La correspondance François de Fossa (archives départementales des pyrénées-orientales) contient quelques traces écrites de sa présence au Fort de Bellgarde, aux veilles de voir les Cent Mille Fils de Saint-Louis, pénétrer en Espagne pour rétabli sur son trône Ferdinand VII. Lettres ou brouillons de lettres, documents de service...aidant à comprendre ses responsabilités et ses charges de commandant de la place. De Fossa ne demeura pas longtemps à ce poste, les mois d'avril et de mai.
    
 1)   Pérélada, 29 avril 1823.
    
     Mon cher Capitaine,/ Vous savez mieux que tout autre que pour porter ma plainte contre votre voleur (ce M. hausser) il faut le signalement de l’individu. Veuillez me l’envoyer, si vous persistez à le faire juger.   Une bonne & belle correction de la part de ses camarades & 15 jours de prison, au pain & à l’eau, eussent peut-être été préférables, car le délit qui ne peut être considéré comme vol entre soldats, puisqu’il a été commis chez un habitant dépositaire de l’objet volé, n’entrainera pas une peine grave & qui serve d’exemple. Je ferai au reste ce qui vous paraîtra convenable.-     Répondez-moi.
    Amitié, mon cher Capitaine. Le colonel avec une longue paraphe horizontale.


 2)   Armée des Pyrénées. Perthus 29 avril 1823.
    Rapport A M. le Mal. de Camp chef de l'Etat-major général du 4e corps par le capne. F. de F. Commt les 2 compies. du 3° de ligne détachées au Perthus pour la garde des magasins
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     Mon Général
     Hier au soir à 11 h 1/4 le factionnaire de l'avancée sur la route de la Jonquère apperçut 3 individus armés sur la hauteur en face du magasin. Il cria 3 fois qui-vive, ne reçut point de réponse et fit feu sur ces hommes qui se sauvèrent vers le haut de la montagne.- Aussi-tôt l'offer. de garde (un Capne.du 60e de ligne de la garnison de Bellegarde) crut devoir faire battre la générale. Je réunis le détachement sous mes ordres & lui fis charger ses armes. J'envoyai de suite des patrouilles pour fouiller le terrain en avant de deux postes avancés que je place toutes les nuits pour garder les sentiers de droite et de gauche par où l'ennemi pourrait parvenir au Perthus. Je fis aussi reconnaître la grand-route par M. le Lieutenant de Gay avec quelques hommes, et je fis partir pour la Jonquère un brigadier de chasseurs qui se trouve ici pour la correspondance. Il y a dans cette commune une maison espagnole qui sert assez souvent de repaire aux contrebandiers & aux malfaiteurs. Je la fis visiter par des gendarmes aidés de quelques soldats. Quatre hommes qui parurent suspects furent amenés au corps de garde; trois vont être relâchés ayant été reconnus pour être des gens du département qui travaillent au magasin militaire; le 4e, qui n'a pu montrer de bons papiers sera retenu.
    Le retour de tous ceux que j'avais envoyés & leurs rapports m'ayant convaincu que nous avions eu une fausse alerte, je fis rentrer, à une heure après minuit, mes soldats dans leurs logemens avec les précautions nécessaires pour les réunir sans délai en cas de besoin.
     J'ai l'honneur d'être avec un profond respect &
    

  3)   Perthus le 29 avril 1823 Consigne particulière relative à la défense des magasins du Perthus, donnée par le Cpne. Commt. le Détachement qui y est stationné pour cet objet, et indépendante de celles de M. le Lieutenant du Roi de Bellegarde relativement à la haute police.
1° La force du poste aux ordres de M. l'officier de garde sera, à compter d'aujourd'hui, d'un sergent, deux caporaux, un tambour et dix-huit fusiliers.
2° Ce poste fournira quatre factionnaires: un devant les armes, un devant la maison Martin Taulère, un 3e à la porte du magasin, un 4e à la barrière. Celui-ci aura la consigne d'interdire le passage par le sentier conduisant à la maison espagnole, à tout fusilier, caporal ou tambour, et de ne point les laisser sortir hors de la barrière sans permission de l'officier. Un 5e factionnaire sera placé pendant la nuit au-dessus du magasin.
3° Demi-heure avant la retraite un caporal & 4 hommes se détacheront du poste de la place et iront s'installer dans la maison Martin Taulère où il leur sera défendu de faire du feu: ils y demeureront jusqu'à la Diane. Le factionnaire placé pendant le jour devant cette maison sera placé pendant la nuit sur le plateau au-dessus de la maison espagnole, n e laissera passer aucun militaire par le sentier qui y conduit, serveillera avec soin ce qui s'y passe et avertira le caporal s'il s'y introduisait des étrangers du côté de la montagne. Ce poste est encore destiné à soutenir celui de l'avancée de gauche s'il était forcé de se replier ; alors les deux postes réunis contiendraient l'ennemi aussi longtems que possible en se retirant sous les murs du Blockause.
4° A la même heure, les deix postes d'avancée de droite et de gauche, composés chacun d'un caporal & six hommes iront recevoir le mot de ralliement de M. l'officier de garde qui voudra bien donner la consigne suivante. L'avancée de droite placera deux factionnaires, l'un pour surveiller tout ce qui viendrait par la grand-route du côté de l'Ecluse, l'autre tout ce qui s'avancerait par la gorge au dessous du fort.-L'avancée de gauche placera également deux factionnaires qui auront l'oeuil sur les deux sentiers de la montagne, devant & derrière le poste./ En cas d'apparitiion de troupes ennemies, les deux postes enverront de suite un homme pour avertir l'officier de garde et se retireront lentement en contenant l'ennemi au moyen de leur feu, celui de droite sur le poste de l'officier, delui de gauche sur la maison Martin Taulère & de là sous les murs du Blockause.
5° M. l'officier de garde est invité à faire battre à la nuit tombante un roulement qui puisse être entendu de tous les logemens et à permettre à l'un des offers. du détachement de recevoir dans son corps de garde les appels particuliers qui auront été faits à ce signal par chaque chef de chambrée. Il est également invité à faire faire durant la nuit au moins deux patrouilles qui aillent s'assurer de la vigilance des gardes avancées, & fouiller le terrain à quelque distance au devant de ces postes. / Perthus le 29 avril 1823./ Le Commt. du Détachement.

  4)  30 avril./ Mon Colonel
    «  Je suis impardonnable d’avoir oublié que vous n’aviez plus auprès de vous un quartier-maître avec les livres matricules du régiment pour vous donner des signalemens  ; au surplus cet oubli a produit un bien, car vos reflexions ont pleinement convaincu le capne. Liégeard & moi que les circonstances du vol de M .Hausser n’étant pas de nature à lui attirer une peine grave & qui serve d’exemple il vaut mieux le punir correctionnellement par les moyens que vous indiquez. Il a déjà passé 4 jours dans le cachot du Blockhause, où l’air ni la lumière ne pénètrent jamais  ; ensuite je l’ai fait conduire à la prison de Bellegarde où il   sera le reste de la quinzaine dont moitié au pain & à l’eau, et il ne reviendra pas dans sa compie sans avoir reçu une correction fraternelle de la main de ses camarades.
     Nous avons eu dans la nuit du 28 au 29 une fausse alerte causée par des contrebandiers qui se sont fait tirer des coups de fusil par nos factionnaires.
     J’ai interdit hier au détachement toute communication avec une maison espagnole du Perthus, qui est un vrai repaire de contrebandiers & de malfaiteurs, et j’ai pris des mesures pour que mes ordres ne puissent pas être enfreints. Je voudrais bien que cette maison pût être fermée.
     Je m’occuperai aujourd’hui d’une corvée générale pour mettre à l’abri du mauvais tems mes postes avancés  ; j’ai été forcé de les augmenter de manière que neuf fusiliers du détachement d’ont qu’une bonne nuit sur deux.
    J’ai encore de quoi payer aux 2 comp.ies, le prêt du Ier au 5 mai, si je suis condamné à rester plus longtemps ici, je vous prie de vouloir bien m’envoyer des fonds pour le suivant.

    5) 4eme Corps/Etat major gal. au quartier gal. à Gironne, le 4 mai 1823.
    
    Monsieur le Capitaine, j'ai rendu compte à Mr le maréchal comdt. en chef du rapport que vous m'avez adressé sur l'utilité qu'il y avait à faire fermer la maison espagnole située dans un bas-fond à proximité du magasin du perthus, et paraissant servir de repaire aux contrebandiers et pouvant même donner asile, au besoin, à un parti ennemi. S.L. vous autorise, d'après ces considérations, à faire fermer cette maifson & à empêcher que les habitans y rentrent tant que les motifs qui les en fait exclure subsistent.
     J'ai l'honneur de vous prévenir que d'après les ordres de M. le Mal., j'ai écrit à Mr le général Bon. de Damas pour l'inviter à faire relever par d'autres chafseurs les chafseurs qui sont détachés au Perthus pour le service de la correspondance.
     Recevez, Monsieur le Capitaine, l'afsurance de ma parfaite considération;
     Le Maréchal de Camp Chef d'Etat major du 4e. Corps Dessmer. Et, écrit en bas de page, "A Monsieur le Capitaine de Fofsa, du 3e Régt. de ligne, commdt. au Perthus.

Note: Dans ces "archives", on ne trouve aucune mention de musique ou de guitare.