Une forteresse, avec ou sans le cachet Vauban, met-elle à l'abri d'une invasion par l'ancien et est-elle le meilleur garant de la promotion du nouveau? Le pont-levis est levé à vous d'en décider. La Forteresse de Salses et Monument National-dans les Pyrénées-Orientales est depuis 15 ans une scène régionale, disons estivale, de mostration d'art nous ne dirons-pas d'avant-garde même si cette expression comme le lieu ont beaucoup à voir avec l'encyclopédie militaire. Rencontre en tout cas bien utile entre une construction,  marque du passé, délesté de ses vieilles fonctions et rendu à un usage pacifique, de consommation de patrimoine architectural et d'animation de certains de ses espaces par des expressions ou des installations contemporaines abouties ou "en progress". Un ouvrage de 160 pages et dont Catherine Millet n'st pas absente, sorti des mains de Richard Meier (VoixEditions), montrera à qui en doute que rien de ce qui y a été proposé et débattu durant ces années n'a été ni du vent ni du revenant mais bien du bien vivant et du stimulant pour asseoir les sceptiques dans l'idée que l'audace est souvent une chance, et qu'une future tradition peut naître aussi bien d'une spéculation, comme d'un dérapage ou d'un coup de dé.

Aussi ne faut-il pas se rendre à la Forteresse de Salses comme l'on va visiter le Louvre, le Prado ou la Pinacoteca (qui vous plaira). Les fées et autres esprits du lieu nous y donnent généralement rendez-vous avec d'autres dimensions de l'art, d'autres manières d'en faire. Cela peut surprendre, décoiffer, mais l'exploration d'un inconnu, l'expérimentation d'une innovation, le tête-à-tête avec une nouvelle technologie, une confrontation entre problématiques ou matériaux  différents ne devraient pas nous laisser dans la froideur de l'indifférence, car c'est un caractère positif ou récessif de notre lendemain qui se joue là. La Forteresse de Salses propose à ses visiteurs du 15 septembre au 17 décembre 2017 la découverte de deux artistes d'aujourd'hui et pourrions nous dire de chez nous. A savoir YOON-HEE, Coréenne de Séoul, installée à Opoul-Périllos et BERTRAND PLANES, né à Perpignan et travaillant à Paris.

YOON-HEE (1950) est sculptrice et travaille le métal...et le monumental. Son travail (qui n'est pas à sa première présentation publique) y trouvera sans doute des conditions de respiration à la fois particulières et meilleures. Particulières parce qu'il n'est jamais facile de se passer des données architecturales et décoratives du lieu qui donne l'hospitalité. Meilleures, en ce sens que l'art y touche le contingent, l'historique, le sociétal. YOON-HEE installera cinq de ses oeuvres (qui ne relèvent pas d'un simple jeu de billes) réparties en cinq lieux de la Forteresse et désignées globalement par le le terme de "Vestiges". Un dossier de presse (que nous avons pu consulter, à la barbe des sentinelles de la Forteresse) nous informe que ces pièces sont titrées : "Rupture", "Érosion", "Hermétique", "Vestiges" et "Sphères insondables"  et visibles à l' (ancienne) infirmerie, l'(ancienne) chapelle, l'(ancienne) place d'armes et dans les extérieurs du Monument.

BERTRAND PLANES (1975). Cet artiste qui au cours de son itinéraire a remplacé, sans l'abandonner tout à fait, son crayon pour le faisceau de lumière, se trouva en 1999 en pleine lumière artistico-médiatique en lançant la philosophie vestimentaire de la "non-marque", inventant "la griffe d'Emmaüs" et se voyant laudativement qualifié par la presse générale et spécialisé de "customiseur de fripes". Cet artiste, diplômé de l'école des Beaux-Arts de Grenoble, de l'Ecole Supérieur des Arts Décoratifs de Paris et du Camberwell, College of Art de Londres, de styliste s'est fait plasticien sans abandonner le principe du détournement à la base de toutes ses actions/réalisations. Une longue marche russe marque en 2010 son itinéraire Bumpit ! dans une dizaine de villes. BERTRAND PLANES, c 'est aussi...le concepteur du projet du portrait du Rois Soleil par Hyacinthe Rigaud, via Internet et présenté, en 2016, à Perpignan, au Centre d'Art Contemporain Walter Benjamin, sur les relations entre le portrait et le pouvoir, appelée "Yes I can" et dont le commissaire était Sébastien Planas. 

Le dossier de presse, compulsé à la hâte, car on ne peut, hélas tout engranger en mémoire, nous apprend que BERTRAND PLANES "représente actuellement la France des Arts numériques au Japon dans le cadre d'une résidence d'artiste de la prestigieuse Villa Kujoyama+. C'est de ce lieu qu'il crée le concept de l'eouvre pour la forteresse de Salses: KKL-Kumano Kodo Logic." Il réaliser son oeuvre dans l'(ancien) corps de logis de la Forteresse avec des faisceaux de lumière Lasar.

+La Villa Kujoyama (à Kyoto) est l’une des 5 antennes de l’Institut Français du Japon

BERTRAND PLANES et HOON-HEE: Deux artistes complémentaires en exhibition castellologique pour mettre en scène le couple LUMIÈRE-MATIÈRE. Cette exposition est soutenue par l'association in visu. Forteresse de Salses-66600 Salses-le-château. Renseignements: Tél.:04 68 38 60 13- forteresse.salses@monuments-nationaux.fr

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