en scène la figure, le personnage et non l'artiste qui est beaucoup plus...intimidant!

2006. Le musée Luwig de Cologne, à l'occasion de son trentième anniversaire et du vingtième de son architecture nouvelle présente « La Gare de Perpignan  Pop, Op, Yes-yes, Pompier » dans le cadre d'une exposition consacrée à Salvador Dali.

2006 : La gare de Perpignan, 40 ans après sa première présentation, interroge toujours. Ainsi l'historienne d'art Catherine Deloncle Saint-Ramon, née à Perpignan et sœur aînée de Jacques-Gaspard Deloncle qui, en 1965, était étudiant aux Beaux Arts de Perpignan publie aux éditions Alter-Ego « Une érection salvatrice en gare de Perpignan » sur la quatrième de couve on peut lire ceci- « La Gare de Perpignan centre du monde. C'était le Désir de Salavador Dali. A-t-il été exauc

2012 : La Ville de souvient de Dali, le place sur l'orbite de son développement ferroviaire et d'un utopie de sursaut économique par le...sud, la Catalogne et Barcelone. TGV/TVA-TVA/TGV le sigle a tardé à devenir réalité explicitée. Le 15 septembre 2012  à l'occasion de l' inauguration de l'avenue Général de Gaulle réaménagée, une plaque est apposée sur le parvis de la gare où on peut lire « Place Salvador Dali ». Sans que Perpignan y soit réellement pour quelque chose le 21 novembre 2012 est inaugurée une grande rétrospective Salvador Dali au Centre-Georges Pompidou de Paris.

Ensuite, c'est la marche vers le 50 ème anniversaire du voyage triomphal (1965-2015). Mais Perpignan est-il toujours...Perpignan? Une chose certaine "Les moustaches de Salvador Dali" continuent d'inspirer comme l'indique le cocktail festif en l'honneur sinon de l'homme qui les portait du moins en souvenir du voyage qui les arbora et lissa sans chichis, comme l'indique aussi les manifestations qui naissent à Perpignan où y sont accreillies (richesse, ou confusion), comme le montre le geste affectif de livre d'artiste publié pae VOIX éditions, avec un texte du peintre et poète (ici femme de lettres) et des collages de Claude Massé. Il est manifeste que Jean-Antoine Casagran a bien fait  de secouer le prunier des indifférences ou des malentendus daliniens pour ouvrit la voie, par l'exposition, le livre et le DVD, à une appropriation norcatalane de la geste du Génie de la Gare de Perpignan.

En 2015, oyez bonne gens, le 27 août tombe non pas un vendredi mais un jeudi! Ce jeudi, qu'on se le dise et lisent les journaux et programmes. Il y a ura bien quelque chose pour vous plaire ou déplaire.

 

xxx

 

 

xxx