Paola Mauréso l'Etoile nouvelle
Du pollen d'étoile s'est posé jeudi soir sur le Fort de Bellegarde. Elle a dansé et a ébloui le grand public d'initiés auquel rien de ce qui vraiment créatif n'est étranger. Bref, il y avait du monde pour assister à cet événement peu médiatisé et qui s'est avéré Avènement d'une Artiste. Elle sort des écoles, elle est jeune, talentueuse et belle. Son nom Paola Mauréso. Elle se risque. Elle le peut. Ses dix-neuf ans lui donnent de l'audace. Non pas l'audace gratuite du provocateur, du démolisseur de codes seulement pour le plaisir de démolir. Non, notre Paola est bien de la partie. Chorégraphe avant d'être danseuse, et chorégraphe consciente: des traditions, des formes, des ruptures, des alliances, des relances...D'ici, d'ailleurs et de (presque) partout.Oui! tout cela à la fois. La légèreté de libellule sur un tablao. La grâce d'un papillon voletant d'un côté à l'autre. Pris non pas dans un flot de lumière mais -le public le constate aussitôt-distribuant, semant, autour d'elle, de la lumière. Cette lumière, née de la connivence concertée entre la jeune fille calligraphe (même si elle n'abuse pas des arabesques), depuis l'éventail jusqu'aux talons, des castagnettes à la robe à volants et ce deus ex machina de la platine, Benoît, un jeune gaillard de près de 1 m 90, dont les doigts ne mixent pas un brouet musical, mais bien inspirés -parce que érudits- fusionnent rythmes et sons pour les traduire par la médiation du corps en points, lignes, suspensions ou envolées dans l'espace. Danse multi-arts. La tradition acoustique au numérique il n'y a qu'un pas, qu'une figure, une cambrure, une frange à réinventer. Ces deux-là, Paola et Benoît, s'entendent à merveille et captivent les spectateurs par les juxtapositions et croisements bienfaiteurs de traditions héritées: danse classique et flamenco, zeste de danse de salon et élan de figure libre. Avec ces deux jeunes gens (elle irradiante, sur le tablao; lui presque planqué, clandestin au feu, derrière un poteau), on n'est déjà plus là dans la banale sinon la facile illustration ou la paresseuse citation, l'hommage convenu à telle ou telle icône de la sévillane et du zapateo, mais à la volonté d'exister par soi-même, par son imagination propre, par son énergie poétique, par la maîtrise de son corps, répondant au double pari de la virtuosité et de la beauté. Il pourrait sembler que nous sacrifions au laïus dithyrambique. Il n'en est rien pour quelqu'un qui, alerté par une information succincte, une simple affichette de bar, se rend par désoeuvrement, en se disant on verra bien, à un spectacle flamenco et, une fois assis, assez confortablement d'ailleurs, va de surprise en surprise. Sous l'aile du bonheur renouvelé. La jeune danseuse a pour elle de nombreux jolis tours et atours. Des airs de famille, et pourtant aucun de ces clichés de danse gitane ou andalouse servie à gogo aux touristes en mal de fièvres, de palmas et de cactus sensuels. Des airs de famille oui, aussi, avec cette danse qui glisse, s'envole, virevolte, cherche la pointe et l'équilibre, et la surprise d'un Black Swan, aérien et tellurique à la fois, qui fait courir notre regard...N'en disons pas davantage: elle s'est imposée! Paola Mauréso -tel est le nom à retenir- était ce soir-là "en démonstration", à l'en croire, à une sorte de présentation d'un travail universitaire "sur mes recherches chorégraphiques". Une douzaine de pièces en tout. Ah! la touchante modestie! Et comme elle va bien à la jeune étoile éclose, sous le ciel juilletiste du Perthus, au-dessus des silences de Panissars. Et comme cette étoile nouvelle (fraîche, élancée, fragile, joyeuse) mérite les brassées d'applaudissements qui, sur son dernier équilibre, l'ont comblée. Point d' orgueil chez elle, mais de la conviction, de la force intérieure. De la recherche qui paie. Un engagement singulier clair, comme les propos par lesquels elle s'est présentée à son public. Une sensualité remarquée et naturelle, mais d'où tout exhibitionnisme est proscrit. L'honnêteté en tous points, sans bagues à l'âme avec la volonté d'aller de l'avant vers une plasticité de plus en plus épurée au sein des émotions de la vie. Les promesses sont là. Bravo!Et à suivre! Je me suis laissé dire en quittant Bellegarde qu'elle avait été en plus la perle de l'écrin que lui avait offert l'exposition de Mario Chichorro à l'ancienne Chapelle du Fort. Quant à moi, sans démentir, je pensais, que si Pétrarque était passé par-là et l'avait vue danser, vue de ses yeux vue, il aurait appelé sa Laure certainement PAOLA.
TITI DE GARRIGOLE
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