Que faisait François de Fossa dans le port de Brest le 14 novembre 1848?  Agé de soixante-treize ans et demi, et Major retiré de l'armée depuis 1844, il vivait avec son épouse et ses trois enfants à Paris au n° 23 de la rue Copeau (2ème arrondissement), qui deviendra officiellement le 25 décembre 1853 la rue Lacépède Victor l'aîné, né en 1826 était âgé de 22 ans, Cécile, née à Besançon en 1827, de 21 ans, et Laurent, né à Romans, de 17 ans...La maison appartenait à Jean-François Hippolyte Durand (1768-1852), le député des Pyrénées-Orientales )

Le document qui signale la présence de François de Fossa à Brest le 14 novembre 1848 est un "passeport pour l'intérieur" "valable pour un an" avec attribution de M. De Martel officier en retraite domicilié en cette ville". Ce passeport, signé par le maire spécifie le trajet retour  Brest-Paris. (Les gendarmes pouvaient exiger l'exhibition du passeport, et tout voyageur qui arrivait dans une ville devait le faire viser par le maire).

 

Le Major Fossa à Brest? Qu'elle en est la raison? Vient-il rendre visite à un collègue musicien? à ancien camarade militaire? Vient-il  visiter son fils aîné qui serait à l'Ecole Navale? Ou le (r)accompagner à cet établissement ? Ou lui dire au-revoir pour un départ ultra-marin?  Dix compagnies du Ier régiment d'Infanterie de marine se trouvent à Brest. Y vient-il pour une toute autre raison que familiale? En 1849, Victor de Fossa de Beauregard sert comme sous-officier dans le Ier régiment d' Infanterie de Marine (dont M. Chaumont est le lieutenant-colonel depuis le 26 juillet 1847).

Le Ier RIMA est le plus ancien des Troupes de Marine, il fut fondé par décret royal en 1822. Il avait 10 compagnies à Brest, 5 à Cherbourg, 15 à la Guadeloupe, où se trouvait également son Colonel. La date 14 novembre 1848, le père Fossa vient-il prendre des nouvelles de son fils, ou lui dire au-revoir étant en partance pour la Guadeloupe? On ne peut trancher avec précision ni pour l'une ni pour l'autre de ces deux hypothèses.  

Si c'était la première, cela voudrait dire que Victor fut témoin in vivo de l'abolition de l'esclavage par un autre Victor, l'immémorable Victor Schoelcher (1804-1893), le 24 avril 1848. L'abolition n'étant proclamée en Guadeloupe par son gouverneur, depuis 1845,  Jean-François Layrie (1791-1881) le 27 mai 1848 -le décret officiel n'arrivant à Basse-Terre que le 5 juin. Si c'était la seconde, il y aurait vécu la "mandature" du député de la Guadaloupe: Victor Schoelcher, du 24 juin 1849 au 17 octobre 1849. Il nous est impossible dire de quel côté penchaient les sympathies et les idées de Victor de Fossa de Beauregard, le premier à ajouter au patronyme du père le patronyme du grand père maternel, a faire sien le "de" et à se montrer "vicomte", et bien sûr "comte", après la disparition de François de Paule Jacques Raymon de Fossa.

Cinq mois après son déplacement à Brest, F. de  Fossa s'éteint en son domiciele le 3 juin à Paris, emporté peut-être par une épidémie de choléra qui, fin mars, avait déjà fait 130 morts à domicile et 215 dans les hôpitaux et hospices. Victor, alors en Guadeloupe, ne pourra assister aux obsèques et ne reviendra à Paris qu'en 1854, âgé de 28 ans pour «executed his own will and testament» et nous l'écrivons en anglais en hommage à Matanya Ophee. Il s'agit d'un testament olographe rédigé le 8 février 1854. Art.1: " Vu son ingratitude et son manque de coeur à l'égard de digne mère et sa séparation violente et volontaire de sa famille, je déclare ici, avant toutes autres dispositions à prendre et dans tous les cas, ma soeur, Cécile de Fossa, inhabile à prétendre en rien à ce qui pourrait lui revenir de ma succession". Art.2: "Je laisse en toute propriété, après-moi, tout ce que je possède aujourd'hui, consistant en mon patrimoine et ma garde-robe, plus ce qui pourrait venir augmenter ultérieurement mon avoir par legs, donation ou succession, à mon frère, Laurent de Fossa, ou à ses héritiers naturels, à l'exclusion formelle de ma soeur".  Il semble à lire ce qui précède que Victor avait épuisé tout ses fonds d'empathie sororale. A la mort de son époux, Sophie avait 51 ans.

Qu'est devenu l'héritier de Fossa? On en a perdu toute trace -sauf liasse de secrets en quelque archive quelque part en France et dans le monde. Victor émigra-t-il  en Argentine y continuant la tradition guitaristique héritée de son père, comme a pu l'avancer feu le musicologue Matanya Ophee (1932-2017), puisque que vers la fin du dix-neuvième siècle, il y eut une famille de musiciens-guitaristes appelée... Fossa, qui se produisait à Buenos-Aires. L'historien Domingo Prat (1886-1944) a rappelé pour sa part que plusieurs guitaristes portèrent ce nom, et que la fille de l'un d'entre eux épousa le fameux Julio Sagreras? Se non é vèro é bene trovato!

xxx

 

 

 

 

.