Ce samedi 5 mars entre 11 et 14 h a été inaugurée l'exposition "El Seny i la Rauxa" consacrée par le cercle Rigaud au peintre ROGER COSME ESTEVE. Un succès populaire digne d'être gravé dans le marbre de la jeune histoire du Centre d'Art Contemporain Walter Benjamin. Une foule considérable (plus de cinq cents personnes, à en croire certains compteurs) se pressaient pour découvrir sur les deux étages de l'établissement du pont d'en Vestit la centaine d'oeuvres d'un des peintres leaders -et les moins alignés- de la création contemporaine. Il est bien loin le temps où le peintre essayait de tracer sa voie, arrachant par-ci des "peaux à la terre" (premier maître dans l'application du latex des archéologues) et peignant par-là ces drôles d'édicules -des campagnes d'Aquitaine- qu'étaient les "séchoirs à tabac"... L'exposition de Perpignan donne une bonne mesure de l'acomplissement auquel est arrivé le maître catalan, aujourd'hui au mieux de ses écritures plastiques. La centaine d'oeuvres qui constituent le privilège Walter Benjamin concédé à toutes et à tous (il suffit de franchir le seuil), proviennent pour l'essentiel de collectionneurs privés de la région, dont nous tairons les noms pour qu'ils dorment tranquilles. Preuve s'il en fallait qu'il y a bien un marché local de la peinture même si les peintres et leurs acheteurs ne le claironnent pas sur les toits. ROGER COSME ESTEVE n'en revenait pas ce midi. Un véritable plébiscite était fait à sa manière de concevoir et de faire la peinture. Du métier et une éthique. Affirmer un territoire, sans cependant accepter les fers d'un clocher. Voyager dans l'extraterritorialité mais sans noyer dans l'oublie (ou le mépris) le port du départ. Cinq cents personnes? Bien plus a même prétendu un enthousiaste aux cheveux neige de cet artiste aux exigences esthétiques et spirituelles bien connues, qui sait tellement bien nous dire, en clair et obscur, nos saisons de vie. Car ROGER COSME ESTEVE, singulier et secret, actif et rêveur, prend très souvent les pinceaux (il ne vous le dira pas) et "dresse" ses toiles (chut!)en notre nom. Ses tableaux, qui sont de la peinture et non de simples objets, ne sont pas seulement des miroirs qui hégéliennement le réfléchissent, mais des miroirs qui ne nous épargnent pas notre propre image: crue ou apprêtée, gaie ou douloureuse, triomphante ou défaite. Chez ROGER COSME ESTEVE (faites-en le tour) la figure de l'homme n'a pas de statut. Et pourtant, il n'y a pas peinture plus humaniste, plus empreinte de sensibilité, dans ses insurrections comme dans ses accalmies, dans ses rigueurs mathématiques comme dans ses chocs de composition. Ni anthologique ni rétrospective, non -ce ne sont là que pauvres mots de commissaires d'exposition- "El Seny i la rauxa", nous offre les quinze dernières années de production (ah! vilain mais indispensable mot!) de l'enfant de Néfiach  (dans les Pyrénées-Orientales) résident de Gaillac (dans le Tarn). Cette exposition? Une initiative d'autant plus louable qu'elle concerne un artiste vivant et qu'elle, de ce fait, par la prise de risque supposée, un signe d'une audace institutionnelle. Seul point noir frustrant de cette exposition promise à un grand succès populaire, le catalogue qui lui correspond (que l'on nous a dit instructif et somptueux) n'a pas été au rendez-vous. Dommage pour les nombreux amateurs qui s'étaient déplaces à Perpignan!

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