Didier Goupil-Roger Cosme Estève

L'été et ses touristes se retirent. Les parasols abandonnent leurs sites de prédilection. La mer pour les uns, la montagne pour les autres. Et l'arrière pays pour les tiers, les quarts, les cinquièmes, etc. Septembre est bien là et l'automne brosse ses habits de nouvelle saison. Tout change...sauf notre vie artistique. Il en est qui diront qu'elle ne change même pas de braquet. Quelle tient le même rythme et qu'elle veut rayonner -comme d'habitude- à profusion et dans tous les sens. Les agendas commencent à s'étoffer pour tous et toutes: organisateurs, amateurs, responsables (voire politiques, s'ils ont quelque voix à mettre dans leur gibecière), journalistes (si tant est que quelque ennemi de la barbouille ou de la gratouille ne leur réduise pas trop leurs quotas de signes ou de colonnes -avec ou sans photo). Alors, on  note et on avise. Le retour de Roger Cosme Estève dans son premier et principal foyer d'irradiation, la galerie Thérèse Roussel, place Després, au coeur de Perpignan et deux pas de la Casa Xanxo. Un petit nombre d'oeuvres mais à la taille des lieux de ce domaine familier et souriant.  Estève y est venu en compagnie de l'écrivain Didier Goupil, star du dernier week-end avec son dernier roman "Le caméléon" dont le peintre catalan est le héros et la matière. Il est moins banal qu'on ne le pense de passer du réel même décalé de tout aventurier de l'art plastique à la fiction romanesque, transfert contre-transfert de personnalités. Didier Goupil a bénéficié d'une lecture au sommet, dans une incomparable "Nit d'Eus" et d'une belle signature de son dernier livre, oint par la papauté littéraire du CML et devant les toiles ( faut-il écrire l'Etoile?) du peintre. Encore quelques jours pour le bonheur des cimaises et encore quelques exemplaires d'un livre qui est élogieusement salué par la critique, depuis sa parution, et qui peut-être ne sera pas boudé par quelque bon jury de prix. Si bien sûr ces gens-là ne sont pas allergiques au bestiaire. "Le Caméléon" est publié par les éditions "Le Serpent à plumes". 

Clara Claus, Anita Garcia....Collioure

Également en place et déjà saluées par un bel écho de presse, le "Fil de Fragments" de Clara Claus au Château Royal de Collioure, depuis le vendredi 11 septembre. Tout un ensemble de peintures et d'installations dont on ne saurait parler à distance mais qui seraient le fait de quelqu'un d'aussi habile qu'inspiré, ce que l'on appelle un tempérament. Place donc à la découverte, le plus rapidement possible. L'exposition restera en place jusqu'au 20 octobre. Certes, ce n'est pas encore demain mais...quand faut y aller faut y aller. Non, je ne vous pousse pas, on me conseille de le faire. Également dans ce château royal, décidément chaque jour mieux hanté et désireux sans doute de devenir le plus enchanté du littoral/sur cimaises devrait se montrer Anita Garcia, un peintre tout feu tout flamme qui embrase tout ce qui pointe chez Mme Morosité, M. Grincheux. Non qu'elle veuille nous faire vivre la vie en rose, oh! non et sa palette est beaucoup plus riche que le politcally correct de la monochromie. Chez Anita Garcia on rencontre autant la passion de vivre la vie que celle de la dépeindre, il y le désir et de  goût de la gaieté. La vie collective, dans ses lieux et moments de fêtes et dépenses  comme d'intimité et de repos. Sa peinture, une thérapie du bonheur? C'est amoindrir le geste pictural d'Anita Garcia que de traduire en pulsion/expulsion. Non, elle peint de vérité. Avec des lignes et des couleurs, elle bâtit et compose, elle se querelle en fauve avec tout ce qui aurait tendance à s'endormir, à se pétrifier, à prendre une gueule de cliché. C'est le vivant qui la préoccupe et l'exprime à sa manière ibérique pour les uns, simplement méditerranéenne pour d'autres, avec des débordements, des éclats. Franche dans ses chromatismes, retenue dans ses formes, où la sensualité prime sur son identité, quelque part entre fauvisme et figuration libre.  C'est vrai, il y a plus de cuivres que de cordes dans son orchestre plastique. La preuve, le titre de son exposition à venir -le jeudi 24 septembre 2015- est "Fanfare à Collioure". L'exposition restera en place jusqu'au 25 octobre.

Fabien Boitard, Perpignan, Céret

Laissons Collioure pour revenir à Perpignan, cette fois-ci Maison de la Catalanité, place J.-.S. Pons, derrière la Cathédrale Saint Jean Le Baptiste et non loin de l'église des Dominicains. Sur les cimaises de ce beau-lieu, des oeuvres d'un peintre suivi très attentivement par la critique et les collectionneurs: Fabien Boitard. Un jeune artiste qui, comme disait une chanson mais parlant de bien autre chose, a de la défense et de l'attaque. La défense lui vient de sa formation scolaire et de son intérêt inassouvi pour l'histoire de l'art, dans ses antiquités comme dans ses modernités. L'attaque se  nourrit de sa volonté de ne pas se laisser enfermer dans des codes et donc de ne pas craindre de bousculer les frontières des genres, ce genre serait-il le sacro-saint paysage, enclos dans lequel le peintre s'autoriser à batifoler, enfantant monts et merveilles. Si la peinture est un plat préparé pourquoi ne pas y mettre les pieds pour voir ce qui se passe en cocktail d'éclaboussures? Pieds, certes, mais pas de quelque malotru, ou prédateur, ou autre salisseur de nappes et de styles, mais d'un rêveur espiègle qui bouleverse la vue sans la dynamiter, un constructeur/perturbateur d'atmosphères et non point un lapidateur d'images, quand bien même ces dernières seraient de plats clichés...La peinture de Fabien Boitard est à voir parce qu'elle titille à bon escient notre rétine et notre bol culturel. Qu'elle joue avec le neuf sans trop le montrer. Qu'elle réemploie du naguère mais dans la pudeur du larme, le charme d'une petite déchirure. Notre artiste ouvre des fenêtres à la fantaisie, là où d'autres ferment à double tour les portes pour sauver leur dérisoire butin de certitudes. Fabien Boitard est à la Maison de la Catalanité jusqu'au 9 octobre. Si d'aventure, vous manquiez ce rendez-vous de Perpignan, sachez que la galerie Odile Oms, à Céret, rue du Commerce,proche de la Médiathèque Ludovic Massé, dont il est une sorte de "sociétaire"; le présentera du prochain 18 septembre au 31 octobre. J'allais oublier de vous dire que oui, Fabien Boitard c'est de la peinture et si ce qu'il accroche sur les murs vous déroute, ne soyez pas chagrin, c'est bien ce que ce gavroche sorcier recherche.

L'Art dans l'Air

Qui ne connaît désormais le magazine régional L'Art dans l'Air? Il a fait en quelques années un sacré bout de chemin . Un temps boudé ou regardé un peu de travers par un tel ou un telle, il est aujouurd'hui à chaque nouvelle livraison ( bi-mensuelle), lu de la première à la dernière page, tant y fourmille événements et talents. Une revue de proximité et sans oeillères diront les bienveillants. Mais on a beau être bienveillant on ne peut parler de tout et de tout le monde. des sommaires trop copieux. Alors autant filer par le petit coin qui fascine, intrigue ou retient. Ce somptueux quatre pages, textes et images, consacré à Pere Figueres, le chanteur catalan de longue date qui y dévoile un visage encore peu connu celui d'artiste plasticien, de créateur autodidacte, de sculpteur: liège en bouchon, capsule, fil de fer, canif en main et dans la tête une foule d'idée, d'êtres et images à mettre en formes et en tableaux. L'auteur-compositeur interprète, porte-parole lyrique des arbres, des oiseaux et des femmes fait-il ses adieux à la guitare pour d'autres types de manipulations? Ce n'est là qu'un nouveau sentier de création sur lequel il s'engage. Sa révélation, en tant que sculpteur, eut lieu cela fait deux ans ou plus à Céret, au musée d'Art Moderne, ni plus ni moins, dans un sanctuaire de la confirmation et dans le cadre d'un hommage à Antoni Tàpies via Joan Brossa. Il poursuit donc dans cette voie où d'autres, depuis un long bail comme Claude Massé, ont déjà acquis une solide et sans doute indétrônable notoriété. Le focus que les pages de L'Art dans l'Air font sur la contribution de Pere Figueres la rendent très attachante et porteuse autant poésie que de grâce décorative. Une question, avant de fermer...Qu'est-ce qu'ils ont nos hommes de musique -de l'instrument ou de la voix- à régler avec les arts dits plastiques? Après un Pascal Comelade, après un Gérard Jacquet, voici donc Pere Figueres. Qu'attend-on pour les exposer ensemble, le concept du "trio" ou du "tercet", ils savent ce que c'est.

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