Goya (1746-1828),l'Aragonais peintre du roi et Fossa, le Roussillonnais (1775-1849), secrétaire particulier du ministre Azanza ont-ils pu se rencontrer à Madrid ? Ne tergiversons-pas: Tout aussi improbable qu'une rencontre entre le Perpignanais et le bisontin Victor Hugo (1802-1885). De notre François, Goya est l'aîné de 29 ans et Hugo le cadet de 27 ans. Ce dernier vécut à Madrid de ses neuf à ses onze ans. C'érait en 1811 et 1812. Alors...alors permettez quelques paragraphes qui ne sont pas bétonnés par la raison historique que certain.e.s souhaiteraient.

Les événements espagnols se sont accélérés. Ainsi le 17 mars Joseph Ier quitte Madrid définitivement et, s'installe le 23 mars à Valladolid. De Fossa fait partie de ceux qui l'accompagnent: lettres du 26 mars, Ier juin 1813. C'est le début de la fin et le 25 mai, ils sortent de Madrid ."[T]rois-cents véhicules avec le gouvernement napoléonien et un grand nombre d'afrancesados, suivant les troupes françaises du général Hugo."écrit Martí de Riquer, historien et descendant du Marquis.

Si Fossa n'a pas vu l'enfant Victor, il a nanmoins pu entrevoir le "général Hugo, son père, Joseph Leopold Sisgisbert (1773-1828) majordome du roi d'Espagne.

Et qu'en est-il d'une virtuelle "relation" Goya-Fossa. Entre le prestigieux peintre de Cour et l'obscur émigré employé des finances ou des "indes", cependant protégé par la haute personnalité du ministre Azanza. Vivant dans la proximité des Azanza, il n'a pu manquer d'avoir quelques échos concernant la position et le travail du peintre.  Fossa avait-il quelque intérêt pour la peinture. Ses lettres sont muettes sur la question si ce n'est l'évocation qu'il fait dans l'une d'entre elles d'une époque barcelonaise, où il apprend à sa soeur Thérèse qu'il s'est inscrit dans une école à dessin.: {Je] vais dans une école publique et gratuite de dessin où je me suis fait recevoir depuis quelques jours. J’y travaille jusqu’à neuf heures, qui est l’heure de notre souper. » (Barcelone, 5 mars 1796)

De ces quelques lignes en déduire quelque intérêt ou passion pour l'art pictural serait bien audacieux. A-t-il peu avoir quelque contact visuel direct avec des tableaux? Dans quelque salon ou chez ses hôtes: les Azanza. Peut-être à Grenade dans la maison de famille de Mme Azanza oú il se rend en janvier 1804, à son retour du Mexique,  Peut-être à Madrid, au domicile du couple, où il vécut rn 1811. Azanza est alors, par les très bonnes grâces de José Ier, un puissant duc de Santa Fé. Sont connus  un portrait de Mme Azanza et un portrait de son époux. Mais, ni l'un ni l'autre, ne s'anoblissent la signature de Goya. Ils sont d'autres mains de maîtres, supposément de moindre rang. Encore que, d'un siècle à l'autre, des valeurs peuvent tomber ou s'élever...

Un portrait ovale de 69,6 × 57,3 cm figure "La duquesa de Santa Fé, M.ª Josefa Alegría y Yoldi" et un détail en bas à la gauche du tableau indique «A. Poza lo pintó en 1813». Ce peintre, Antonio Poza y Muñoz (Fuenterrebollo, Segovia, 1783 - Madrid, 1816) est étudié et sorti de l'ombre par l'historienne Isadora Rose-de Viejo dans:  "Ni Goya, ni Esteve, sino Poza...." in "Archivo español de Arte, LXXXV, 337, Enero-Marzo 2012).

Une huile sur toile de 200 x 116 cm  montre un "Retrato de Miguel José de Azanza" (Aoiz 1746-Burdeos 1826). Cette oeuvre fut retrouvée en 1968 en assez mauvais état dans un couvent de Sangüesa, près de Pampelune (Navarra). On le pensait de Goya. Sa reproduction était connue. L'original  qui attisait le bal des attributions fit l'objet en... 2012 d'expertise et de restauration. Les experts du Musée du Prado (Madrid) s'accordèrent pour y voir la manière de faire du peintre Agustin Esteve Marqués (Valencia, 1753-Madrid 1820). Dsciple, ami  de Goya et l'un des portraitistes les plus en vue -et cotés, dit-on- de la Cour et de l'aristocratie.

Sans doute existait-il un point commun entre Francisco de Goya y Lucientes et François de Fossa Beauregard? C'était la musique, la guitare. Honoré de savoir que le premier peintre du roi  introduisait son instrument préféré dans l'espace d'un tableau, sinon flatté d'avoir pu jouer devant lui de son talent de compositeur, d'arrangeur et interprète. Se sont-ils croisés ou pas?  Peu importe.  ils vécurent le même tempo dramatique du Madrid de 1808 et du règne de Joseph Ier.

Ce qui leur valut d'être récompensé par la même décoration. A savoir: Chevalier dans l'Ordre Royal d'Espagne, un ordre créé par Sa Majesté Joseph Ier. Cette décoration était familièrement connue et moquée sous le nom de Berengena (Aubergine), à cause la couleur violette de la médaille. Francisco de Goya qui l'a reçue plutôt, le 18 novembre 1811, mais l'arbora-t-il vraiment, au contraire de Fossa? La fidélité joséphine au temps des "afrancesados" était tissée de fils parfois bien subtils.

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