C'est peu dire que le peintre Joseph Mauréso n'aime pas les hauts et beaux lieu, d'ici et d'ailleurs et montre le déploiement de son oeuvre plastique de cloîtres en châteaux avec ou sans forts ou de châteaux en cloîtres, ou les deux dans la même saison. Sitôt décroché de l'admirable galerie du château de Crouseilles, le voici accroché, posé ou suspendu en la chapelle du fort de Bellegarde, au Perthus.  Ce n'est pas la première fois qu'il y monte et s'y montre non pas pour animer estivalement les murs mais pour surprendre, étonner, éberluer (qui sait) les regards des visiteurs. L'artiste est connu par la constance et la méticulosité de son travail comme pour l'impact plastique de ses compositions qui, ici, ne sont pas livrées au seul fol hasard du geste ni à un gps doctrinaire.  De même qu'il ne s'interdit aucune coquetterie, de même ne chasse-t-il pas la suggestion naturaliste ou narrative. Ses oeuvres que signe un style (pas seulement une habile manière de faire) en appellent au regard comme vidéo et pas seulement comme photo et à la réflexion. Y compris lorsque, et l'on pourra sans doute le vérifier avec sa présentation à Bellegarde, un paradoxe sinon une négation, une stratégie du brouillage et du soupçon s'y... affichent. N'a-t-il pas donné comme titre à sa série de peintures, un très déclaratif "illisibles"? Sorte d'incise pédagogique dans le tableau cherchant,  à ruiner, peut-être,  toute velléité de lecture (à la barbe des traqueurs de sens, shootés au "ça veut dire") pour accroître le contact sensoriel immédiat avec les images d'ouate ou de cristal, éclats minéraux, élancements végétaux.... Ne  nous prévient-il, avant la montée des marches du Fort et l'entrée dans la chapelle d'un possible malatendu? Se met-il à l'abri d'injustes et de faux projectiles d'interprétation? Ciels et terres, en émoi. Tables des lois, raturées, ou en récriture. Nuagisme et palimpseste.  Chez Joseph Mauréso, il semble que cohabitent ce qui est de l'ordre de l'abandon et d'un après et ce qui est renaissant, ascendant, turgescent... Mais comment ne pas céder à la tentation de comprendre la peinture comme une fenêtre, un  miroir, une scène, une arène... Le tableau est là, il faut bien le voir. Son illisibilité proclamée ne le rend pas du même à coup à quelque invisibilité d'un lancinant d'où on vient et d'un pathétique où l'on va. 

Le vernissage de l'exposition Joseph Mauréso aura lieu  vendredi 16 juin à partir de 18 h 30, au fort de Bellegarde, au Perthus. Elle restera en place jusqu'au 17 septembre.

xxx