Dans la forêt des animations estivales, il n'est pas toujours aisé de choisir le sentier qui conduit à une clairière pour se réjouir d'un véritable esprit du lieu. Grâce aux organisateurs de l'ETE 66, Festival Musical en Pyrénées-Orientales, on sait que ce lieu existe et attend celles et ceux qui par leur art savent à réenchanter les marbres et les lions qui les veillent. Serrabona, dites Sainte-Marie de Serrabona est un haut lieu de l'Art roman. Le Canigó le sait et le Canigó ne ment pas. Il naquit et se fit augustin au XI° siècle. Les siècles ont passé et bien des orages, et Serrabona n'a plus été tout à fait Serrabona. Une vieille amie historienne aurait dit... et il ne resta  plus qu'une coquille vide, illustre coquille mais aphone sur laquelle se penchèrent des historiens d'art, des architectes. Des mordus et des férus du patrimoine. Du grand Marcel Durliat à Olivier Poisson, sans oublier Pierre Ponsich et Jean Raynal (et les "sommités" qui nous excuserons de ne pas rappeler leur nom). Orphelin de sa vocation religieuse, liturgique et du tutti quanti en sillons latins, Serrabona se lamenta au diapason des coeurs de poètes que la solitude du monument troublait jusqu'au sanglot. Josep Sebastià Pons était lun d'entre eux et son poème "Oblit de Serrabona" qui parut dans un recueil bilingue "Cantilena"2 est un chef d'oeuvre d'encre et de papier. D'autres poètes, au cours des ans, de la vallée du Boulès ou d'ailleurs, en langue catalane (qui vivait déjà au XII° siècle sous le sous le romance) ou dans le français l'ont décrit, chanté, célébré en pensant à un.e amant.e, à un prix aux Jeux Floraux, à une belle édition chez éditeur bien assis que la verve de la lyre régionale n'agacerait pas. Ainsi par la poésie, la musique et le chant, Serrabona retrouvait un peu de son âme perdue, de sa voix lointaine et communautaire et de ses gens. Les rendez-vous ETE 66 sont des moments de fête. Mais d'une fête qui se mérite, ce à quoi oblige, bien entendu, l'aspiration à tout haut-lieu. Que l'on vienne de Prades, Rivesaltes ou Perpignan, Elne, Thuir ou Céret! La  manifestation n'est pas inédite et a déjà fait ses preuves, les témoignages convergent : c'est loin, faut y aller, mais c'est beau et bien, alors, on y va. Aucun doute pour ce mercredi 18 juillet: un récital amour des oiseaux nous y attend. "L'Angel de Serrabona" si cher à Josep Sebastià Pons et à sa soeur Simone Gay y présente le chanteur PERE FIGUERES. Avec sa voix en habit de lumières, il monte à la tribune pour y interpréter dans un décor de marbre rose "Ocells", série de courts poèmes de Jordi Pere Cerdà. Des portraits d'oiseaux gais, sautillants, étranges, espiègles, mis en musique et résultat d'un travail, d'un work in progress, sur plusieurs années. Une suite musicale et vocale d'oiseaux (plutôt montagnards), une surprenant performance (la brieveté des textes appelant pour l'interprétation la plus efficace à une sorte d'art martial oriental. On dirait que l'écrivaine vinçannaise Coleta Planas y fait un clin d'oeil par des vers comme "llengües d'ocells/ a la pista del Canigó/soroll de haïku". PERE FIGUERES est accompagné de deux musiciens bourrés de talent Paola Mauréso et Gérard Meloux. Une "trinité" pour Serrabona? Non, ça n'a rien d'une facétie! Des notes, des sons, de stons, des échos et Serrabona qui dit encore, un peu de cette bêle âme des oiseaux, ça fait du bien à mes pierres et à mes voisins les arbres.. Ce concert "Ocells per a Cristòfor" (Oiseaux pour Christophe 3) débutera à 18 h 30. Il n'est peut-être pas inutile d'informer le public qu'il exite un CD avec un livret trilingue, donc avec les noms d'oiseaux en catalan, français et anglais.

1- Gallimard, 1963.

2. "Transparent". Editions K'A 2017

3-Christophe/ en catalan: Cristofòr est le prénom du fils du poète.

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