Germain Bonel

L'exposition Germain Bonel (1913-2002) a fermé ses portes le 3 novembre dernier. Avec  un double succès dont peut se flatter le Cercle Rigaud, organisateur de cet hommage à un grand de la peinture roussillonaise du XX° siècle.  La confirmation de la confiance que lui accordaient ceux qui connurent le peintre et suivirent l'évolution de son travail. L'admiration de toutes celles et tous ceux, artistes ou simples visiteurs qui découvraient un travail dont le profesionnalisme s'imposait dans les aspects de ce que communément on appelle un tableau. Personnalité tant graphique que chromatique, à l'aise dans quelque format que ce fût, et ne hiérarchisant pas les genres abordés: portraits, natures mortes, paysages, scènes.  Les publics se sont retrouvés autour d'un éclatant plaisir à peindre, émanant de l'ensemble des oeuvres, ils ont également perçu dans la manière de ce peintre Vallespir qui fut également enseignant, le subtil dynamisme de nombre de ses huiles consacrées à un concert de musiciens ou à un match de rugby. On pensait l'art de Germain Bonel perdue de vue, que nenni! Mais il fallait bien l'espace Maillol du palais des congrès Georges-Pompidou pour en rehausser l'image.

Jean Labellie

A saint-Cyprien village, aux Collections Saint-Cyprien, il n'est pas un visiteur qui ne reparte comblé par ce qui est offert à sa contemplation sur les cimaises de l'endroit. C'est que dame! et vous, mon bon baron, Jean Labellie, le maître d'Eus, y est royal. Dans le parcours d'une vie de créateur, l'oeil ouvert mais la main jamais imitatrice, au plus près des attraits et des risques de la liberté à s'engager, à entreprendre pour son propre compte. Labellie a fait oeuvre. Dans la dignité d'un long cours. Dans l'immediateté du jour qui passe, dans la proximité d'une nature qui croit en son renouveau. Et dans le dépouillement des choses (kénose dirait-on en certaine théologie), à la fois poétique et spirituel, si tant est que qu'il faille distinguer la voie poétique de la voie spirituelle. Oui, pour Labellie, c'est une même marche de vie. Une même élévation, par l'ellipse, par le rejet de l'anecdote, de la lourdeur de l'adverbe. Le parfum de la lumière qui vient...  La stylisation n'est-ce ce pas ce qui porte au style? Celui de notre cantalois-catalan saute aux yeux -pardon!- et est recommandé. Nous y touchons à "l'être et l'essence" (dit le titre bien plus que thématique de l' actuelle exposition) d'une personnalité picturale de haut-rang, et d'une permanente fraîcheur qui sait toucher à l'espiéglerie d'un Joan Miró sans rien renier pour cela d'un François Desnoyer rigoureux qui fut son premier maître et au souvenir duquel, voulons-nous croire, il dépose à plus de 90 ans son travail en offrande émue.  D'Aurillac à Eus: la même sagesse, la même joie, la même passion indomptée. Jusqu'au 30 décembre 2018.

Charles Rennie Mackintosh

Le 7 juin et le 10 décembre, deux dates de cette 2018 qui nous renvoient à un passant considérable qui foula la terre des Pyrénées-orientales et empli ses yeux de paysages de bords de mer et d'arrière-pays. Il était écossais et s'appelait Charles Rennie Mackintosh. Né à Glasgow le 7 juin 1868 -cela fait 150 ans, décédé à London le 10 décembre 1928-cela fera 90 as. Donc un double anniversaire qui ne peut passer inaperçu sur la côte Vermeille et l'arrière- pays, en Vallespir et en Ribéral. L'affaire est entendue. Depuis déjà un certain temps, insistons-y.  A Port-Vendres, Amélie- les-bains et Ille-sur-Tet, le grand architecte de Glasgow, le pionnier du designe européen, le père-directeur de la brillante  école des Beaux-Arts de sa ville natale, leur appartient un peu, beaucoup, passionnément. Un musée et un chemin dédiés à MacKintosh (aux deux Mackintosh, Charles Rennie et son épouse Margaret). Les Mackintosh découvrent les pyrénées méditerranéennes en 1924, 1925 et 1926. Sans doute, le tropisme solaire y était pour quelquechose et autant des raisons de santé et des motifs économiques. Peu importe en fait. La région leur plaît, les hivers y sont doux. Non, ils ne zappent ni Collioure, le port fauve ni Céret: les mythologies étaient déjà construites et bien diffusées.  En Roussillon, le couple écossais durant les périodes où il y réside se repose, se délasse, s'imprègne d'images, d'odeurs, de bruits. Aime les rochers, les vignobles...Il y fait bon vivre. On pourrait s'y établir, n'est-ce pas? Vivre au rythme des gens du pays et partager avec eux, malgré quelques difficultés linguistiques, les couleurs et les fruits des saisons. Non, ce n'était pas un simple voeu. La décision en avait été prise. Elle ne pourra, hélas, se concrétiser, Charles Rennie, malade, trouva la mort à Londres. Il avait 58 ans. En Roussillon, Charles Rennie et Margaret avaient noué quelques amitiés. Séduits, ils avaient planté leur chevalet et joué des pinceaux (Margaret touchait également à l'expression picturale). En vendirent-ils beaucoup de leurs aquarelles réalisées sur place? La plupart étaient envoyées outre-Channel et ils en ramenaient dans leurs cartons. Peut-on parler d'une production catalane? Ce serait certainement exagéré. Mais oui, des traces existent de leurs séjours, bien visuelles et ou écrites. De quoi concevoir et constituer, pour modeste qu'il puisse s'avérer un fonds Mackintosh. Un Musée naquit -fort légitimement- à Port-Vendres, musée  (cabinet muséal serait peut-être une dénomination plus exacte) qui trouva ses murs dans une aile du Dôme. C'est aujourd'hui un point d'intérêt culturel et patrimonial de la ville. A visiter -faites-le si vous ne l'avez pas encore fait- en cette opportune période de double anniversaire Mackintosh. Glasgow et Port-Vendres!     

Pascal Girard

C'est vrai, on peut se tenir au courant de tout, et il y a tellement de manifestations dans ce département des P.O. qui ne se voulant pas à la traîne fait feu de tout bois, public et privé, jouant collectif ou individuel.  Souvent c'est la précipitation des agendas qui nous frustre d'une exposition, parfois c'est une insuffisance de com., de documentation qui passe à l'as un événement non négligeable.  Les choses sont ce qu'elel sont et nous sommes ce que nous sommes toujours en alerte, curieux ou nonchalant et pris de bâillements. Bref tout ce mini toin-toin pour rappeler qu'il a un travail qui vaut le déplacement à l'Espace des Arts (EDA) du Boulou. Un travail signé Pascal Girard et sur l'éloge duquel nous ne reviendrons pas. Cette peinture est celle d'un artiste fasciné par le corps humain, non pas dans son aspect anatomique, non plus dans son intériorité , mais parce que le traitement pictural ajoute ou retranche à la vérité humaine de son modèle, ce qu'il y censure ou annule, ce qu'il en déplace ou réoriente. Bref: une atteinte à l'intégrité, un jeu de déformations. Mais, il n'est pas vain de "refuser" des yeux à un visage?  L'exposition peut être visitée jusqu'au 16 novembre. EDA, rue des Écoles.

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