(Notes)

Une note des Archives administratives du Ministère (français) de la guerre, en date du mois de janvier 1823 ajoute à la biographie succincte du jeune émigré ceci  "Le capte de Fossa, fils d'un jurisconsulte distingué qui le destinait à la robe reçut son éducation au Collège royal de Perpignan et à l'université de la même ville. Après avoir suivi des cours de latin, de mathématiques, d'humanités, de philosophie, de jurisprudence, il en était à sa 3ème année de droit lorsque l'émigration interrompit ses études et le lança dans la carrière des armes." Dans ce paragraphe c'est le mot mathématiques qui attire notre attention et qui nous porte à nous demander le rapport réel que le militaire et le compositeur guitariste purent entretenir avec cette science. Les mathématiques n'étant pas une discipline superflue dans la formation militaire et la conquête de quelque grade supérieur. Discipline par ailleurs bénéfique à la théorie comme à l'écriture musicales. La correspondance de Fossa avec sa soeur Thérèse est bien taiseuse en la matière et se réduit à trois ou quatre citations, sur une période biographique allant de 1793 à 1822. De l'ultra-anecdotique et bien baignons- nous y si nous avons quelque intérêt pour François de Fossa

Nous sommes après le traité de Bâle, le Perpignanais émigré se trouve à "Bañolas" et rédige le 17 août 1793 une lettre qui contient le paragraphe suivant:

  "Quant à moi je me trouve actuellement assez bien, ne pensant qu'à manger, boire, dormir, me promener et jouer de la guitare*, faute d'avoir reçu mes livres et mon étui que je crains bien de ne plus avoir et dont je sens beaucoup la privation."  

Le dit étui dans l'étui de mathématiques contenant le instruments nécessaires à l'apprentissage et à l'exercice des mathématiques, règles, compas, etc. 

De Gérone, où il a migré, il écrit à Thérèse Fossa le 4 octobre de cette année:

    "j'ai reçu par le porteur...et l'étui de mathem. où il manque deux ou trois pièces essentielles; mais il vaut mieux que rien". Et lui demande : "Envoie moi aussi par le retour de Dn Franco mes bottes et la guitare avec un ou deux cahiers de musique s'il se peut"

Recevra-t-il les "pièces essentielles" manquantes? Aucun courrier ne l'indique alors que sera confirmée la réception de la guitare.

Le mot mathématiques nous ne le retrouvons dans la correspondance qu'en 1805 en lisant une lettre écrite à Cadiz le 10 décembre.


 "Ce n'est pas que je reste jamais les bras croisés. Tu sais bien que cela me déplait: mais la lecture, l'étude de l'anglais, quelque peu de mathématiques et un peu de musique n'empêchent pas le mauvais effet des tristes réflexions que je fais continuellement sur mon sort, et qui je te l'afsure me font pafser de bien cruels instants."

Revenant par mer sur Cadix et faisant escale à Malaga, il signale à sa soeur le Ier mai  "le frère des Dlles de Laboifsière° est ici". Ajoutant: "Tu peux dire à ses soeurs que je ne manquerai pas de le voir".
  
  ° Dans le "Dictionnaire de biographies roussillonnaises' de Jean Capeille, une notice est consacrée à un Laboissière (Antoine de) qui naquit en 1734, il était le fils de Jean-Baptiste de Laboissière, commissaire de guerre à Perpignan, et de Rose Barescut". Député en 1789 du clergé aux Etats-Généraux.  Emigré en 1792, il se fixa à Barcelone servant d'intermédiaire entre l'évêque d'Elne (Antoine-Félix d'Esponchez), exilé en italie et les prêtres roussillonnais "errants sur le sol de la Catalogne". Mais il serait rentré en Roussillon avant 1802 . Est-ce le même Laboissière que celui que documente François de Fossa  trois ans plus tard en 1805, non pas en Catalogne mais en Andalousie à Malaga? "
    Sur la liste des Emigrés de 1793, on compte quatre Laboissière:

Laboissière veuve, Laboissière oncle (prêtre), Laboissière neveu (prêtre), Laboissière fils cadet. Le chanoine de Laboissière" mourut  (à Perpignan le 9 août 1809).

Fossa verra effectivement Laboifsière et lui demandera par la suite depuis Cadix  de l'aide pour qu'il lui trouve une place.  La réponse tardera mais ne  le surprendra pas. D'ailleurs dès le 10 décembre 1805, il avait envoyé à Madame Campagne ce "portrait":

"L'Abbé Laboifsière° est comme tant d'autres: ils trouvent toujours facile ce qu'ils ne sont pas exprefsément chargés de faire, et si on les en prie sérieusement ils trouvent à chaque pas des difficultés qui rendent leur bonne volonté inutile."

Pourquoi avoir retenu ce Laboifsiere dans ce questionnement du rapport de Fossa aux mathématiques? Parce qu'il lui o offert à un moment une illusion de pouvoir travailler dans un secteur qui n'était ni l'armée ni le commerce.
 
     "L'abbé Laboifsière vient enfin de me répondre: il étoit tems. Il me donne des défaites que j'ai reçues comme des excuses; ce n'est qu'ainsi qu'on peut se faire des amuis dans ce monde. Il n'est pas pofsible de me placer dans le commerce à Malaga, mais il y a, dit-il, trois places vacantes de Profefseurs d'Arithmétique au collége Royal de St Elme° de cette ville, où il vient lui-même d'obtenir une chaire de langue française; elles doivent se disputer au concours, et elles pourroient m'arranger au moins en attendant, parcequ'elles sont ordinairement remplies par des officiers de terre ou de marine. Je viens de lui écrire qu'il fafse son pofsible pour me faire nommer par interim en attendant le tems fixé pour le concours, qui est encore indécis et peut trainer longtems. S'il y réussit je pars de suite. Je ne te cacherai pas que je lui ai l'obligation de m'avoir offert de l'argent pour faire le voyage, que je compte pourtant n'accepter quà la dernière extrémité (Lettre de Cadiz 20 janvier 1806) ."

    °Collège destiné à l'instruction des gens de mer.
    
    Mais l'arithmétique, mot que dans un courrier il souligne d'un trait comme pour exprimer  à la fois espoir et appréhension,  va tomber à l'eau.

    "Laboifsière m'avoit berné de l'espoir de deux ou trois chaires d'arithmétique au collège de Malaga, et enfin il vient de me dire que pour occuper deux de ces places-là il faut être à même d'enseigner le pilotage et la navigation, et pour la troisième il faut savoir toutes les parties de hautes mathématiques dont je n'ai aucune idée et qu'on n'enseignoit pas même dans les colléges ou j'ai appris ce que j'en sais. Vraiment le titre de Professeur d'arithmétique convient bien à des maîtres de cette espèce! En outre ces places doivent se disputer au concours, les examens sont très rigoureux, et le collége recule tant qu'il peut l'époque de ces concours, parcequ'il n'y a pas de fonds même pour payer les profefseurs  actuels. Voilà donc tout espoir perdu quant à Laboifsière, et si nous mettons dans un alambic tous ceux qui nous font des offres  après la plus légère épreuve nous les trouverions tous de (!) même." (Lettre de Cadiz 7 février 1806). 

Toutefois, notera de Fossa :

"Les connaifsances que Laboifsière a l'air de me supposer se trouvent à peine dans un profefseur blanchi dans son métier; où diable pourrois-je les avoir acquises." "Lettre de Cadiz 9 mai 1806)

(François de Fossa ne fut donc pas professeur d'arithmétique à Malaga, ville où verra le jour en 1881, soit 75 ans plus tard, Picasso.)

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