La Galerie Odile Oms, 12 rue du Commerce à Céret s'emploie depuis de nombreuses années à défendre avec succès la création contemporaine et les plus créatifs de ses représentants locaux, sans céder à un "localisme" racoleur de bas-étage. On se la joue à juste raison grande fenêtre sur le monde...mais qu'on le veuille ou non, on a ses pieds toujours posés quelque part. Ce vendredi 22 mars y sera vernie une exposition d'Emmanuelle et Patrick Jude, ambassadeurs de la Côte Vermeille au pays des mimosas et des proches cerises, sous l'appellation "Constats du territoire". Elle restera ouverte au public jusqu'au 4 mai 2019. Différentes "contributions" soutiennent le travail des deux artistes. Il nous a été permis d'être associé à cette...promotion.  De notre contribution, on retiendra les extraits suivants (que l'on trouvera également sur le blog de la galerie)

 

"Deux artistes: Emmanuelle et Patrick Jude. Un couple mais pas une peinture d'associés. Deux oeuvres se développent autour de problématiques (mot enchanteur enchaîné naguère à du trop théorique) bien différentes, parallèles dans le plaisir du faire et la volonté de produire du sens, (…).  Des inspirations puisées à des courants différents. Des prétextes et des enjeux qui ne se ressemblent pas.
Mais artistes avec un langage, une mémoire, une conduite. Peintres donc: sentinelles et  interpellateurs.

Patrick joue avec pourrait-on-dire un "open space" parcellaire et nous propose comme des vues aériennes, planantes. Il en joue avec une certaine quiétude dont le résultat fait de mesure et d'harmonie peut nous faire penser à ces mots de la poétesse russe Marina Tsetaïeva "écrire, c'est rattraper l'oubli, c'est figurer le silence". Il y a véritablement quelque chose de cette nature chez Patrick qui ajoute aux deux mystères, l’oubli et le silence, l'énigme et l'illusion.
Dépouillement géométrique  jusqu’au graphème et au pictogramme, (…) pouvant donner à penser à un plan architectural ou à un relevé archéologique. Découpes de surfaces, unités  assez dissemblables par leurs formes et leurs dimensions. Tablettes avec des points et des lignes, aux tons chromatiques qui disent la chose tout en taisant le mot, rappelant des feuillets de notes ou de colonnes de chiffres . Des notes qui ne sont pas des notes, des chiffres qui ne le sont pas non plus. Seulement des notations. Avec des nervures, des émois, des "illusions" de profondeur et de mouvement, et surtout un quelque chose qui se cherche et, en même temps, va conquérir, aviver ou étourdir notre regard. Le peintre ne prétend pas perturber notre regard, mais il aimerait à le sentir vaciller (…).

Emmanuelle Jude,des vacances et de ses parcs d’attraction. (…).  La manière de peindre d'Emmanuelle est plus tonique et... "gourmande". Son objet se satisfait de la phénoménologie du ludique, attractive sinon captivante (ses formes et couleurs n'attendent pas que le regardeur les débusque, elles agressent, sautant aux yeux). Mais également plus interrogative. Angoissée même, si on nous permet... Bondissement frontal ou vitesse toboggan d'un pittoresque dont les caractères ne sont  plus de stricte "côte vermeille". Des objets-machines- ludiques au design pop. Est-ce la petite fille? Est-ce l'adulte? Qui peint? A la fois émerveillée et paniquée: face à cet avatar en tuyaux, boudins, gros intestins et boas volants. Une longue tradition culturelle... universalisée. Condensation d'imagination et de talents. Méga architecture onirique. Mobilier décoratif constitutif d' un champ (ou camp?) de distractions pour faire accroire à "one little corner of paradise": Vacances en bord de l'eau avec l'appel renouvelé d'Hélios. Vertige, engrenage, tourbillon. (…)  Un certain type de rapport au local  (Argelès, Collioure et Banyuls-sur-Mer) n’a pas résisté au changement d'échelle des valeurs."

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