Dans le cadre de la Sant Jordi 2018, Caroline Cavalier expose une centaine d'oeuvres sous le titre "A la maison" à la Casa Carrère à Bages jusqu'au 3 juin. Cette exposition est ouverte de 15 h à 18 h, du mardi au dimanche. Le vernissage a eu lieu hier vendredi en présence d'une très nombreuse assistance bluffée par  la qualité du travail que l'artiste montante de la scène régionale leur a donné à apprécier.

NOTES SUR

Caroline Cavalier

la bosseuse discrète qui fait ce qui nous regarde

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De Brive (en Corrèze), où elle naît deux ans avant le mathématicien Patrick Villani (1973), Médaille Fields (2010) à Bages (en Roussillon), où elle expose aujourd'hui et où vit le jour le grand  Jean-Pierre Serre( 1926). Médaille Fields (1954 )

Caroline naît entre la naissance de la figuration narrative (1964)  et l'avènement de la figuration libre (1981).

Caro.:  a une dizaine d'années quand la figuration libre apparaît en France. C'est dans ces mêmes années "quatre-vingts" (eighties) qu'Internet arrive en Europe (1982-84)

1985:  La figuration libre est représentée à la Biennale de Paris.

2018: (33 ans plus tard): Caroline Cavalier/ Cassa Carrère-Bages (P.O).

Caro.: en Roussillon depuis 1989 (elle avait 17/ 18 ans), date de son entrée à l’école des Beaux Arts de Perpignan

Diplôme de graphiste-maquettiste

-Commence à exposer 1998/ 1999.  Elle naît en tant que peintre (public) à Millas.

-"Rayonnement": Période 2004/ 2012:

a) Perpignan : XIII expositions.

b)  Département: Millas, St Estève, Laroque des Albères, St -Génis-des-Fontaines, Rivesaltes, Sainte-Marie de la Mer, Alénya , Collioure, Saint-Cyprien, Collioure....

c) extérieur du département

-2013: Ouverture de l’Atelier ACC 17, av du canigou 66170, St Féliu d’Avall

1989-2018: Déjà trente ans de travail.

 

On dira qu'elle appartient à la mouvance non élitiste de l'art ( 1) expressionnisme abstrait, 2) minimalisme,  3) art conceptuel. -qui semble  en nos temps  avoir du plomb dans l'aile. Elle procède et illustre une forme d'art populaire, que l'on dit à la portée de tous, qui joue les cartes du spontané, du ludique, de l'onrique, de la parodie, de la simplicité...du lâcher prise diraient d'aucuns (le grand fleuve du retour: nouvelle figuration, figuration narrative, figuration libre, trans-avant-garde  et  néo-expressionnisme, bad painting).

Caro.: contrairement à d'autres artistes ne fait pas du ping-pong entre plusieurs courants. Elle demeure fidèle à une modalité d'expression qu'elle ne cesse de cultiver,  d'affiner, d'enrichir que ce soit sous forme de a) tableaux, b) volumes (bois polychromés).

1- une partie du travail exposé a été réalisé dans la Casa Carrère, bénéficiaire d'une sorte de "résidence d'artiste" (une aubaine, une première locale)

2- une partie du travail est une lecture de l'écriture architecturale de certaines particularités de la Casa (comme la salle juste au-dessus de nous).

3- l'ensemble du travail de Caroline Cavalier est un hommage au lieu et à ses fantômes (des naïfs de l'ancien Palais, aujourd'hui près de Paris, à Vicq) et aux artistes divers mais talentueux qui l'y ont précédé depuis 2007 (et que rappellent les belles affiches placardées sur les murs de la salle où nous nous trouvons à présent).

Elle s'inscrit dans un héritage, celui du capital-catalogue de la Casa Carrère (aujourd'hui lieu d'exposition recherché) 

 A voir...un colossal travail, puissant et méticuleux, léger et grave, diurne et nocturne,

des  compositions (gébnérales) frontales,

des dessins et des signes: pictogrammes et glyphes,

 des silhouettes et des situations -l'humour toujours en prime

des drôles d'oiseaux, de poissons, animaux, des drôles de bonnes-femmes et de bonshommes.

des portraits, des scènes, des paysages.

des transpositions de choses vues (ou imaginées).

des polychromies (très rarement du monochrome, ou du camaïeu, ou du noir et blanc).

Caroline Cavalier

. rejette disons le "réel tangible" mais ne met pas sa touche de couleur ou son geste d'écriture dans les pas des abstractions. Mais elle n'abolit pas ce qui fait signe... Elle a besoin de "motifs".  Qu'elle simplifie, stylise...Elle n'est pas dans l'illusionisme trompe-l'oeil des raisins de Xeuxis que des oiseaux viennent becqueter.

Elle nous attire vers un monde où l'irréel versus "fantastique" ou versus "merveilleux" donne la mesure et le rythme et où la fantaisie est en point d'orgue. De robots en faction de shadocks en ébullition...

Thèmes et formats: variés.

Matériaux supports : bois, carton, toile, bâche...

Techniques (mixtes) et procédés: la peinture au sens artisanal/artistique (qualités et propriétés). Acryliques, résines...

-des Tableaux (surfaces peintes): icône, triptyque ou quadriptyque, fresque/muralité (enfeus)

-des Tableaux objets: découpages, reliefs, bas reliefs. Le plus souvent en "groupe", série ou suite.

-des personnages et  scènes: traités plastiquement par les ressources du croquis d'humour, de l'illustration libre, de la bande dessinée, du graffiti, du dessin d'enfant ("Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours..." disait Marguerite Duras) 

-des Objets/sculptures avec polychromie : colonne, totem..."personnage", simulacres de "troncs" (d'église), d'"urnes" (funéraires), "boites" (reliques) de "stèles" (commémoratives..."croix" (de calvaire)

Caro. est une perspicace et une intuitive. Une "compositrice"  d'ambiances chromatiques mélodiques sur des supports  par l'arrangement de ses formes/couleurs sur des supports ou sur des cimaises. C'est aussi une assembleuse/monteuse. Une "constructiviste", sinon une "constructionnniste" (mais c'est là un autre domaine)

Que fait-elle au juste ? Où va-t-elle?

Sans doute à la question  "Où vas-tu donc Caro, elle ferait la même réponse que fit Itzig (le cavalier du dimanche):  "Où vas-tu Itzig. Moi je ne sais pas. Interroge mon cheval". N'est-ce pas en peignant (en pratiquant) que l'on devient peintre (que l'on se forme à la peinture). C'est par ce mot d’esprit que, dans une lettre à W. Fliess du 7 juillet 1898, Freud témoigne de la poussée de l’inconscient dans son travail d’élaboration.

Ce travail d'artiste:

Il se trouve en atelier et sur le lieu d'une intervention (dans le cas, par exemple, d'une résidence d'artiste). Il se trouve aussi et préparer une exposition n'est pas "jour de fête":

1) -dans la compréhension des espaces et volumes du lieu d'accueil (le Sieur Carrère n'avait pas construit son jouet au mitan du XX° s.pour y accueillir des... poètes).

                                2)- dans l'installation adéquate du travail en fonction de la Maison. Ce ne sont pas moins de trois niveaux. Avec des unités différentes, en dimensions et configuration.

        3)- dans la mise en scène du travail:

  a) par l'accrochage et le placement des  oeuvres (rassemblées ou isolées) et par l'utilisation de la lumière naturelle.

Née sur la paroi...la peinture revient sur le mur. Le temps d'un accrochage, d'une commande, d'un achat. Les mamans et papas  du "rapport" au mur ce ne sont ni... les muralistes mexicains, ni... les graffeurs du street art new yorkais  et Caro y rend hommage à  tous et à toutes sa manière opiniâtre, féconde et gourmande.

b) en dialogue avec le lieu et ses caractéristiques architecturales. Caro s'y a) adapte par la simple pose ou b) transforme, métamorphose par le recours à certains pouvoirs magiques de la peinture).

Par exemple: Caro. "sacralise" un espace neutre, profane...d'une salle du premier étage se laissant entraîner (ah: cette force de l'Invisible!) par certaines de ces caractéristiques: la structure gothique de l'encadrement d'une fausse fenêtre (il en est au moins cinq!) et elle pose son imaginaire raisonné ou spontané sur les espaces muraux ainsi délimités et...voilà la fausse fenêtre devenue enfeu: tombeau médiéval encastré dans le mur avec un décor peint. Cinq enfeus en tout... et la salle prend -pour qui veut regarder et méditer- des airs de basilique sinon (mais n'en faisons pas trop) de cathédrale.

Ce n'est pas la seule notation de sacré que notre peintre donne à son exposition. Il y a cette Croix chrétienne du troisième étage...ce qui en rien ne veut signifier que l'itinéraire de l'exposition serait une "Via Crucis". En effet si Caroline Cavalier peut être grave, et même avoir le trait dramatique, elle pratique surtout un art  de la surprise, de l'étonnement, du divertissement. D'un jeu: entre l'artiste qui propose, le spectateur qui regarde et...l'oeuvre regardée qui nous regarde, esseulée ou "en meute". Ah, comme elle est présente chez Caro cette question de l'oeil de poisson, de loup, d'oiseau (hibou?), d'homme, de femme, de taureau (qui montre son flanc beau comme une toile peinte), ou de reporter- photographe)?

Ne serait-ce pas l'oeil du père ou papy cubiste auquel elle est attachée? L'oeil, le profil du visage, le taureau y renvoient et surtout ne fut-il pas un...ventilateur des arènes plastiques? Mais peut-être n'est-ce qu'un clin d'oeil à Marcel Duchamp qui il y a cinquante ans, en 1968, écrit dans "Marchand du sel":   "Ce sont les regardeurs qui font les tableaux". Le créateur est responsable mais jusqu'à un certain point; il faut qu'à son tour le spectateur besogne.  Caroline Cavalier, bosseuse discrète qui fait ce qui nous regarde, propose. (Elle vit dans une mosaïque d'espaces: terrestre, aérien, marin, sous-marin.) Cohabitation de signes de vie ou attentatoires à la vie, le danger couve et ne se réduit pas au simple ressenti.) Eloge de Collioure et des jeux de construction. Elle y joue de la guitare et exhibe des simulacres de Betty Boop aux bouches pulpeuses de rouge désir... A vous de voir, donc.

J.Q.

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