Je lis sur votre blog qu'un écrivain-peintre de par chez vous pérégrine sur les terres de Lituanie. Il s'appelle Christophe Massé, et selon ce que j'ai comprendre c'est le petit-fils de Ludovic Massé, écrivain et ami des artistes de son pays où qui y séjournèrent. Parmi ces artistes Raoul Dufy bien évidemment que le contributeur du blog évoque, mais aussi du maître de Banyuls de la Marenda  tout autant que de Marly le Roi: Aristide Maillol. Et à partir de ce nom, j'ai tiré un fil qui, de biographie en mini-mini histoire locale de l'art, m'a entraîné jusqu'en... Lituanie. Lituanie? Oui...mais c'est là façon de parler. 

        Je précise. Aristide Maillol ne fut pas toujours...grand. Lui aussi a été petit. Et lui aussi passa par l'école, truisme me direz-vous. Sans doute, sans doute mais tout le monde ne connut pas le collège Saint-Louis de Gonzague, où Aristide fit ses études avec François Bassères, originaire également de Banyuls-sur-Mer, et grâce auquel, devenu grand et ayant consigné des souvenirs,  nous avons des informations que l'on va... peut-être... vous faire partager pour la première fois. Aristide n'avait ps encore 13 ans à son entrée à Saint Louis, en 1874. En ce temps le collège était en ville. Une discipline plus que les autres intéressait le jeune banyulenc, le chéri de tante Lucie, c'était le dessin d'imitation et, selon son condisciple François, il attira vite l'attention de son professeur qui lui exprima sa sympathie, le prit sous son aile et ne lui économisa aucun conseil qui lui parut utile. François ne le raconte pas tout à fait ainsi. Nous extrapolons un brin mais sans déformer relation qui s'était établie avec son élève.

          Le nom de l'élève, vous le connaissez, et votre curiosité à propos du nom de son maître, curiosité aiguisée, même si l'auteur de ces lignes manifeste  un piètre talent de storyteller à l'américaine, va être récompensée hic & nunc. Il s'appelait, s'appelait...Alchimowicz.  Hiacynt Alchimowicz, né le 11 septembre 1841 à Dzembrów (Dembrovo), royaume Lituanie-Pologne - alors sous tutelle russe, ainsi que le précise la source qui sait (presque) tout: Wiquipedia! En 1863, une insurrection contre le pouvoir russe échoue, sévèrement réprimée. Kazimiriecz, le frère aîné d'Hiacynt est envoyé en Sibérie. Le cadet choisit le chemin de l'exil. Il est à Perpignan au début des années 1870. Dembrovo-Perpignan! De la Baltique à la Méditerranée!  Cette migration attend encore son historien, et son récit de péripéties.  Perpignan, ville de naissance de Hyacinthe Rigaud qui, en 1885, aura sa place RigaudHiacynt y dévient facilement Hyacinthe. Le docteur François Bassères orthographie le nom du professeur avec le suffixe russe itch au lieu de son suffixe originel et lituanien icz. Mais il ne donne ni le prénom ni la particule de (d'). Les rares oeuvres connues de ce dessinateur et peintre sont signées H. d'Alchimowicz, mais c'est là encore une histoire qui reste à faire. Ne nous abandonnons pas au plaisir léger d'une digression nonchalante et revenons à nos moutonss, comme le dira en 1928 sur scène Topaze- ce parangon des professeurs vertueux.

        Hyacinthe, le maitre avait vingt ans de plus que l'élève, Aristide. C'est après le collège de Saint-Louis, que le climat de confiance se dégradera sans que le copain François puisse en donner la véritable raison dans son livre-souvenirs, livre précieux -et pas seulement pour la micro-histoire- édité par les soins de sa veuve en...A en croire Bassères, c'est au Musée que dirigeait alors Crouchandeu (l'auteur écrit Cruchandeu), où venait d'être nommé comme professeur de dessin Alchimowicz et où Aristide se perfectionnait (sans doute avec dans la tête une éventuelle montée à Paris) que le miel de la confiance se tranforma en fiel de la discorde et que le jeune Aristide ne réussissant pas à faire triompher son point de vue se vit chassé de ce qu'il avait cru pouvoir être un deuxième  "paternel logis". C'était au début de 1880/1. Le caractère de Maillol (20 ans) s'était-il forgé à la rébellion? Le fait d'enseigner au Musée avait-il rendu quelque peu vaniteux d'Alchimowicz (40 ans). Le docteur nous a laissé ce portrait du professeur venu de Lituanie.

         "Ce professeur de dessin portait un nom singulier, pour nous qui ne connaissions guère, en ce temps-là, dans notre Roussillon si éloigné, d'autres exemplaires d'étrangers que nos "frères" d'Espagne. Il s'appelait Alchimovitch et venanit de Pologne. Un chapeau mou à larges bords, une jolie barbe à double pointe, frisée légèrement et un visage grave lui donnaient, auprès des élèves, une autorité indiscutée...que l'accent risquait, toutefois de faire vaciller quand il poussait  trop loin ses observations"      (Docteur Bassères: MAILLOL, mon ami-Edité par Mme FRançois Bassères, mars 1979) .

     Voilà., nous avons tiré tout le fil. Aujourd'hui une Vénus du grand Maillol continue à gérer, été comme hiver, l'érotisme des familiers de la place de la Loge, mais le petit maître de "La Fontaine d'Amour" demeure dans l'obscurité, en dépit de quelques bougies allumées par quelques érudits ou l'Institut de Grenat pour qu'on puisse l'entrevoir....

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