Un coup de fil, ou un sms, je me souviens plus. Une invitation...Une hésitation et puis... oui : allons-y. Nous y sommes. En assez petit nombre . Des têtes et des noms connus, voire amis, quelques visages anonymes, mais sympathiques. Comme ces deux jeunes femmes, venues de Linz, en Autriche, qui,  fort avenantes, s'adressent à vous, dans un excellent français et, à peine téméraires, hasardent des mots catalans assez bien posés. Nous sommes dans un jardin. Disons méditerranéen et d'été. Coquet, sans exubérance frimeuse. A la fois dans la ville et à l'abri de ses embarras -comme aurait dit Boileau en évoquant Paris. C'est -courte visite du lieu- la dépendance d'un ancien mas. Situons-le : entre le Lycée Maillol et l'Hôpital St-Jean. C'est vague, mais très suffisant : nous ne sommes ni cartographes no guides. Nous sommes bien chez un particulier. Souriant, ouvert, hospitalier aux hommes et aux choses de la culture : la musique, la chanson, la danse, etc. La discrétion la plus mondaine est de taire son nom, et celui de son épouse. Ne soyons pas importuns. Lorsque l'une de leurs connaissances, porteuse d'un joli projet de « Tournée des Jardins », les  sollicita pour donner un concert dans le jardin, le oui fut spontané, sans nécessité de recourir à un vote majoritaire d'un conseil d’administration. L'accord se fit sur la date. Un concert, vrai de vrai. Mais à la bonne franquette. A l'heure apéritive d'un 9 juillet qui avait rafraîchi sa fin d'après-midi et poussa à réclamer un peu de laine pour les épaules nues. Un petit théâtre de verdure avait été improvisé. Une trentaine de fauteuils...Ici, point besoin de taper les trois coups et de faire clignoter les lumières. Les musiciens, ils sont trois, se tiennent déjà devant nous. L'un contrôle son micro, un autre déplace un câble, les trois tapotent leur instrument -la part la plus extérioralisable d'eux-mêmes. On reconnaît au centre Miluc Blanc, poète et chanteur. A sa droite -vu du public- Florent Berthomieu, physique familier de la scène locale, guitare en main, accordéon à ses pieds. Mais ce troisième larron, oui, là, celui qui a en main une trompette,  à la gauche de Miluc vers lequel il se penche-qui est-ce ?  Une voisine (sans doute une proche) me renseigne mais prononce un nom que je ne capte pas, et je n'ose le lui faire répéter. Devant nous, on s'affaire. Miluc rapproche ses lèvres du micro. C'est le début du concert. Il présente le trio (pourquoi ne pas dire tercet, ce mot n'est-il pas plus gracieux?). « Le troisième est Arn Winker » nous apprend celui qui a tous les airs du leader de la formation. Trio ou tercet, et même pourrait-on dire triangle. Miluc, c'est la ville, Perpignan. Florent, et son accordéon chromatique, c'est le Conflent. Et Arn c'est le Vallespir. Laissons la géographie et la géométrie. C'est parti. Ici, dès les premières notes on l'entend, on se la joue honnête. Ici, après deux chansons, on l'a compris . La promenade immobile qui nous est proposée sera très agréable. En mélodies et en paroles, en rythmes et en émotions. Point de répertoire pommade ou guimauve, point de « soupettes » pour publics quémandeurs d'exotismes réchauffés.  Ici, on joue simple. Une bonne clef pour se montrer virtuose. Le talent et la sincérité le permettent. Les trois, à notre mauvaise vue, paraissent jouer chacun pour soi. En solo, en retrait et à l'écart. Piètre public que nous sommes. En fait, nos trois artistes (si c enom les choque qu'ils l'envoient valser) constituent un ensemble habité, cohérent efficace. Un bel organisme de sonorités. Le parti-pris chez Miluc Blanc, guitare et chant, est celui de la poésie. La poésie qu'il écrit : par exemple cette prenante balade urbaine de la rue Dagobert, au quartier St-Matthieu. Celle qu'il met en musique : par exemple cette évocation bouleversante  d'Alger  sur un texte de sa mère, récemment disparue. Celle,  d'autres auteurs, qu'il attrape au fil d'une rencontre ou d'une lecture, et quelle qu'en soit la langue originelle . Par exemple, cette magnifique Morenica  du patrimoine sépharade en judéo/espagnol, ou encore ce fragment -et il fallait l'oser- des Orientales de Victor Hugo, grand poète qui revient en beauté cet été dans l'imaginaire collectif. Miluc tourneur de mélodies à la juste hauteur des cœurs. Mosaïste du sentiment... et de la révolte mezzo-voce. Chansons confidences et chansons chroniques : aux tons de la vie. Miluc a bien d'autres qualités que servent ses deux compagnons avec leurs personnalités bien affirmées et leurs habiletés instrumentales. Celle, tout particulièrement notable, de mettre en relief, cajoler les paroles et non pas les meurtrir par des assauts musicaux. Non, ici la musique est clairement définie. A la fois dans le geste qui en taille l'éclat (folk, jazzy, soul...), l'écrin qui l'accueille ainsi que le geste qui l'offre aux spectateurs. Ces qualités encore de disposer d'une voix élégante et touchante, et d'un clavier de langues lui permettant de nous communiquer ses rêves, ses espoirs, émotions en français comme en anglais ; en arabe comme en hébreu -ou en ladino. Nous sommes embarqués, et pas seulement sous le pavillon des nostalgies et des mélancolies...Embarqués, loin des symposiums de mouettes et corbeaux électroniques, et heureux d'avoir fait ce voyage avec trois compagnons profondément distrayants. Concert de salon... de plein air. Ce jardin, entre Lycée et Hôpital, protégé du transit vacancier, était vraiment extraordinaire et humaniste. Une heure de bonheur poétique et musical. Comment ne pas en redemander. Mais... où et... quand ?

Papy Lion Denuit

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