L'habitude a été prise à Perpignan d'un rendez-vous chaque 31 août pour rappeler le souvenir de la naissance de François de Fossa à Perpignan et rappeler l'importance artistique de ce guitariste et compositeur de musique de la première moitié du dix-neuvième siècle. Il naquit dans ce même quartier St Jean, en coeur de ville, où a été fixé le siège de l'association "Les Amis de François de Fossa". Une proximité de bon aloi! Donc cette célébration annuelle, dont il faut indiquer quelle ne relève d'aucun agenda officiel, international, national et local et pourtant, en moins de 40 ans, François de Fossa s'est posé comme un phénomène local, national et international. C'est par lui (émigré royaliste en Espagne , "réfugié" joséphin en France, reconnu dans ses droits en France et chef de bataillon dans l'infanterie de ligne) que la ville de Perpignan- la ville de ses Pénates- se voit connectée par des cordes de guitare à l'histoire de cet instrument de musique et de ses sonorités, à l'histoire préromantique et romantique de la musique classique de chambre dont il un pionnier et un illustrateur.

On peut même dire, sans trop craindre le contredit d'une expertise qualifiée, que François de Fossa contribua à placer la guitare au rang orchestral du piano ou du violon. Tout cela couché sur du papier qui n'est pas de musique sans clef d'exagération. Perpignan fêtera donc une nouvelle fois la naissance de son "Maître". Celui que des Madrilènes surnommèrent le "Haydn de la guitare" (lui écrivait "Hayden) . Ce sera ce jeudi.  Une journée hors de nos temps électronique et numérique. En intérieur et en extérieur. Sans microphones ou amplis. Sans  bruits de voiture, d'avions, de téléphones et smartphones (mais est-ce vraiment possible, avec tous nos tics d'aujourd'hui). "Les Amis de François de Fossa" sont-ils bien conscients qu'ils proposent à leurs adhérents et public une "régression" dans l'histoire et un tout autre rapport indispensable aux calmes et fureurs de la société d'un temps de diligence et de navigation fluviale?

Alors, de quoi sera faite cette Journée? A en juger par un programme avec un petit cachet visuel ancien régime et assez généreusement diffusé, elle est construite sur huit rendez-vous sons, images et paroles. Et cinq lieux, en plus d'une déambulation urbaine. Cathédrale St Jean, Fontaine Na Pincarda, place du Figuier, Casa Xanxo (Ier étage), Maison de la Catalanité. Il y sera question de notes bien sûr, de musique et autres, et de lettres et de livres. Il y aura -comment faire différemment?- des concerts in vivo ou des fragments enregistrés, filmés  et des interprètes en chair et os, jeunes et moins jeunes (Fossa qui avait une inclination vers la pédagogie en serait ravi), les uns qui avancent sur le chemin de la notoriété ou d'autres sont déjà assis sur une autorité jalousée. Il est juste et bon de montrer que le "Maître de Perpignan" ( ce sont les Italiens qui l'appellent ainsi, et difficile de les faire passer pour des tocards en matière de guitare). Il y aura encore dans cette Journée un gros plan sur la lutherie qui est, selon le mot d'un ange qui passe souriant, l'aurore de toutes les musiques, à l'âme ensoleillée ou attristée. Ce sera l'un des temps forts de cet anniversaire 2017. Ne pas manquer par conséquent la conférence la "Les guitares, les guitaristes et leur musique à l'époque de François de Fossa", qui sera donnés par Bruno Marlat, un spécialiste du genre et déjà bien connu dans notre région, "des Archives départementales à perpignan aux "Nits" à Eus. 

Un programme bien bouclé, varié et... alléchant. Non seulement par le repas de Midi au restaurant Le Figuier, au pied de la maison natale de François,  ou la collation apéritive, servie en fin d'après-midi à la Maison de la Catalanité. Alléchante aussi, bien entendu, par la présence du guitariste international Juan-Francisco Ortiz, l'un des premiers interprètes à avoir enregistré (il y a vingt ans) un brillant CD de solos du "Haydn de la guitare", et qui a découvert une "tirana" qui pour le public de ce jeudi perpignanais aura la force et la grâce de la soprano Gisèle Xerri Vacher.  Présence également de Nicole Yrle, femmes de lettres, qui a offert à la littérature francophone une première et passionnante biographie romancée du compositeur, en deux époques publiés à Cap Béar, L'Exil d'un virtuose (2015) et "Variations Claur-Obscur" (2016)...De Jan de Kloe, musicologue belge, déjà présent en 2004  à Palau del Vidre pour le I Colloque international François de Fossa, et éditeur depuis lors de "Three Grand Duos for two guitares" (Editions Orphee, 2009), en trois volumes, et de "Cinq contre danses extraits d'opéras de Rossini et de deux valses favorites Op.8" (idem, 2013): un peu commun trésor guitaristique!  Une Journée sur laquelle planeront les images du vidéaste Giorgio Menegoni et qui réserve un lot de révélations et de surprises dont la moindre n'est pas la prestation d'un tout jeune "duo François de Fossa" de  Thimotée Vinou-Motta et Rémy Patel...

L'Association "Le Temps du Costume Roussillonnais" s'est joint aux organisateurs de l'anniversaire pour conte le quartier Saint-Jean au public intéressé par une visite guidée, en costumes d'époque ( ah! ça alors!) et en compagnie du duo sus-nommé. Ce quartier St Jean, sa cathédrale mais  aussi cet hôtel de l'Europe (aujourd'hui disparu mais pas effacé des légendes locales) qui ne fut pas en avare en idylles romantiques qui toutes ne furent sans doute pas romanesques.  Frédéric Chopin n'y partagea-t-il pas (en 1838) la chambre d'une certaine George Sand en partance pour les Baléares, via Port-Vendres. Mais motus, sur ce qui s'y joua vraiment, piano ou flûte? Cet hôtel -l'immeuble existe toujours- se trouvait rue... des Abreuvoirs, cette même rue où l'association "Les Amis de François de Fossa" a planté son étendard "pro Fossa". Une association qui mérite d'être connue et aidée. Elle est présidée par Pierre Coureux, un Perpignanais, venu du monde enseignant et des  "Amitiés Internationales André Malraux". Son secrétaire général en est Laurent Fonquernie, l'historien roussillonnais méticuleux du Grenat et du Costume. Deux femmes y ont également une part active. Maria Susplugas Andrea, créatrice du festival "Concert d'Eté" à Palau del Vidre, qui offrit l'hospitalité au Ier colloque de Fossa qui se tint en présence notamment de Me D'ornano, descendant direct par la branche maternelle du compositeur. Et Nicole Yrle, romancière et conférencière; éprise et accoucheuse littéraire de virtuose.

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En 1994, à Cuernavaca, au Mexique, Matanya Ophee -auquel on doit dans un bel exemple de "serendipity" la découverte de François de Fossa, disait de lui.

"Ce ne fut pas un simple imlitateur de formules, car il s'essaya a créér une musique originale accordéé à son temps ("original music in tune with its time".

En 2009, dans la thèse qu'il soutient à l'Université de Laval , au Québec, sur "Les guitaristes français entre 1770 et 1830, l'historien de la musique Pascal Valois écrivait:

"Bien qu'il ait passé toute sa vie professionnelle au sein de diverses armées, François de Fossa demeure l'un des guitaristes français les plus intéressants".

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