Rivesaltes est l'une de la dizaine de communes du département des Pyrénées-Orientales citée dans la correspondance de François de Fossa (1775-1849) avec Thérèse Campagne, sa soeur. Il la désigne précisément dans une lettre qu'il lui adresse depuis Montauban, ou après son retour en France, il est au côté du Duc de Santafé, Miguel Joseph de Azanza, "afrancesado" réfugié. Dans cette lettre, dont nous donnons ci-dessous la première moitié, nous apprenons qu'il a de la famille dans la localité riveraine de l'Agly et que -bien que ni Carrère ni Anglada n'en parlent dans leurs ouvrages respectifs sur les eaux minérales (entre 1756 et 1833)- l'un de ses attraits de l'époque ait résidé dans ses eaux ou un climat propice à requinquer la santé.
"Je calcule, ma bonne amie, que cette lettre arrivera le 19, c'est-à-dire la veille d'un jour qu'il m'aurait été bien douc de pafser avec toi. Elle te trouvera vraisemblablement à Rivesaltes chez notre aimable niéce1 que tu embrafseras de ma part. Tu me dis dans ta dernière N° 8 que tu allais y pafser quelques jours et je désire que les eaux te soient favorables2 ainsi qu'à mon pauvre petit filleul3 que j'appends avec peine souffrir encore de ses yeux. Quant à moi si j'étais du voyage je vous laifserais à tous deux boire de l'eau dans un pays où c'est un meurtre d'en mettre dans son vin, et le tâcherais d'oublier à l'aide de quelques bouteilles de ce délicieux muscat que j'ai un bras dont je ne puis pas me servir aufsi bien que de l'autre4.Même sans muscat je l'oublie afsez quelques heures de la journée, et je finirai par l'oublier tout-à-fait, car on peut vivre, on peut même être heureux sans se gratter la tête de la main droite5 surtout quand on en a une gauche pour y suppléer." (...) (Montauban le 10 8bre 1813)
1 Nous n'en savons pas plus. 2 Par induction d'une lettre précédente, afin de se rétablir d'une "fausse grossesse". 3 Il s'agit de François, un garçonnet d'une dizaine d'années, dont il est l'oncle et...le parrain. 4 C'est nous qui soulignons ce qui pourrait être reconnu comme l'un des premières publicités littéraires en faveur du muscat de...Rivesaltes. Nous sommes en 1813, c'est-à-dire il y a 203 ans. 5. François de Fossa plaisante sur la fracture de sa main droite, consécutive à une chute de cheval dans la traversée de Bayonne -plusieurs lettres antérieures à celle de ce dix octobre nous en entretiennent en soulignant que cet handicap ne l'empêche de pincer de la guitare.
En effet -pour celles et ceux qui n'en seraient pas encore informés, François de Fossa, né à Perpignan et décédé à Paris, était musicien, compositeur et joueur de guitare, parallèlement à sa carrière militaire qui, sous l'uniforme français, le verra passer du grade de capitaine à celui de Chef de Bataillon/ Major. Mais cela est une autre histoire. Aujourd'hui c'est Fossa à Rivesaltes qui nous intéresse. Le Perpignanais du quartier Saint-Jean Le Baptiste connaissait-il Rivesaltes? Il en connaissait -c'est sûr- son muscat...Souvenir de jeunesse? Il avait émigré du Roussillon vers l'Espagne en 1793, peu de temps après la décapitation de Louis XVI, il n'avait pas encore 18 ans. Muscat qu'il avait certainement apprécié, à son premier retour à Perpignan, dans la maison natale de la rue Na Pincarda, durant l'été 1804. Ce que nous dit le "publicitaire" Fossa (dans lequel pourrait se reconnaître une intuition très Jacques Séguéla) dans sa formulation de la l'exaltation du muscat, c'est son intrinsèque qualité et le bénéfice salutaire qu'elle apporte. On comprend que du côté de Edmond Rostand (1868-1918), mais bien après de Fossa,Chantecler, Cyrano de Bergerac et la belle "Roxane" l'aient aimé en y trempant ou pas un biscuit. Rivesaltes? Vous avez-dit... Rivesaltes? Halte-là! donc (Ou quelque chose du genre!). L'expansion roussillonnaise de la découverte récente de la musique du "Haydn de la guitare" a semble-t-il réussi à rapprocher les noms de Fossa et de Rivesaltes. Nous apprenons en effet, et c'est un plutôt bonne nouvelle, qu'une soirée littéraire et musicale qui lui est dédiée. Elle sera accueillie par le DOMAINE de ROMBEAU.
A l'affiche de cette soirée, deux porteurs de la bonne parole (et musique) de François de Fossa, le guitariste Juan-Francisco Ortiz, premier musicien français à avoir enregistré sa musique et Nicole Yrle, romancière à laquelle on doit une saga en deux parties du maître de Perpignan, "L'Exil d'un virtuose" et "Variations en clair obscur", aux Éditions du Cap Béar. Cette soirée aura lieu le mardi 6 décembre 2016 à 18 h, dans ce sanctuaire de la gastronomie et du muscat (qui osa même le "muscat de noël" voici quelques années) à l'initiative des Amis de François de Fossa et s'articulera sur la lecture d'extraits des romans de Nicole Yrle (romans inspirés de la correspondance de Fossa avec sa soeur Thérèse) en alternance avec des moments musicaux interprétés par Juan-Francisco ortiz et tirés de l'oeuvre de notre compositeur, contemporain de Fernando Sor, et ami de Dionisio Aguado, qu'il fréquenta à Paris à l'Hôtel Favart dans les années 1820-1830.