Si vous ignoriez où se cachait le "Raminou sur son coussin bleu" de Suzanne Valadon, notre detective Sénher Gat vous fait part de son présent repaire, l'abbaye de Flaran, en Gascogne, où il l'a déniché dans une des anciennes cellules d'un ancien dortoir devenu centre d'art. Un délicieux tableautin de 1919, un ehuile sur toile H: 61, L.45, 7 cm. C'est également en ce lieu protégé par de magnifiques et altiers platanes, qu'il a trouvé la planque d'un "Ratapoil" en bronze de M. Honoré Daumier.

En revanche, il est revenu bredouille de ce même lieu où Cézanne devait enfin lui présenter le "portrait de Victor Choquet". Il a longtemps poireauté avant de s'apercevoir qu'il lui avait laissé un mot -un cartel pour parler le pidgin muséographique- ayant été dans l'obligation de filer jusqu'en Suisse, dès le 16 juin pour défendre la grande exposition que la Fondation P. Giannada lui consacre sous le titre -et jusqu'au 19 décembre 2017- "Cézanne, le chant de la terre". "Dommage, toussota-t-il  mais je reviendrai un jour à l'abbaye de Flaran et admirerait votre portrait M. Victor Choquet, car ce Cézanne n'est pas, je sais , on me l'a dit à la cathédrale des gloires, n'est pas un barbouilleur de banlieue".

Et Sénher Gat, détective en tous moments et tous lieux, fit le tour du dortoir de ces cellules et chambrettes et du long couloir, et musa...il aurait fait servir un lorgnon s'il l'avait eu en poche,  se roulant la pointe des moustaches devant chaque tableau, l'examinant, le scrutant (il l'aurait retourné s'il l'avait pu, mais un détective ne dispose pas de tous les privilèges), attentif comme s'il recherchait quelque imperfection de faussaire. Ce n'est qu'arrivé au bout d'un assez long couloir/galerie, sur un coin de mur, qu'il s'arrêta, remarquant une manière de peindre qui... pensa-t-il ne lui était pas infamilière, qu'il... croyait connaître, qui avait... quelque ressemblance...mais oui, c'est ça...avec les oeuvres d'un peintre des collections du musée de Céret! Il s'approcha au plus près d'un  carré de quatre tableaux, sur deux niveaux. C'étaient quatre natures mortes appartenant à la Collection Simonoff qui, depuis déjà nombre d'années, est le trésor de cette abbaye cistercienne. Quatre natures mortes offertes à la vue dans le  cadre de l'exposition thématique de cette saison estivale 2017, sous le titre" Natures mortes dans la collection Simonoff" et dont l'un des représentants les plus rutilants est Zystav ou Zdilav Ruszkowski Quatre... préciosités signées... Pinchus Krémègne (mort à Céret en 1981, après en avoir été longtemps un fidèle résident). Une "Nature morte au livre de prières et chandelier", une "Nature morte au compotier", une "Nature morte au vase et fleurs" -trois huiles sur toile des années 1920/24- et "Nature morte aux fruits et pots", huile plus tardive, peinte vers les années 1950.

Non, il n'était pas venu pour rien. Contre une petite déception, combien d'heureuses découvertes?  A commencer par cette imposante, extraordinaire et exceptionnelle exposition de tapis religieux d'Orient. La plupart musulmans, et du XIXème siécle, en provenance de Turquie (Anatolie), Arzebadjian... De diverses dimensions: le plus grand mesurant 3, 50 m X 270 cm. Tapis individuel ou familial. Avec mihrab simple, double, voire triple.  Avec ou sans verset coranique. Avec motifs de fleurs, d'oiseaux, arbres... ou encore de lampes en pendentifs, de lances et cyprès, etc. Mais il y a aussi parmi cette soixantaine d'objets rituels (aujourd'hui pièces patrimoniales),  quelques tapis judaïques (Iran/Perse), chrétiens et chrétiens orthodoxes (Arménie ou de Grèce) avec motifs comme "La Cène", "la Madone à l'Enfant, ou "Les Portes du ciel" . Une soixantaine de chefs-d'oeuvre sur les murs de l'église cistercienne. Un dialogue entre la foi et l'esthétique ainsi qu'un dialogue de cultures et une anthologie du savoir faire artisanal (atelier ou nomade) en matière de nouage de laine...ou de soie, defils métalliques, de lignes et de coloris. Ces tapis de prière qui, bien que  transportés hors de leur lieu et temps de création, et  portés du sol au mur, gardent leur prégnance religieuse et leur force plastique et, pour un public peu avisé, leur mystère sacré. Sénher Gat a quitté la spacieuse église restaurée, et fort visitée, les yeux tout remplis de bonheur,  et son petit carnet couvert de notes. Celle, par exemple, sur Mevläna (1207-1273), un sage soufi et poète mystique, finateur et saint-patron de "derviches-tourneurs" (secte des Mevlèv).

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