Le saviez-vous, sans doute si vous avez dépouillé sans lance-pierre et donc à la loupe l'abondante correspondance de François de Fossa à sa soeur, beau-frère, neveu et nièce, ce précieux trésor déposé aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales à Perpignan. François de Fossa oui, bien sûr, le militaire, le compositeur, le guitariste dont aucun amateur avisé de guitare classique n'a plus le droit d'ignorer le nom et l'oeuvre...avait bien d'autres talents, celui par exemple "d'homme de théâtre" comme on l'induit de la lecture de ce fragment d'une Lettre rédigée à Madrid le 10 février 1812.  

"Je suis dans le moment occupé dans mes heures de loisir à l'exécution d'une comédie bourgeoise dont je joue le premier rôle. Le tout a été projeté et fait en moins de quinze jours. Nous l'avons déjà représenté hier au soir et nous la jouons encore aujourd'hui et demain, c'est-à-dire les trois derniers jours de carnaval. C'est une traduction du distrait de Regnard. Nous nous en tirons finalement mieux que je ne l'espérais, et cela m'a aidé au moins à oublier pour quelques instants les chagrins que me causent les événements déplorables qui se reproduisent sans cesse sous mes yeux et dont on ne saurait voir le dénouement."

 Le Distrait est une comédie datant de 1697 écrite par Jean-François Regnard (1655-1709). Un auteur du patrimoine théâtral français, beaucoup moins connu que Molière, son aîné et Marivaux, son cadet -Regnard est chronologiquement à équidistance des deux-  mais point du tout négligeable, puisque réédité et rejoué. On imagine aisément que c'est Fossa lui-même qui s'est attelé à la version espagnole, qui a choisi les comédiens, qui a conçu la mise en scène, et tenu le principal et beau rôle celui de Léandre, le Distrait.  

C'est une époque de guerre, d'inquiétudes. "(N)ous sommes environnés de tous côtés de guérilleros qui viennent nous blesser des sentinelles jusques aux portes de la capitale un pays qui est pavé de guérilleros" avait-il écrit à Thérèse Campagne le 18 décembre. Carnaval est un  moment de détente pour l'employé du Ministère des Indes, alors secrétaire de Miguel Josef de Azanza, Duc de Santa Fe. Le 10 août 1812 le roi Joseph Ier abandonne (fuit) Madrid pour Valence.

Regnard manifestement fait partie de la culture basique dirait-on aujourd'hui de Fossa. Il fait allusion à une autre de ses pièces dans une lettre de la même année, mais rédigée elle de Valence et le 18 octobre 1812.

"Pour le moment nous ne pouvons donner à nos créanciers d'autre consolation que celle de nous entendre dire comme Le joueur de Regnard: 

"Tu peux me faire perdre, o fortune ennemie,

Mais me faire payer, parbleu! Je t'en défie."

 (Le Joueur avait été représentée à Paris pour la première fois en 1696)

 

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