Dans la série ses grandes affiches artistiques la CASA CARRERE à Bages -depuis dix ans destination obligée- propose cet été du...au... une exposition d'oeuvres du peintre Jean-Louis VILA.  Né à Elne en 1948 et vivant depuis plusieurs années à Collioure, s'il s'éveilla à l'art à l'ombre d'une cathédrale et sous le signe d'Etienne Terrus, il rencontra a l'école des beaux-arts de Perpignan Michel Bertrand (1936-2009), un enseignant porteur semeur de modernité dans un paysage local assoupi dont il fut l'élève et qui devint son ami. Il reçut du grand Jacques Lepage(1902-2002) sa -disons- carte d'identité artistique. Et la suite on the road: traçant sa propre voie dans la proximité de nouvelles mouvances artistiques interrogeant plastiquement et idéologiquement le legs historique français et européen. Les battements de coeur pour un Matisse et un Picasso ont stimulé  les premiers élans créatifs chez ce peintre, cadet compagnon d'un Bioulès ou d'un Viallat, d'un peintre qui, après avoir quitté les remparts d'illibéris, est resté attaché à la région méditerranéenne et au Roussillon et aux mythologies avant-gardistes et points d'attache de Collioure et de Céret et aux questions d'art et de spiritualité posées par la monumentalité du cloître d'Elne. Ni artiste de terroir au sens cocardier de celui ou celle qui met le signe égalité entre un ermitage et une cathédrale. Ni (pire) artiste hors-sol... Artiste ni pressé ni nonchalant, engagé passionnément dans la plaine respiration de l'air de sa génération et connaissance de l'art par la pratique: "C'est parce que je ne sais pas ce qu'est la peinture que j'en fait" (aime-t-il à dire). Réflexion critique et curiosité: visuelle et livresque, philosophique et poétique. Cela ne peut pas nuire...  Vila s'est frotté aux lumières et aux vents de l'ici et d'ailleurs, que ce soit au Pérou ou en Israël, en Autriche ou aux Pays-Bas... Il est resté fidèle à l'île de la Réunion  bien plus qu'aux racines Supports-Surfaces dont on décore malicieusement certains artistes pour pouvoir les invalider. Ou alors souligner: plus proche d'un Claude Viallat que d'un Marc Devade. On the road d'une renommée construite, étage après étage, par des expositions individuelles (il a 27 ans, quand Yvon Lambert le présente en 1975 au public parisien) et des expositions collectives. Voyant s'ouvrir au fur-et-à-mesure (pour ne pas oser le en-même-temps macronien), des galeries, des musées, des collections -publiques ou privées. Et des amitiés (celle de Pierre Restany (1930-2003) compta), des catalogues, des articles, des préfaces, des collaborations qui indiquent et balisent une reconnaissance. On n'épuiserait pas la liste des bonnes signatures qui ont rencontré tel ou tel moment du travail de Jean-Louis Vila (qui, parallèlement, à sa vie d'artiste, a été enseignant à La Seyne-sur-Mer, à Marseille et directeur d'école d'art à Perpignan). S'il est un Vila -le mieux connu, par ses expositions (et en Roussillon elles n'ont pas été rares, depuis 1983), il en est un autre plus intime, peut-être plus essentiel, en tout cas moins montré que celui de ses séquences thématiques: "devises", "stades, "trilles", "sanch", "vanités", "voies lactées'...Il avait gagné son style, en optait pour la  finesse géométrique, l'ellipse formelle et un minimalisme baroque aux teintes chromatiques sans repentir et d'une coquetterie d'un fort bel aloi. S'y disait également une subjectivité qui ne se mordait pas les lèvres, qui ne brocardait pas d'arrogance matérialiste la spiritualité, qui se nourrissait de sacré...  L'autre  Vila est plus essentiel-nous semble-t-il- parce qu'il tutoie la brûlure ou la joie de l'autre et connaît les chairs sonores et les silences rieurs ou chagrins des pages, par exemple, du poète. Ovide ou Nerval, Perrault ou Verlaine. Ou, plus rapprochés (entre autres): Jacqueline Risset  (1936-2014), Margaret Tunstill, Michel Butor (1926-2016), Christian Prigent (1945). Ce dernier est avec François Bazzoli, grand historien de l'art contemporain, le meilleur connaisseur de l'oeuvre du peintre. Dans sa production la plus montrée sur les cimaises de France et d'ailleurs, comme dans ses dimensions plus cachées, retenues dans des écrins bibliophiliques d'éditions à tirage limité, ou des numéros de revues. L'élégance des hirondelles, la grâce des papillons dans leur vérité aquarellée ou gouachée, la corne d'un taureau...La peinture de Vila n'est pas un manifeste visuel abstrait, un paravent qui masquerait quelque appel tardif et pressant de paysage (ou marine). Mais face ou dos à la mer, au pied ou au sommet de la montagne, on ne s'illusionne pas aujourd'hui -comme l'ont fait  Corot, Caspar  David Friedrich ou John Constable en leur temps. Et, depuis Cézanne, l'homme a marché sur la lune et déplacé son Paris-Dakar, il a appris à regarder autrement et à voir les choses par d'autres fenêtres et selon d'autres perspectives. Jean-Louis Vila est entré en maturité et en sagesse, maître appuyé sur des convictions de foi en l'art plastique (tableau ou objet) contre toutes les aridités du quotidien, celui vécu sur un mode ancien ou sur un mode immatériel dit nouveau. Quarante ans de présence, et pour l'heure nulle pensée pour essuyer les pinceaux et éteindre les couleurs. Vila  s'est hissé au rang des plus estimables créateurs, savant et populaire, sans rien renier de ce qui pouvait le pousser, jeune, à saisir le monde pour l'amadouer et le métamorphoser par l'huile ou le graphite, sur fond de toile, de carton, ou de papier, pour qu'il puisse devenir plus qu'un abri thérapique pour temps d'intempérie, plus qu'un asile consolateur pour temps d'exil, pour qu'il puisse être une insularité hospitalière et équilibrée ordonnée par le désir et le rêve, la raison et l'émotion, et cette  obsession qu'il ne faut cesser  de creuser dans l'obscurité et d'en appeler au doute pour ne pas s'égarer... Il suffit parfois d'un presque rien...par exemple: un clocher de Collioure, pareil à mirage...La Casa Carrère reçoit cet été  le peintre Jean-Louis Vila, l'un des dix peintres qui figurent dans " Traces tangibles" le très beau livre de l'écrivain et photographe Jacques Lahousse (Alter Ego 2013), et que la galerie Odile Oms de Céret a convaincu de montrer son travail à Bages. C'est un honneur que de présenter cet artiste, Officier dans l'Ordre des Arts et des Lettres, auquel la ville de Florac (Lozère) consacre aussi une exposition dans l'ancien Tribunal.

Le vernissage de l'exposition aura lieu jeudi 12 juillet à 18 h 30, Casa Carrère, 9 av. de la Méditerranée, 66670 Bages. Exposition ouverte jusqu'au 16 septembre 2018, de 16 h à 19 h, du mardi au dimanche.

 

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