Alors que le Musée Hyacinthe Rigaud à Perpignan offre à ses visiteurs "Raoul Dufy et les les Ateliers de Perpignan",  Sitjes une ville de l'autre côté des Pyrénées et sur le bord de la Méditerranée mais à 230 km de Perpignan et à une quarantaine de km au sud de Barcelone. le Musée de Maricel consacre une exposition à "l'escultor Gustau Violet: art, pensament i territori". Gustau/Gustave Violet (1873-1952) et Raoul Dufy (1877-1953) étaient contemporains et ne se méconnaissaient pas, restons-en là pour imaginer que l'information de la transfrontalité de Violet n'a pas laissé indifférents beaucoup de (nord)catalans et que nombre d'entre eux a déjà vu ou du moins se propose d'aller faire une visite à cette exposition avant le 21 octobre, date de sa fermeture. Il est rare que pareil événement honore un peintre roussillonnais, en dehors d'un Maillol. L'exposition a été lancée avec bonheur et reçoit chaque jour, à ce qu'il paraît, la gratitude nombreux amis de l'art, et tout particulièrement curieux des richesses et des trésors inédits du domaine catalan. D'aucuns n'hésitant pas à parler d'une récupération de cet artiste (nord)catalan pour des raisons de liens d'amitié avec Barcelone (ville où il expose en 1901), des peintres tels Ramon Casas, Santiago Russiñol, Miquel Utrillo, ou une ville comme Sitges précisément mais en cette mauvaise année de 1914 qui l'incorpore pour la guerre et l'empêche de mener à son terme un projet qui lui avait été confié par la ville.  Peintre, sculpture, architecte, mais également défenseur de la langue catalane et soutien de réfugiés républicains en 1939. L'exposition de Sitges n'a pas été voulue par Esther Baron et Ignasi Domenech,  ses deux commissaires très documentés et attentionnés comme une contemplation nostalgique ou une consolation régionale mais comme un grand moment d'émotions plastiques n'entravant pas un regard critique sur "l'art, la pensée et le territoire", une problématique du meilleur aloi. D'où, la proposition d'offrir au public non pas une simple monographie (d'un artiste dont il reste tant d'oeuvres à rassembler) mais un tableau de la modernité de l'art roussillonnais au tout début du XX° siècle. Ainsi trouve-t-on dans la présentation des pièces signées  Artistides Maillol, Manolo Hugué, Esteve Terrús, Lluís  Bausil, Marcel Gili1 - ou George-Daniel de Monfreid, peintre et collectionneur (Paul Gauguin). L'exposition ne compte pas moins de 104 pièces. Dans la liste des musées qui ont contribué par leurs prêts à la richesse de l'exposition, on trouve par exemple le Musée Terrus (Elne) mais pas le Musée d'art moderne (Céret), on trouve le Musée d'Art et Histoire (Narbonne) mais pas le Musée Rigaud (Perpignan). Nos musées, vraiment déficitaires en Violet?

1. Le sculpteur Marcel Gili, né à Thuir comme Gustave Violet fut son élève.

 

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