Au cours de l'année 1817, dont François de Fossa passe le dernier trimestre chez les siens à Perpignan, deux événements ont eut lieu à Paris qui ne peuvent le laisser indifférent, non pas parce qu'il est militaire de fraîche date mais parce qu'il est profondément musicien et qu'il a vécu deux bonnes années à Paris et n'aura pas manqué, même discrètement, voire craintivement les premiers temps, de s'informet et de se mêler peut-être (comme maître de guitare) à la vie musicale de la capitale. Deux événements correspondant aux dates du 28 mai 1817 et du 18 octobre 1817.

28 mai 1817: L'Académie impériale de musique donne "Fernand Cortez ou la Conquête du Mexique", opéra  (remanié) du compositeur italien Gaspare Luigi Pacifico Spontini (1774-1852). Il avait été créé à Paris le 28 novembre 1809, et du vivant de François de Fossa fera l'objet d'autres reprises en 1824, 1832. Fossa qui avait passé six ans en Nouvelle Espagne (Mexique) ne pouvait pas ne pas être intéressé par cette oeuvre, même si elle avait été composée à la gloire d'un Napoléon Ier qu'il ne tenait pas au plus chaud d son coeur..

18 octobre 1817, le compositeur français Étrenne-Nicolas Méhul (1763-1817), s'éteint à l'âge de 54 ans. Fossa, âgé de 42 ans,  a peut-être appris à Perpignan le décès de son aîné. Un compositeur très en vogue à l'époque de la Révolution. La chasse du jeune Henri., l'un des opéras qui assirent sa réputation fut créé le 12 floréal an V (Ier mai 1797), à l'Opéra-Comique, rue Favart.

Méhul et Spontini, compositeurs desquels sa correspondance ne nous donne aucune information sont pourtant unis à son oeuvre. François de Fossa ayant en effet, composé des arrangements de guitare pour deux ouvertures d'opéras, celle de "Fernand Cortez" de Spontini et celle du "Jeune Henri" de Méhul (de fait "La chasse du jeune Henri". Compositions pour son propre plaisir ou d'éventuels enseignements. Ce ne sont pas ses seules transciptions comme le montre la moderne redécouverte/recension de ses opus, et biensûr  l'interprétation et enregistrement d'une part d'entre eux. Par exemple pour deux guitares, le fameux duo nord-américain Michael Newman et Laura Oltman, formé en 1977, retint trois arrangements du compositeur perpignanais sur les sept de leur  CD "A Night to the Opera" (Musical Heritage, 1988-2003), les deux déjà cités, le troisième étant pour l'ouverture du Didon de Niccolo Piccinni (1728-1800) 

Sur le CD, on peut lire que le travail de Fossa pour le Méhul est de...1821 et pour le Spontini de... 1829. En tenant compte d'une observation des plus pertinentes de Matanya Ophee, le "père" de la résurrection de Fossa, qu'il peut s'écouler un laps de temps assez long entre le moment de la composition et celui de l'édition, ne pourrait-on avancer que c'est en l'an 1817, où ont lieu les deux événements: reprise du Fernand Cortez et disparition du très populaire Méhul que le capitaine guitariste pensa (intention commémorative) à ses arrangements. Le premier réalisé en 1821, quatre ans après le décès de l'auteur de La chasse du jeune Henri, le second réalisé en 1829, douze ans après la première reprise de Fernand Cortez, et  cinq ans après celle de 1824.

Ce n'est certainement là que pure spéculation, mais il est agréable d'imaginer, dans cette chambre qui lui a été aménagée, au premier étage de la maison face à la fontaine de la rue Na Pincarda, François de Fossa pinçant cordes de guitare, expérimentant sons et vibrations, explorant les harmoniques. "El Sr. Fossa, después de haber hecho un estudio particular de estos sonidos, ha publicado el resultado de sus observaciones en un articulo, puesto al principio de la pieza titulada Ouverture du jeune Henri arrangé pour deux Guitares. Apenas puedo añadir nada al escrito del Sr. Fossa en el que se ven tres modos distintos de hacer los armónico.("Los armónicos en la música para guitarra por Julio Gimeno" cf http://guitarra.artepulsado.com). Le guitariste sévillan Julio Gimeno (1960) rapporte ici un propos de 1825 de Dionisio Aguado (1784-1849), compositeur madrilène émigré à Paris, où il s'est lié d'amitié avec notre capitaine guitariste qui traduira et annotera en français une solide "Méthode de guitare". 

Au cours de cette même année 1817, deux autres événements -sans doute anecdotiques pour l'époque, l'un pour l'intra-muros de la ville, l'autre qui y aura quelque influence mais seulement des dizaines d'années plus tard. Le premier est la création d'une école gratuite de dessin et d'architecture...Un beau fleuron que la ville inscrivait avec François Boher (1769-1825) sur son blason culturel de la première moitié du siècle dix-neuvième. Fossa, le musicien, avisé y prêta sans doute attention. Il avait lui-même taquiné le papier avec un crayon.  Ne s'était-il pas inscrit dans une école lors d'une "résidence" à Barcelone. Voici ce qu'il écrivait à sa soeur depuis cette ville, fin février/début mars 1796: "...Cela me mène jusqu'à six heures du soir, heure à laquelle je vais dans une école publique et gratuite de dessin où je me suis fait recevoir depuis quelques jours. J'y travaille jusqu'à neuf heures qui est l'heure de notre souper..." François Frion n'avait-il pas été modèle de peintres- sans doute l'apprit-il à Paris et des lèvres de l'autre François? De Jacques Gamelin, de Vien le jeune et s'il cela est invraisemblable (foi d'état-civil) de Jean-Louis David peut-être d'un David d'Angers, ou d'un disciple du grand David.  1817-2017, les Beaux-Arts auraient pu célébrer leur Bicentenaire en cet été radieux de réouverture du Musée d'Art Rigaud, et le peintre courtisan et roulant les "r" du Grand Siècle comme ce Picasso traînant ses pinceaux par la rue de l'Ange qu'on ne présente plus en rouge n'en aurait eu, ni l'un ni l'autre, mal au dos ou aux dents, mais la Providence -cette bonne mère trop acâriatre- ne l'a pas voul .ainsi,ainsi  soit-il! donc School Closed!

L'autre événement est la venue au monde de Pep Ventura, le père de la sardane moderne. Né le 2 février 1817 à Alcalá la Real, province espagnole de Jaén, où son père, originaire de Roses, avait été affecté en qualité de sergent, une région bien connue de François de Fossa, qui y avait servi en 1808-1809, lors de la guerre d'Indépendance de l'Espagne, "con el encargo -avait-il écrit-il le 17 juillet 1814 à l'un de ses cousins Garcias, établi en tant que négociant à Londres, auprès duquel il demande à travailler- de instruir reclutas y ultimamente fuí Ayudante Mayor del 2° (regimento) de Jaén, con funciones de Sargento mayor por más de un año." Episode de guerre qui se solda par de la déroute de l'armée espagnole lors de la bataille la Sierra Morena (20 janvier 1810)  face aux Français devenus sans trop de coups férir maîtres de toute l'Andalousie. Mais Fossa et le père de Pep Ventura ne se sont pas croisés. Le lien virtuel établi entre les deux musiciens, le classique et le populaire, celui des sociétés et celui des places publiques, d'aucuns cherchent à le poser à partir de telle ou telle pièce de Fossa qui évoquerait la couleur mélodique de la sardane. Chose qui apparaît un tant soit peu audacieuse. Pep Ventura ne révolutionnera la sardane qu'après 1840, et ce sera suite à une transformation  et à un perfectionnement de la "tenora" (le "tanor" roussillonnais), par des roussillonnais. En 1817, Valentin Touron (1777-1850), le joueur de cornemuse, tourneur sur bouis et facteur d'instrments de musique, originaire de Taillet et marié à Camélas (Politg) n'a pas encore installé son atelier place des ânes ("plassa de les ases") à Perpignan, c'est lui et son fils André Touron (1815-1886) que le musicien de Figueres viendra voir pour lui soumettre un projet dont le dvéeloppement aboutir à une nouvelle oragnsation de la formation de musiciens dite "cobla".

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