François de Fossa, père et bâtonnier
Il y avait le fils. Voici le père. En attente du...petit-fils. La dynastie des de Fossa est plutôt (bien) fournie. Les trois -selon une rigoureuse tradition appliquée dans les siècles passés- du même prénom: François, même si celui du fils est François de Paule. Le père qui fut un éminent personnage de son temps était tombé dans l'oubli jusqu'à ce que l'histoire, recherche et université, ne le ramènent à une conscience patrimoniale. Un retour à la conscience qui sera marqué solennellement ce prochain 3 juin 2019 au Campus Mailly par la pose d'une plaque commémorative suivi d' allocutions et présentation de documents, une manifestation à l'initiative de UPVD, acronyme que l'on ne doit pas craindre- pour la bonne information de tous- d'expliciter en "Université de Perpignan Via Domitia". Une initiative, naturellement soutenue par l'association des Amis de François de Fossa. Cette dernière association travaillant à la récupération et à la diffusion de l'oeuvre du fils, le compositeur de musique de chambre et de musique pour guitare dont la date du 3 juin coïncide avec le 170 ème anniversaire de son décès à Paris, le 3 juin 1849.
(notes)
Depuis 21 octobre 1912, il existe à Perpignan une rue Fossa. Modeste mais ouverte au souvenir. Dans son livre sur les "Les noms de rue" (1974), l'historien Christian Camps a rédigé cette notice.
-François de Fossa, né à Perpignan en 1726, homme de lettres, jurisconsulte, philanthrope, véritable érudit en matière d'histoire locale, est décédé en 1789."
L'essentiel est dit. Ailleurs on ajoute à cet essentiel qu'il fut membre de la "Academia de Buenas Letras" de Barcelone et qu'il fut chevalier de l'Ordre de St Michel dont il sera grand-maître de 1774 à 1793.
1744: "Le Bâtonnier François FOSSA était né en 1726. S'il n'avait été jugé trop jeune, il serait devenu titulaire de la chaire de droit civil de l'Université de Perpignan à l'âge de 18 ans,nous apprend une notice (Avocats perpignan) On ne put lui refuser celle de droit canon à 20 ans. Inscrit au barreau de Perpignan, sa renommée fut telle que le Chancelier d'AGUESSEAU considérait qu'il était l'un des plus éminents jurisconsultes du royaume. Il s'était fait remarquer par un travail acharné, une mémoire prodigieuse et un esprit lumineux et ouvert." [Henri François d'Agusseau (1668-1751).]
Il fut considéré a-t-il été confié à la postérité comme «l'oracle du barreau perpignanais". Une notoriété incontestable de juriste et de savant, à laquelle ne fut pas étrangère son puissant engagement dans une polémique avec l'abbé Joseph Xaupi (personnalité éminente d'alors et sur laquelle s'est penchée l'historien Raymond Sala pour d'autres aspects). Un tête-à-tête de Perpignanais, duel au sommet (pour user d'une langue plus "jourd'hui"), entre le Docteur en Théologie de Paris, Xaupi, et le Bâtonnier de l'Ordre, professeur doyen de la Faculté des Droits. (Mais nous ne raconteront pas ici l'affaire)
1746: François de Fossa est titulaire de la chaire de droit canon à l'Université
"François de Fossa, doyen de la faculté de droit et recteur de l'Université en 1759 avait pour bisaïeul, souligne l'historien Gilbert Larguier, un cloutier de Saint-laurent-de Cerdans qui avait participé à la révolte des Angelets" (cf De l'adhésion minoritaire à l'adhesion raisonnée? Le Roussillon dans le Royaume de France (1659-1789) in Cahiers de la Méditerranée 86 (2013)
F. Fossa fut le premier en 1760 a prononcer l'éloge du Roi. Chaque année, le 15 février, nous dit Henri Aragon (1843-1927) , le recteur de l'Université devait prononcer un discours en reconnaissance des bienfaits que cette université venait de recevoir de Sa Majesté. Fossa étant le plus ancien des professeurs de droit, un tel honneur lui échoyait. 1760 (15 février): " Discours à la louange du roy, établi et fondé à perpétuité par l'Université de Perpignan pour consacrer son rétablissement, prononcé par le recteur [F. Fossa], le 15 février, jour de la naissance du roy. Édition : Paris : impr. de M. Lambert , 1760..
Le 18 mai 1761 en la paroisse St Matthieu est célébré le mariage de Francois Fossa Jaubert & de Thérèse Beauregard. Cette dernière étant la fille de Guillaume Beauregard (?-1771), chirurgien militaire "qui était entré [1766] à la faculté comme démonstrateur d'anatomie", nous apprend Pierre Izarn dans son étude sur "La Faculté de Médecine de Perpignan au XVIII° siècle."
13 août 1767: Naissance de Marie-Thérèse Fossa.
31 août 1775: Naissance François de Paule de Fossa. Sur l'acte de naissance on lit: (...) François de Paule, Jacques, Raymond né le susdit jour, fils légitime et naturel de Mr François Fossa avocat en la cour, Professeur en la faculté de Droit, et de Dame Thérèse Beauregard, son épouse;(...)
En 1777, Fossa publie à Toulouse: "Mémoire pour l'ordre des avocats de Perpignan, contenant l'entière réfutation des recherches de M. l'abbé Xaupi sur la prétendue noblesse des bourgeois majeurs de Perpignan et Barcelone."
Thérèse Fossa de Beauregard, mère de François s'éteint le 22 novembre 1786. Moins d'un mois après, le 16 décembre, François de Fossa, père ( il sera le dernier doyen de la faculté de droit) est anobli par lettres données à Versailles. Ses enfants sont âgés Thérèse de 19 ans et François de 11 ans.
En 1787 (MDCCLXXXVII): Carrère à propos de Fossa in Lettre à M. le chevalier de La Grave, lieutenant dans le régiment Médoc Infanterie, sur un ouvrage qu'il vient de publier sous le titre d' ″Essai historique et militaire sur la province de Roussillon″ s'étonne et ironise:
"Que vous a fait M. Foffa, Avocat distingué à Perpignan, qui jouit depuis long-tems de l'eftime générale par fes fussès dans le barreau, par la maniere dont il remplit les fonctions de la régence dans l'Univerfité , par les qualités morales, par les recherches immenfes dont il s'occupe depuis long-tems fur l'hiftoire du Rouffillon, qui vient même de mériter des lettres d'ennobliffement & d'être reçu dans l'ordre du Roi? Que vous a-t-il donc fait pour l'appeller, page 98, un auteur fort prolixe? Pensez comme lui, M. Le Chevalier, réfléchiffez, écrivez comme lui, foyez inftruit, exact, prudent, modéré comme lui, & vous parviendrez un jour comme lui à jouir de l'eftime & de la confidération publiques." (pp 76-77 cf Gallica)
1791: L'Université de Perpignan est dissoute.
Voici un extrait de la notice que lui consacre Jean Capeille (1872-1935) dans "Biographies roussillonnaises"(Comet-1910-1914) et qui contribue à son inscription sur le blason grands hommes de Perpignan et du Roussillon.
"Une nombreuse et brillante clientèle sollicita ses conseils et lui confia la défense de ses intérêts. C'est ainsi qu'il devint l'avocat ordinaire, non seulement de l'évêque d'Elne, mais encore du Gouverneur de la province, des Intendants, des Premiers-Présidents, des Procureurs-généraux et de presque tous les présidents et conseillers du Conseil souverain du Roussillon, des maisons de Perpignan les plus distinguées telles que celles du marquis d'Aguilar, du comte de Ros, du baron de Cabrens, des familles d'Oms, de Copons, de çagarriga, de Réart, de Boisambert, de Camprodon, de Montferrer, de Noailles et après la mort de Fossa (1789) [c'est-à-dire son beau-fils, le père de François], du prince de Montbarrey, ancien ministre de la guerre et du département du Roussillon."
On comprend que son portrait en médaillon soit présent dans la salle d'audiences du Palais de Justice de Perpignan. Personnalité locale et nationale, connue et appréciée de part et d'autre des Pyrénées.
Sa pensée trouve encore écho de nos jours puisque le professeur Ahmed Slimani, prix Montesquieu 2004, le cite dans sa thèse sur la modernité du concept de nation au XVIII e s (1715-1789), écrivant: "D'après le professeur de droit de l'Université de Perpignan François de Fossa en 1760, le roi de France est le père de toutes les composantes de la nation"
De son père avocat, voici ces mots extraits d'une lettre à Thérèse Campagne, sa soeur.
"Tu sais que je n'ai jamais aimé l'état de notre Père, et comme je me connais trop pour me blouser moi-même, je suis très assuré que je n'aurais pas les moyens de soutenir avec éclat cette carrière, et très fermement décidé à ne pas l'embrafser. J'ai trop d'orgueil pour m'exposer à être jamais dans la clafse des médiocres, peut-être même des plus mauvais; et jamais je ne serai dans ce cas dans ce pays-ci, quelque soit son sort définitif" ((Madrid 22 avril 1811).
Il l'évoque en d'autres lettres. Parlant de l'éducation que doit donner Thérèse à son fils François:
"Sache t'en séparer pour son propre avantage, et n'imite pas la faiblesse de notre mère, qui si respectable à tous égards, eut pourtant celle de s'opposer à mon voyage à Paris lorsque papa voulait me faire entrer au Collège des Quatre Nations. Que je lui saurais gré aujourd'hui si elle m'avait donné alors le chagrin momentané de me séparer d'elle! Que de connaissances j'aurais acquises et dont je manque (Madrid, 21 janvier 1811)
Dans une partie de sa correspondance revient comme un leit-motiv, l'engagement qu'il lui a fait et lui renouvelle de s'occuper des ouvrages et des papiers du père, mais ce but ne sera jamais (?) atteint:
"Je désire bien que le Conseil de Préfecture veuille faire l'acquisition de nos papiers. Forcé de rester militaire toute ma vie, je n'aurai jamais ni le temps ni la tranquilité nécessaire pour travailler dessus. Je cède entièrement cette gloire à Jaubert de Passa" 1 (Bordeaux 12 mai, 1817)
1): François Jaubert de Passa (1785-1856)
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