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Met Barran
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6 novembre 2012

L'Invisible

J'aurais bien voulu vous parler de L'Invisible de Clément Rosset. Je me disais c'est un tout petit livre, on doit le lire comme on avale un verre de grenache tout en dégustant une poêlée de châtaignes grillés à point. Et bien cela ne s'est pas du tout passé comme je me l'imaginais. Est-ce parce que les châtaignes mises à nu brûlaient et souillaient mes doigts ou parce que de ce grenache rancio, je n'aurais jamais du en dépasser la quadruple dose, L'Invisible m'a résisté. On ne peut pas toujours s'accrocher au réel banal.  Et pourtant mes camarades d'un soir m'ont confirmé que j'ai bien avancé dans la lecture, à petites goulées, bien dégustées, que je tournais les pages sans les écorner ni les déchirer. Bref, je me serais attaqué, selon eux, à L'Invisible, servi par les éditions de Minuit, avec beaucoup de ferveur et de respect. Tout de même, ce Clément Rosset, il a de drôles de compagnons de jeu. J'en cite quelques uns, que vous avez du déjà recevoir au moins une fois à votre table de chevet. Je les prends au hasard, n'étants pas critique littéraire patenté, je ne me sens pas obligé de résumer correctement et moins encore impeccablement. Il y a Wittgenstein, et Proust, Mallarmé et Roussel (le Raymond d'Impressions d'Afrique), ou Jean Paulhan (celui de l'Entretien sur les faits divers), Diderot et Céline, Valère Novarina (le dramaturge) et un certain Enest L'Epine s'y croisent. Cervantés, le nouvelliste, n'est pas absent, et encore plus présent y est le Goya de -attention à vous, grands et petits- Que viene el Coco... Le plus drôle, dans les cinq chapitres avec préambule de cet ouvrage, ce n'est pas que Raymond Devos et Jean Baudrillard se trouvent sur une même page (après tout ils ont été contemporains et manié la langue, chacun à sa manière, pour faire trottiner notre comprenoir autour de l'être et comment en parler) c'est que ce livre qui ne dépasse qu'à peine les quatre vingt dix pages contient traite de tout: philosophie, musique, littérature, parle de l'espace du temps, du son et de l'image, de péosie et d'au-delà. De ce qui est vrai, ou pas vrai: ce qui est vrai parce que, justement, c'est pas vrai, etc et en voiture Simone. Oui de Nietzsche à Nicolas Stoufflet (du jeu des Mille euros), tout le monde, selon Clément Rosset, pourrait venir à la barre,  et témoigner au procès du double et du vide. Du réel et de sa représentation, ou de sa non représentation. Bien sûr, nous sommes dans le monde, des idées, des concepts, de la pensée et de l'imaginaire, mais  dans ce monde de Clément Rosset quelques citoyens d'honneur s'appellent Croque-mitaine ou Tintin. Et, Clément Rosset, avec une certaine gaîté du premier arrivant sur les lieux -perceptible entre les lignes de son texte- nous apprend à démonter quelques pièges et leurres d'un mondain penser à quelque chose. Il y va de notre santé mentale, semble nous dire ce philosophe sans toque médiatique.

Eve Canada

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