Dans la correspondance de François de Fossa, il y a au moins trois allusions succintes aux Turcs qui invitent à se demander l'attrait qu'ils lui inspiraient, s'il parlait de ses contemporains ou s'il ne faisait qu'une citation de Turcs de l'histoire ou de la littérature, comme pourrait le faire par exemple un lecteur de Montesquieu. Fossa, connaissait-il cet auteur? Difficile à dire. Mais la Turquie, l'Empire Ottoman est une puissance, et donc dans l'air du temps. Comme l'on dirait aujourd'hui, la Turquie est dans la doxa de la géopolitique des annnées où vit, sert et écrit le Perpignanais. Trois lettres. La première datée d'avant l'entrée des troupes napoléoniennes en Espagne et de l'arrivée du Grand duc de Berg (le général Murat) à Madrid. La seconde du début de la retraite vers les Pyrénées de ces mêmes troupes. La troisième des retrouvailles de Fossa avec Paris, où il avait séjourné en 1810 pour la première fois, membre accompagnant d'une délégation diplomatique espagnole. Il est à Paris mais avec quelque espoir de retour à Madrid avec son protecteur joséphin Miguel Josef de Azanza, duc de Santa Fé, dont il partage alors la situation de réfugié.     

 

I) Cadix, 19 juin 1807

"C. 1 va me charger jusqu'à Figuères d'un gros caifson d'argenterie et de deux malles appartenant à Anglade: cela m'est afsez égal: le carrou sur lequel je partirai portera tout cela, à tant par arrobe, il m'est fort indifférent que la charge appartienne au grand Turc2 ou au Sultan d'Egypte3.C'est toujours un service que je rends à C. Et il me donnera l'argent nécefsaire pour en faire les frais."

2) Valladolid ou Vitoria, 8 juin 1813

"Je ne suis point esclave: nulle autorité dans le monde n'a la faculté de me priver du droit imprescriptible de disposer de ma personne, ni de celui qui est encore plus sacré d'augmenter mon bien-être. Si je le trouvais en Turquie, ce serait en Turquie 4 que je me fixerais. »

3) Paris , 23 octobre 1814

"Je crains bien que les réfugiés espagnols ne rentrent que très tard dans leur patrie et surtout dans la pofsefsion de leurs biens. Le grand Turc 5 n'est pas plus despote que Ferdinand 6; celui-ci ne reconnaît d'autre loi que son caprice; l'autre a au moins un Divan qu'il respecte et qui entrave un peu ses actes arbitraires. Les Ministres espagnols, tout en ramenant ce malheureux pays à l'ignorance du moyen âge, ignorent l'art de gouverner; ils n'ont pas le sou, et leur avidité, ainsi que leur défaut de délicatesse leur fera faire main bafse sur les biens de ceux qui se sont comportés mieux qu'eux, quoique d'un parti différent."

 

1- Par cette initiale, il désigne Canclaux, vice-conseul de France à Cadix, dont la mère se partage entre Estagel et Perpignan.

2-le Grand-Turc — Abdülhamid Ier, sultan de l'Empire ottoman de 1774 à 1789. Sélim III (1761-1808), neveu du précédent sera sultan de l'Empire ottoman d'avril 1789 à mai 1807. 

3-Méhémet Ali (1769-1849), sultan d'Egypte, nommé par les Ottomans.

4- Fossa évoque au fil de sa sorrespondance d'autres pays où s'expatrier. L'Amérique (Louisiane), les Canaries, l'Angleterre...Ce sont de "possibilités" contrariées soit par les aléas de la vie amoreuse, soit par les vicissitudes politiques.

5-Mahmoud II  (1784-1839) sultan de l'Empire ottoman  de 1808 au Ier juillet 1839.

6- Ferdinand VII pour lequel il eut au début quelque sympathie mais dont il déchanta une fois sur le trône d'Espagne. La comparaison qu'il fait entre les régimes politiques espagnol et turc n'est vraiment pas à l'avantage du premier. Le royaliste François de Fossa  incline vers une monarchie constitutionnelle, même s'il n'aurait pu être partisan de la Constitution de Cadix (1810). 

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