En 2013, disparaissait à l'âge de 42 ans une jeune et brillante artiste du nom de ÉLISE SENYARICH, de père portugais et de mère française. Née à Toulouse, elle fit un premier cycle d'études à l'école des Beaux-Arts de Perpignan (rue Foch N°2), réussissant en 1992 son Diplôme National des Beaux Arts, qui lui permit de s'inscrire à l'école des Beaux-Arts de Marseille (Luminy), qu'elle quitta en 1995 avec un Diplôme Supérieur d'Expression plastique, bien parée pour se lancer dans la vie. Donnant des cours, animant des ateliers, exposant, elle se faisait connaître surtout à l'occasion d'expositions collectives, attirant l'attention sur un travail très personnel, à l'imagination teintée de fantastique, expressif et ironique, aussi graphique que chromatique. Deux expositions individuelles, les deux à Marseille, en 2001 et 2006 confirmaient les espoirs que certains avaient placés en elle, dont Jean-Pierre Alis de la galerie Athanor et d'anciens condisciples de Perpignan, où pour la première fois elle avait affronté le regard du public, avec un travail intitulé "La vache et son bol de riz", dans la vitrine de l'école (aujourd'hui Centre d'Art Contemporain Walter Benjamin) donnant sur le Pont d'En Vestit. Emportée par une longue et douloureuse maladie le 14 avril 2013, elle laissait en atelier une oeuvre assez considérable. La famille de la jeune artiste décida de la rassembler, de la faire étudier et de la promouvoir. Un très beau résultat en fut la création, par le père d'une Fondation Elise Senyarich à Lisbonne, et la sortie en 2015 d'un magnifique catalogue bilingue portugais/français, signé C.S. Rocha,"Toiles et cahiers d'artite"/ "Telas e cadernos de artista", grâce au concours Fondation de France et Fondation luso-française Elise Senyarich. Un extraordinaire outil pour découvrir et comprendre, textes et images, cette oeuvre à inscrire, en partie, dans le champ de la peinture nouvelle-figuration...Ces jours-ci VOIXéditions (Elne) ajoute une merveille à l'ouvrage-référence de C.S. Rocha avec également...un catalogue. Titré tout simplement Elise Senyarich, il rassemble une partie des Carnets de l'artiste et plus particulièrement de l'année...1992. La seconde année de sa présence à l'E.B.A de Perpignan et de son diplôme de fin de cycle. Une contribution, introduite par un texte de Jean-Paul Gavard-Perret ("Épreuve de densité") et la reprise d'un texte de Alain Duveau (Brève nouvelle) publié dans Les Cahiers du Schibboleth, ô combien bouleversante par ce qu'elle nous dit non seulement d'un rapport à l'écriture, à la poséie, au dessin et à la peinture, mais aussi d'un rapport angoissé à l'école, au père, au pouvoir, à la vie amoureuse. Observations quotidiennes, lapidaires, bribes de projets, notes de cours, croquis jouant avec des pages d'un livre de compte, ses colonnes de chiffres ou ses colonnes vides, recouvrement-effacement par les encres et ses couleurs, effets de transparence, et de palimpseste, dialectique de l'économie comptable, budgétaire et de l'économie poïétique, jouant l'horizontalité et non la verticalité, du simple croquis nerveux (crobard de téléphone) à des formes plus expressives: oiseaux, "anthropoiseaux": des tranquilles pigeons, aux inquiétants corbeaux. Dans ce livre, qui date un éveil à la création et à l'investigation thématique, le bestiaire où l'on croise aussi des lévriers et des chiens-loups bien peu rassurants, est prédominant et on peut y lire (en faisant parler les dates le livre de compte est de 1967/68 et le travail de Senyarich bien marqué 1993, mois et jour à l'appui), un effort d'éloignement d'un passé (de chiffres et de lettres ou signes: dollars, sterling, francs français, francs belges) d'une dette, qui entrave l'épanouissement d'une conscience artistique qui alors à une vingtaine d'années. Il y a dans ce catalogue des pleines pages , simples ou double, qui quoique dans couleurs sombres et climat crépusculaire sont fascinantes: ces oiseaux en cages (p.28), et ces oiseaux au gibet qui rappelleraient la ballade des pendus de Villon (p. 34/35). Il est également de véritables peintures sur papier qui hissent leurs couleurs de braises, attisées par l'incompréhension, la colère, le refus.  Cette publication (une nouvelle réussite au capital créatif de Richard Meier qui la présente modestement comme un fac-simil de Carnet) non seulement sert la mémoire de l'artiste disparue mais constitue un document sur un moment pédagogique de l'Ecole aujourd'hui fermée  après avoir été pionnière en plusieurs domaines. Moment pédagogique, où se perçoivent par exemple des reflets de cours, des fragments de bibliographie, où se lisent des prénoms de condisciples, clairement comme Sophie, ou à peine voilé comme Christian et, certainement une attention plus poussée y repèrerait-elle quelque nom d'enseignant. ELISE SENYARICH. Souvenons-nous d'elle, découvrons-la, AIMONS LA.  

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