Si à Perpignan la Sant Jordi est comme un accordéon qui se déploie du 30 mars au 30 avril, ailleurs elle se fixe à la date votive du 23 avril mais peut aussi en faire à sa tête, comme en bien des endroits du pays catalan. Par exemple, à Bages, commune des Aspres, ville natale du chanteur Joan Pau Giné qui, en 1977, lui offrit l'un des premiers grands festivals de culture catalane. Bages qui, sans choquer le saint de la paroisse Sant-Andreu (Saint-André) et son co-résident Sant Galdric (Saint-Gaudérique) se lança - il y a cette année 2017 exactement 10 ans- dans une célébration particulière de la Sant Jordi. Le livre y est présent. Même s'il n'y fait pas la foire, étals dressés sur la place comme le veut la stricte tradition. A Bages, on est plutôt centré sur un livre ou sur l'hommage à un auteur. Le choix s'est porté sur l' écrivain Jordi Pere Cerdà (Antoine Cayrol) dont un éditeur universitaire barcelonais vient de publier, cinq ans après la disparition du poète, un travail de longue haleine mené sur les "Cants Populars de la Cerdanya i el Rossello". Un livre déjà présenté avec succès à Perpignan ainsi qu'à Puigcerdà et Saillagouse. Il bénéficie du crédit scientifique Jordi Julià et Pere Ballart, deux professeurs à l'Université Autonome de Barcelone ainsi que d'une contribution de Jean-Baptiste Para, poète, traducteur et rédacteur en chef de la revue Europe. Beau livre, "Cants Populars de la Cerdanya i el Rossello" est riche d'une centaine de chants, arrachés au silence grâce à la mémoire de nos  plus anciens, quarante trois merveilles nous sont ainsi servies, en deux Cds inclus dans l'ouvrage, interprétés -heureuse surprise et archives sonores ô combien précieuse- par Jordi Pere Cerdà a cappella. Sept d'entre elles ayant pu être mises en musique par Gérard Méloux, comme une suggestion à donner une suite au livre. En tous points un travail magnifique: de raison et d'émotion. Mis en chantier par Elena Cayrol, veuve du maître de Saillagouse, ce livre (destiné à être un fleuron de nos bibliothèques catalanophones et -philes) sera présenté à Bages par son fils Cris Cayrol (assisté peut-être d'un ami de la famille). Qui d'autre, mieux que Cris, enseignant, musicien et chanteur, pour nous en conter l'histoire et en exprimer la "substantifique moëlle?  Ce sera le samedi 29 avril à 18 h à la Médiathèque Joan Pau Giné. Rendez-vous à ne pas manquer. 

A côté de ce volet littéraire, la Sant Jordi bagéenne est connue pour la grande exposition traditionnelle d'arts plastiques de la Casa Carrere. S'y succèdent et presqu'en parité les créateurs-trices les plus notables de la région. A l'affiche pour la Sant Jordi 2017: Danielle Busquet. Cette artiste perpignanaise a commencé à se faire connaître au mitan des années 1975 évoluant dans l'avant-garde qui s'était cristallisée autour de la galerie A-16 et du CDACC. Un travail très personnel, individualiste même, mené avec constance. Une passion sans concession aux mièvreries ou aux postures. Un itinéraire marqué par de belles étapes:Paris, Barcelone, Montpellier. Mais un itinéraire tranquille, nullement précipité vers la consécration. Son atelier, sa famille, son pays. Être en accord avec elle-même par temps de souci comme par temps d'euphorie. Etre femme en peinture, graphismes et couleurs, n'est jamais d'une grande quiétude hier, aujourd'hui et sans doute demain. Mais Danielle Busquet est opiniâtre. Elle n'abandonne jamais une question sans lui avoir trouvé une ou plusieurs réponses crédibles, dans le maniement des supports et des matières, dans ses écritures plastiques informelles, dans le rapprochement ou l'éloignement de ses planètes, tapis de rêveries. Éliminant de son travail le signe qui fait une risette trop voyante à quelque réel identitaire, objet ou figure, il lui confère par ce fait une cohérence et une attractivité disons plus tactiles, sensuelles. Travail d'intimité et à fleur de peau qui laisse transparaître ici ou là des traces de déchirures mais ne se compromet jamais violentes tâches de colère. Travail qui recherche la proximité de l'écrivain, de ses mots, de son regard. Comme ceux de Jean-Luc Parant, et d'Alain Macaire, ou encore d'Anne-Marie Jeanjean à l'époque de TEXTUERRE. Qui aime aussi le refuge d'un livre d'artiste et du tirage limité, que ce soit Richard Meier VoixEditions ou avec Alain Helissen. Elle n'est ni artiste d'estrade (aussi à l'aise dans le Larzac qu'à la Capelleta de Céret)  ni... "productiviste". Elle a choisi (la décision n'est pas d'hier) d'être dans la recherche, la mesure, et l'élégance. Toutes choses qui ne bannissent pas le jeu et la fantaisie de la surface de la toile ou du papier. Cela (quand changent les vents et que le maussade s'en mêle)- oblige... au retrait. Mais retrait n'est pas abdication, sinon voir venir... La preuve, son retour dans notre paysage artistique, grâce à la Galerie Odile Oms, de la belle dame silencieuse et gourmande de modernités non ébréchées, cette jeune femme du quartier Saint-Martin de Perpignan,  dont le regretté Claude Massé fut parmi les premiers, avec le poète Jean-Louis Roure et Gilles de Montauzon qui l'exposa en 2002 au C.A.C. de Saint-Cyprien, à percevoir les promesses dont elle était porteuse, alors âgée de 28 ans et tout juste libérée d'un traquenard rond-de-cuir. La Casa Carrère, 9 avenue de la Méditerranée lui offre ses cimaises du 21 avril au 28 mai 2017. Vernissage le 21 avril à 18 h 30.

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