Depuis quelques années, le nom de Joseph Mauréso est devenu familier à tous les amateurs d'art de la région. Par des présentations de son travail de peinture (lui qui a oeuvré sur d'autres chantiers). Si, à ce jour, il n'a eu l'hospitalité d'aucun musée, il a à son avantage d'avoir été l'hôte de nombreux lieux patrimoniaux du département: chapelles, cloîtres ou forts...et d'avoir pu, grâce à sa géo-graphie artistique, se mesurer à la présence parfois intimidante du poids et de la structure du legs architectural (sacré, militaire ou civil).

Cette année 2018, après une expérience de mixité picturale -avec le peintre Christophe Massé à la galerie TREIZE, à Ille-sur Têt, et un compagnonnage miroir avec le photographe Jacques Saïs, à la Librairie Tocartis, à Perpignan,  après sa participation aux Journées du Patrimoine à Catllar, où il avait magnifiquement investi la chapelle du Mas de Riquer avec des paysages hybrides (donnant le tournis au paradigme du genre) il sera à Alénya à partir du 5 novembre son travail à la Cave Ecoiffier, dans le cadre du très intéressant Festival Vendanges d'Octobre. En pays profane, un défi nouveau d'installation! Mais si "bien accrocher" les oeuvres est un impératif qui s'impose pour la réception par les visiteurs, l'essentiel réside, bien sûr, le travail montré. Travail qui dans le cas de cet artiste respecté, respectacle et recommandable n'est jamais cloué dans la redondance du même. 

L'oeuvre de Joseph Mauréso, vous diront celles et ceux qui en suivent le rigoureux et passionant développement (depuis qu'il s'est lancé à fond dans la peinture) possède beaucoup de qualités. A commencer sa professionnalité et à sa sensibilité. Une sensibilité ni descriptive (voici le réel) ni moins encore prescriptive (c'est le réel), mais une sensibilité de conquête et d'occupation de lieu. Ce qui implique des plans et des stratégies par le calcul autant que par la fantaisie, des mesures et des jeux, bref des process lesquels de tableau massif en tableautin, font émerger et affirment dans l'objet visuel- comme on peut encore dire- un "îlot" "paysager (appelé quelque part par Mauréso  "un petit bosquet de pins et sapins"), et qui à nos yeux, et par-delà sa prégnance et sa pertinence plastiques, pourrait marquer ou un éveil à la grâce de la figure (un temps laissée sur la touche) ou un désir de narrativité romantique. Mauréso n'est pas peintre qui remplit ou illustre sa toile en plantant sur chaque piton gagné, arraché à l'ombre, un fanion de victoire. 

Il ne bavarde pas non plus avec son support (généralement géo-textile), à la fois arène et cosmos, il bâtit en tendre, en dur, une demeure pour y être au mieux et pour attirer et réjouir notre "voir". Mais le mieux ne tombe pas complètement dans l'escarcelle à chaque coup. Et l'artiste se remet à l'architecture et à l'urbanisme, au devenir oeuvre de son geste raisonné ou impulsif. Mais devient oeuvre par les catégories du poétique, de l'elliptique, du dynamique... En variant les dimensions des formats (rectangulaires ou "carrés"), fidèle toutefois à une verticalité ascensionnelle  et aux vertus chromatiques de l'acrylique -deux constantes visibles.

Et si l'autre côté c'était toi? Tel est le nom donné à son exposition d'Alénya. C'est également le titre d'un poème de son épouse Evelyne? Alors, cet autre côté, ce toi... est-ce  la Muse (revenue dans une dialogie romantique)? est-ce le visiteur regardeur? est-ce un concept mu en vers? Ou, alors, est-ce simplement le moi transformé et inquiet du peintre? Peinture en écho, peinture en interface et surtout peinture cheminante, guidée par une bonne étoile. Vernissage de l'exposition vendredi 5 septembre à 19 h. L'exposition sera en place jusqu'au 20 octobre.

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