Avant que la "cobla" roussillonaise ne joigne à ses nombreuses épouses la sardane, il fallut attendre, comme eût dit le très vénéré Fernand Raynaud par l'auteur de ces lignes, un certain temps. Ouais, et d'abord attendre qu'elle ait franchie la muraille du père Pyrène, sautant d'Empordà en Rosselló, qu'elle ait trouvée quelque aise en Vallespir qui n'est pas stricto sensu encore le Rosselló et qu'elle ait dévalée du haut-Vallespir pour se montrer à Perpinyà. Mais à cela, il a fallu des lustres et des lustres, allez disons un siècle. Le XXème. Naissant, florissant, épanoui, puis finissant. Il faut savoir arrêter une sardane. Jadis, naguère, antan, il y a longtemps la cobla ignorait la sardane (oh! il y aura toujours quelque expert pour vous en refiler une dans les pattes sous le nom de "sardana curta") parce que, dit le plus simplement du monde, elle n'existait pas. Ni en couics ni en couacs, pardon: ni en courts ni en pas longs. Sa naissance, aujourd'hui, quelques arbitres du va- et- bien culturel, la disent: transfrontalière. Car si le Figuerenc Pep Ventura (d'excellente mémoire) et le Perpinyanec Andreu Toron (auquel on ne rend pas les grâces pourtant bien méritées) ne s'étaient rencontrés du côté de la rue Mailly (si erreur, celui qui sait, corrige sur le champ) et bouleversé ce que Toron appelait le "tanor" et Ventura la "tenora"...et bien, point de révolution musicale, de nouveau visage donné à la "cobla" et cette sardane, telle que nous la connaissons (je parle ici de nous: les pratiquant.e.s) qui sait, nous l'attendrions encore. Heureusement le son nouveau (et plus métallique) l'avait emporté ensemençant les imaginations -plus rurales qu'urbaines. Elle est longtemps restée, la jolie sardane (post-it signé Ch. Trenet), aux portes des capitales, attendant un visa ou une bénédiction. Il est des villes qui se résument à leur cathédrale. Tout changea lorsque, avec un souffle de tramontane neuve, on lui mit le pied sur l'étrier sur le paddock du tourisme. Et, peu à peu, la "cobla" roussillonaise négligeant son coffre de danses locales et traditionnelles,  s'est prise à sonner presqu'exclusivement en sardanophilie. Au grand dam, de quelques maîtres "ès festa-major". Une chose se perd, une autre se pointe et, si elle reste, ce n'est pas qu'elle se croit chez elle, "qu'elle colonise" mais parce qu'il y avait un coeur prêt à l'accueillir et que, sans le savoir (quand on dort on ne sait plus rien) nous l'avions rêvée, cette immigration. Il y a beau temps (je regarde par la fenêtre, c'est incontestable, le soleil brille) que la sardane n'est plus étrange et étrangère en Rosselló (je sais, je pourrais dire en "Catalunya nord", mais mon plaisir à moi en ce moment, cher Pere, est de me l'interdire; une licence que je m'octroie). Elle s'y trouve bien. Après avoir fait ses rondes de chauffe -pas toujours facile- et levé comme mû par un devoir national sur des terrains fort différents force danseurs et danseuses, compositeurs et compositrices. La montagne n'est pas la plaine, le littoral n'est pas l'arrière-pays. Du tutélaire Henry... à mon ami Michel..., cela fait du monde. Oui, d'Albert Manyach Mattes à la Mil.lenària, il en est monté des "tirades", des "refilades" au ciel. Elle a, pourrait-on dire sans aucune intention disgracieuse, son peuple, en costumes et moeurs, cérémonies et rites, et son cri "visca" (qui tonne bien plus haut que le "olé" tauromachique) en plus de ses rues, ses places et ses céramiques.  C'est pour ça que, magré des hauts et des bas, des pointes et des sauts, elle dure, la sardane. Et, bon an mal, a la merci de tel ou tel "foment" épris d'une "ballada", d'un "aplec" ou d'un "concurs", s'engrange primés ou pas, des chefs-d'oeuvre -mais ça, ça, ça , vous le voyez bien, nos réseaux sociaux l'éventent peu, de véritables carpes. Des musiciens et des hommes; des capitaux muséaux et pédagogiques. C'est tout ça l'univers de la sardane. Des centaines de personnes, d'âges différents, comptés sur un siècle: des milliers, oui des milliers et des miliers de corps réjouis, ils en exulteraient dans le style Jacques Brel s'ils n'étaient pudiques par transmission "del ben posat". La sardane? On s'interroge encore sur son origine...Mais, d'où viens-tu ma belle? Es-tu la fille préférée de la Méditerranée ou cette première épouse, jamais répudiée, du soleil. La sardane, les vrais poètes l'ont vu, bien avant moi pauvre égoïste ver de terre, est une forme culturelle sans pareille. Faite d'art et de divertissement, de sport et de mathématique, tantôt profane tantôt sacrée, pétrie de recueillement et de joie. Loisir-spectacle, et anneau de fraternité. Figure de l'Utopie? Qui sait? Mais de ce genre d'utopie... en musique et en danse, qui nous attache émotionnellement aux sons veloûtés ou criards des "cobles", on en redemande. "Tenores" et "Tibles": des hautbois à dimension "canigounenca", respect! Et, sachez-le, nos "cobles" ne sont jamais en déficit d'énergie (si vous ne m'en croyez, écoutez le "flabiol" ou la "berra", surnom étrange eh, pour une contrebasse!) pour la maintenir et montrer que ce ne sont pas de simples vestales vouées à la survivance d'un pan de passé mais les officiantes d'une réjouissance intemporelle, coeur et corps de l'ici et mlaintenant. Un danseur, une danseuse pris.e dans une "rotllana" ne tarde pas à perdre pied et à vouloir s'envoler et on la.e perdrait bientôt dans les airs si ses voisin.e.s ne la retenaient pas avec leur main. La Sardane en Rosselló a ses annales, ses illustres (Mestre Max Havart), ses historiens et... ses artistes. Plus quelques paires d'"espardanyes"...Oui, sans pareille, la sardane! Refaites le tour du monde, et vérifiez. Il faut donc souhaiter qu'en cette année 2019, "Perpinyà Capital de la Sardana" soit à la hauteur de ce titre-cadeau et se console par-là de n'avoir pu, au siècle dernier, (se souviendront quelques papés/papis) ou voulu courtiser le titre de "Ciutat Pubilla de la Sardana", si seyant qu'il se montrait sur les murs des premiers bastions nord-pyrénéens de "la plus belle des danses qui se font et se défont": Banyuls de la Marenda, Ceret, Prats de Mollo, Sant-Llorenç de Cerdans.

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