Il n'y a pas que les sociologues qui braquent leurs yeux sur les rivages marins, les plages et les gens saisonniers ou plus durables. Les artistes aussi ont ce penchant. Un certain nombre sinon tous, car il est des artistes qui ont le coup de soleil en horreur. D'autres en aiment les sables chauds et y font des tableaux. Et ce, depuis que la peinture et sa petite soeur la photographie ont décidé de les regarder et de voir s'il y avait quelque chose à voir. Et des choses, ne fallait-il pas s'y attendre, il y en avait à profusion, à prendre et à laisser. Certaines on été montrées, d'autres cachées et parmi celles, cachées et non détruites, il en est qui sont revenues à la vie. Bref, il y a une histoire et une phénoménologie de l'art des plages, des plagistes, de leurs corps, envies, et manies. Savez-vous qu'en notre Roussillon, une artiste excelle dans l'observation et le reportage illustré de nos saisons et plus particulièrement de l'été, où il fait si bon faire la peau de certains préjugés et de retrouver les corps en simple appareil ou équipage allégé, et comme autant de gourmandises à caresser, à boire et à manger. Elle a nom Emmanuelle Jude. Elle n'en est pas à sa première manifestation publique.  La Côte Vermeille est son aire...de travail. Et, il faut en vouloir en ces espaces habités, hantés par tant de génies de la palette.  Elle se promène, ou se poste. Elle attend, et surprend. Elle z'yeute, s'étonne ou esquive. Elle a ses heures, ses lumières, ses embruns. Elle dessine, ou peint...Elle, la voici, à Banyuls sur Mer, à Collioure...Ou à Céret: Elle s'y donne à voir Galerie Odile Oms du 18 mars au 30 mai 2016. Elle a un style, bien nourri, sans artifice... Qu'il est inutile d'estampiller pop, la vie artistique étant faite d'une telle quantité de vagues et de ressacs, qu'il ne sert strictement à rien de nommer cet instant de vie. La vie passe et estompe ce qui était bien visible. Instant de vie donc qui, chez Emmanuelle Jude, est un vif intérêt pour l'humain, pour des individus, des rôles, des attitudes. Dans ce qu'ils peuvent avoir de mécanique, et parfois de comique ou de ridicule. (Cependant la méchanceté ne fait pas partie de la touche de l'artiste). Mais, aussi, dans ce qu'ils peuvent porter de surprise, de grâce et de sensualité. C'est là où elle fait mouche. Les "marines" (qu'aucune foudre céleste ne s'abatte sur notre nuque!) d'Emmanuelle Jude sont des moments de contact avec des paysages, des gens, des êtres... Des objets, doublement de plaisir. Le plaisir du regard qui les rencontre et s'en émeut, au point de vouloir les retenir à soi. Et, ensuite, le plaisir de la réalisation de l'image-piège (est-cela qu'on appelle icône?) qui, justement, retient. Comme dans cette forte (ou anodine, c'est selon) représentation d'une jeune femme qui rapproche de ses lèvres un cornet à glace, cliché de plage estivale et pourtant métaphore qui -la pudeur de l'artiste n'obligeant pas- posséderait une charge sexuelle et érotique sur le chemin gaillard de celle l'Origine du Monde de Gustave Courbet ou de celle de la femme-vulve d'Otto Dix? Mais, méfiez-vous de ce qui s'écrit -vient de s'écrire- Emmanuelle Jude n'est pas une libertine.

Galerie Odile Oms. 12 rue du Commerce. 66 400 Céret. Le vernissage de l'exposition est prévue ce vendredi 18 mars à 18 h 30. A cette occasion sera également présenté un ouvrage de VOIX Editions. "Un après-midi à Collioure". L'exposition restera ouverte au public jusqu'au 3 0 mai.