Bientôt les potaches du collège d'Ille-sur Têt, ainsi que les populations résidentes ou de passages dans cette belle cité du Ribéral n'auront plus d'excuses s'ils répondent Prosper Mérimée au lieu de Pierre Fouché. Fouché? Oui, ça me dit quelque chose. Non, pas Joseph, l'aristocrate policier, celui-là n' a pas traîné son pourpoint sur nos terres, mais Pierre, l'arpenteur du champ linguistique roman, oui, c'est Pierre qu'il s'appelait, et qui est né en cette cité en 1891, et enterré dans la même en 1967, ce qui fait -pour celles et ceux qui avec le nouveau ministre de l'éducation savent déjà compter, 50 ans. Pierre, un maître, un savant qui -obéissons à l'antienne républicaine- parti de rien ou d'à peine quelques arpents de bonne terre agricole ( ah! la fécondité alluvionnaire de la Têt arrachant au Canigou quelques pépites d'or pour les dispenser où bon lui semble et à qui lui parait les mériter le mieux) va se hisser au plus respectable des hauteurs universitaires enseigner à l'Université de Paris où en 1932, il dirige le Musée de la Parole et du Geste, dans ces disciplines dont la société du spectacle, avant-hier, comme hier et toujours aujourd'hui n'est point gourmande pour son 20 h. Il enseignera à la Faculté des lettres de Paris  de 1937 à 1962. "Phonétique", "Morphologie"...que es aixo, coco, Pierre Fouché se fit remarquer dans ces disciplines par ses pairs enseignants et chercheurs de la planète des langues vivantes ou qui bougent encore. Une partie de l'oeuvre de Pierre Fouché -la partie dirions-nous strictement roussillonnaise- fut révélée en 1980 par Slatkine, éditeur suisse de fac-simils qui remettait en librairie deux ouvrages imprimés, à Toulouse par Privat en 1924 . A savoir: "Phonétique historique du Roussillonnais" I et "Morphologie historique du Roussillonnais"II. Deux ouvrages très précieux pour mieux connaître et apprécier comme l'on dit le "parler du coin", où à tout le moins pour prendre conscience qu'il s'agit de quelque-chose de bien vivant, et non un banal patois ou un triste baragouin sans histoire ni identité avec des items (et des caractères et des sons) qu'on ne retrouve pas partout. Attaché à son pays, à ses gens et à leur langue, Pierre Fouché l'était de cette façon fervente qui l'a porté à lui consacrer des heures d'études, d'observation, d'analyse et d'écriture. Avec en retour la reconnaissance de Joseph Anglade: "Il était temps d'un Catalan de France vint démontrer que les études de linguistique catalane n'étaient pas réservées aux seuls Allemands ni même aux Catalans de Catalogne: la démonstration a été parfaite." (Annales du Midi, 1925,)

Ce qui ne pouvait que lui valoir un jour ou l'autre, la reconnaissance...des siens, passée la plus ou moins longue bouderie qu'un terroir manifeste à son prophète, que ce soit par une plaque de rue ou un nom de collège ou encore par une commémoration qui se veut telle sans l'être vraiment, tout en le devenant par la force des choses et la volonté de quelques uns, comme par exemple Michel Adroher, cheville ouvrière et esprit dynamisant de l'hommage  à Pierre Fouché de ce prochain vendredi 29 septembre à 18 h à la Médiathèque Joseph-Sebastien Pons, 5 rue de l'Egalité. Un hommage que justifie le 50 ème anniversaire de sa disparition et qui s'inscrit dans le cadre de la Setmana Catalana-VI Diades ponsianes d'Ille-sur-Tet, une ville riche en personnalités et mémoires  culturelles. Un hommage qui, s'il ne peut rendre compte de toutes les dimensions de ce professeur-auteur qui aurait pu sinon faire un ministre de l'enseignement être un excellent conseiller de la réforme de l'orthographe, s'attachera à le rendre concret, intelligent, sensible et pour tout dire....patrimonial. Son déroulement est le suivant:

 Michel Adroher, Maître de conférences, UPVD: "Pierre Fouché: Itinéraire d'un romaniste"

 Martine Berthelot, Maître de conférences IFCT-UPVD/ Ambre Lerat, doctorant UPVD/ Gisele Xerri, Professeur au Conservatoire de Perpignan "Pierre Fouché i l'obra del Cançoner Popular de Catalunya"."

 Jérôme Parilla i Michel Adroher"El carrer Pierre Foiuché d'Illa".

 

I Cet ouvrage est dédié "A MES PARENTS"

II Ce volume fait suite à la Phonétique historique du Roussillonnais. Dédié

"A MON CHER MAITRE

JOSEPH ANGLADE+

Professeur de Langue et Littérature méridiobales à l'Université de Toulouse.

HOMMAGE DE RECONNAISSANCE ET DE RESPECTUEUSE AFFECTION."

+ Joseph Anglade (1868-1930), le grand spécialiste occitan des Troubadours.

Au début de l'"Avant-Propos" de sa "Morphologie...", Pierre Fouché indique à ses lecteurs:

"Pour diverses raisons, nous n'avons pas remployé dans la Morphologie le système de transcription phonétique. Nous avons adopté, d'une façon généralle, l'orthographe catalane telle qu'elle a été codifiée par M. P. Fabra++ dans son Diccionari ortogràfic. Cependant nous nous en sommes écarté chaque fois que nous l'avons jugé nécessaire et qu'une autre graphie rendait plus transparente la prononciation roussillonnise".

++ Pompeu Fabra (1868-1948), le restaurateur de la langue catalane.

Il n'est pas inutile de rappeler que le professeur Pierre Fouché prononça une allocution en Sorbonne le 31 mars 1949, lors de la cérémonie commémorative en l'honneur de M. Pompeu Fabra... Anglade et Fabra sont nés la même année en 1868. Fouché est leur cadet de 23 ans.

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Extraits de "Phonétique historique du roussillonnais"

"Disons quelques mots de notre enquête linguistique. Né à Ille-sur-Têt, de parents roussillonnais, nous avons parlé presqu'exclusivement roussillonnais jusqu'à l'âge de huit ans 1 , hors de l'école. Avec l'internat, les choses ont changé et nous avons perdu peu à peu l'usage de notre parler maternel. Ce n'est que plus tard, après nos études? à la Faculté de Toulouse, que nous l'avons de nouveau pratiqué, et que nous lavons pour ainsi dire réappris. Nous avons pou ainsi nous rendre mieux compte de sa structure et être mieux averti des caractéristiques qu'il présente. D'autre part, quand nous avons voulu le réapprendre, nous avons été à la bonne école. Rien ne vaut, en effet, la conversation intime et journalière avec les parents, las grands-parents et les amis du "terroir". Nous profitons de l'occasion pour les remercier tous, car ils sont pour une très grande part dans ce travail. Nous avons de plus passé sept ans à Perpignan, et nous avons utilisé le temps que n'absorbait pas notre travail professionnel à parcourir en tous sens la région étudiée. Nous avons visité plusieurs fois presque toutes les localités citées ci-dessus 3. Nous avons même séjourné plusieurs jours dans certaines d'entre elles, nous mêlant à la conversation des paysans, ce qui vaut mieux à notre avis que de s'en tenir au témoignage d'un ou deux habitants de l'endroit. Aussi ne pouvons-nous pas citer les noms des personnes que nous avons interrogées, ou plutôt avec lesquelles nous avons librement causé. Nous nous sommes forcé de nous en tenir, et pour cause, çà l'anonymat. Ajoutons enfin que nous avons mis à profit la présence, dans le collège où nous avons professé, d'élèves venus de tous les coins du Roussillon, pour les interroger et nous assurer que leur prononciation était en tout semblable à celles de leurs parents ou des habitants de leurs localités respectives."(Introduction p. VII)

 

1) Donc avant 1900.

2) Disons les années 1920.

3)  Dans la première page de son Introduction, Pierre Fouché avait écrit:

"Nous nous sommes proposé d'étudier, du point de vue phonétique et morphologique, le parler du Roussillon proprement dit , ou plus exactement, le parler de la vallée inférieure de la Têt à partir du col de Terranera (limite du Roussillon et du Conflent) d'une part, et de la plaine qui s'étend depuis le cours inférieur de l'Agly jusqu'aux contreforts des Albères, de l'autre. Cette aire ainsi délimitée comprend les localités suivantes: Bouleternère, Ille-sur-Têt, Saint-Michel de Llotes, Corbère d'en haut, Corbère les Cabanes, Neffiach, Millas, Saint-Feliu d'Amont, Saint-Feliu d'Avall, Corneilla de la Rivière, Pézilla de la R., Villeneuve de la R., Thuir, Llupia, Terrats, Trouillas, Ponteilla, Pollestres, Canohés, Toulouges, Le Soler, Perpignan, Baho, Saint-Estève, Peyrestortes, Espira de l'Agly, Baixas, Rivesaltes, Pia, Bompas, Villelongue de la Salanque, Torreilles, Sainte-Marie de la Mer, Canet, Cabestany, Saint-Nazaire, Saleilles, Alénya, Théza, Saint-Cyprien, Elne, La Tour Bas-Elne, Villeneuve de la Raho, Corneilla del Vercol, Bages, Ortaffa, Brouilla, Palau del Vidre, Saint-André, Argelès-sur-Mer"- a

a) Cinquante localités.

(Dans un document qui annonce pour cette année 2017-2018 les cours de catalan d'Omnium Catalunya Nord sont citées 21 localités qui en proposent: Alenyà, Bages, Cabestany, Canet, Canoes, El Soler, La Roca de l'Albera, Perpinyà, Pesillà de la Ribera, Pollestres, Prada, Sant Maria del Mar, Sant Cebrià, Sant Genis de Fontanes, Sant llorenç de la Salanca, Sureda, Toès i Entrevalls, Toluges, Torrelles, Vilallonga de la Salanca, Vilallonga dels Monts. 

Alenyà/Alenya, Bages/Bages, Cabestany/Cabestany, Canet/Canet, CanoesCanohés, El Soler/Le Soler, Perpinyà/Perpignan, Pesilla de la R./ Pézilla d ela R., Pollestres/Pollestres, Sant Cebrià/ Saint-Cyprien,Toluges/ Toulouges, Torrelles/Torreilles)

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