1817-2017: Il y a exactement deux cents ans François de Fossa, l'officier compositeur, retrouvait sa famille et Perpignan.  Apporte-t-il beaucoup de musique dans son bagage, quand il met pied à terre à la porte Notre-Dame, en...1817. La date exacte ne nous est pas connue. On sait en revanche l'itinéraire et la période de son voyage de Bordeaux à Perpignan. Il les a lui-même indiquées dans une lettre à sa soeur après avoir été assuré de partir en semestre.

Dans une lettre, en date du Ier août 1817 il lui dit: "il n'y a que l'inspecteur gal qui décidera à son arrivée le départ des semestriers, ce sera au moins le Ier octobre". Et le 4 octobre de Bordeaux   "Je te dirai seulement que demain à 4 h du matin je me mets en route avec un voiturier qui porte tous mes effets à Toulouse ; il s'engage à y arriver en 4 jours, ce qui me semble bien fort. J'y passerai 24 h, en partirai vraisemblablement le dix par le canal pour arriver le 12 à Narbonne et le 13 à Perpignan." Aucune lettre hélas ne confirme cette feuille de route, mais une lettre à "Ma chère dame et compatriote", que nous n'hésitons pas à identifier comme étant Mme de Marguerit, lettre écrite à Perpignan et datée du 4 novembre 1817 prouve qu'il est  dans sa ville natale en automne, aux premiers jours du mois de novembre et qu'il y est certainement arrivé courant octobre. 

Si la feuille de route n'a pas été modifiée, Fossa est parti de Bordeaux le dimanche 5 octobre 1817. Le mercredi 8 octobre, il arrivait à Toulouse d'où il repartait le vendredi 10. Le dimanche 12 octobre, le voilà à Narbonne et le lundi 13, le voici à Perpignan. Fossa dans sa lettre dit avoir tardé écrire et jette un léger trouble de... deux quinzaines. Ce qui devancerait son arrivée au tout début du mois d'octobre. Chose impossible puisque le 4 octobre, il encore à Bordeaux, ainsi qu'en témoigne la lettre à sa soeur. Il est appert que notre épistolier a fait une confusion, parlant de deux quinzaines là où il y avait lieu de parler de deux semaines. On retiendra le 13 octobre comme date de son arrivée. Vraisemblablement un lundi de grandes retrouvailles!

"Me voilà enfin rendu à mes Dieux Pénates après une absence de 13 ans, ou plutôt de 25 ans, interrompue par un séjour de trois mois au bout de la douzième année."

Ce sont les trois mois de l'été 1805 qu'il passe Perpignan dans "la maison face à la fontaine Na Pincarda". A peine rentré du Mexique, il y fait un séjour qu'obligeait le mariage de Thérèse avec Joseph Campagne, et la naissance de leu premier enfant François, dont il avait "revendiqué" et obtenu le titre de parrain. Mais ce séjour de coeur avait été très discret, presque clandestin, pour des motifs d'ordre politique dus à sa situation d'émigré de 1793. Ce n'était plus le cas en cette année 1817, il était capitaine de l'Armée royale. Ce voyage à Perpignan, il en rêvait depuis longtemps. Depuis le retrait des troupes d'Espagne et Montauban, où il se trouvait en décembre 1813, auprès de Miguel Joseph d'Azanza, Duc de Santa Fe, joséphin aujourd'hui en exil, que le jeune Fossa avait accompagné comme page à la vice-royauté du Nouvelle Espagne (Mexique), qu'il avait ensuite servi comme secrétaire particulier, et qu'il considérait comme son protecteur, son saveur, son "second père". Pour aussi capital que lui semblait ce retour au pays natal, les événements et son sentiment de fidélité, le forcèrent à l'ajourner. Il se vit dans l'obligation d'accompagner le Duc à Paris, pour s'occuper avec lui des secours à apporter aux réfugiés espagnols, dont il ne cachait pas qu'il était totalement solidaire, qu'il était comme l'un des leurs...

Nombre de mois s'écouleront entre la déception de ne pas retourner en Espagne (où l'attendait une promesse de mariage avec la nièce d'un de ses amis madrilènes) et l'espoir de se voir placé en France, comme le souhaitait sa soeur. Il "choisira" avec son coeur bourbon  mais sans qu'il ait une âme particulièrement belliqueuse, la soumission à Louis XVIII et l'armée royale. Ce sera après moultes attentes (au bon vouloir d'une Providence) et projets (partir en Martinique, en Angleterre), interventions et recommandations (députés et proches de la famille), il se voit nommé capitaine d'enfanterie de ligne à la Légion de l'Allier, et affecté à Moulins. "Me faire capitaine de la garde Royale ou Major dans une Légion, ce serait très facile à quelqu'un d'aussi ancré que lui" (il parle ici d'une connaissance familiale"actuellement général français"). La 2e de ces deux places me conviendrait mieux que la Iere; il y a beaucoup moins de dépenses à faire, tout autant d'émoluments et des occupations bien plus de mon goût" se plaint-il dans une lettre du 27 août 1817 appelant l'aide de sa soeur: "Si tu trouvais l'occasion tu devrais lui en parler: j'ai fait longtemps en Espagne les fonctions de Major, bien plus difficiles et  et compliquées qu'ici; et c'est moi qui suis désigné par le Conseil d'administration du Régiment pour remplacer le nôtre en cas de maladie".

La décision du voyage à Perpignan sera prise dans un moment de lassitude. Il le fallait, d'autant, écrit-il de Bordeaux le 15 juillet qu'il ressent"un vrai besoin de m'éloigner d'un chef injuste, arbitraire, capricieux qui me vexe à tous momens pour avoir rempli un devoir sacré."  Son semestre de 1817 va lui en donner l'occasion. Octobre marque l'ouverture du chemin des retrouvailles.. Entre le souhait de venir à Perpignan et la réalisation du voyage, presque quatre années se seront écoulées. Enfin, chez lui.: "La maison située vis-à-vis de la fontaine de la Pincarda renferme tout ce qui m'y est cher" avait-il rappelé à Thérèse dans une lettre parisienne du 16 avril 1814. auprès de celui qu'il avait accompagné au Mexique, et qui fut, à son retour en Espagne, son protecteur, son sauveur et, comme il aimait à l'écrire, son "deuxième père": Miguel Joseph d'Azanza, Duc de Santa Fé, aujourd'hui en exil -et vieille connaissance de sa soeur Thérèse. Un nom qui jusqu'à cette époque revient souvent dans sa correspondance. Du sort d'Azanza, sans nul doute, il entretiendra sa soeur et de beaucoup d'autres choses. Par exemple des vrais dommages occasionnés à la Citadelle par le grand incendie du 4 juillet 1817 et qu'il avait évoqué avec sa soeur dans deux lettres bordelaises. D'abord, le 15 juillet: "Qu'est-ce que c'est donc que cet orage du 4 juillet? La relation que je viens d'en lire dans le mémorial bordelais m'a fait trembler pour toi, pour ta famille et pour toute la ville. L'effroi doit avoir produit des suites fâcheuses...je serai sur les épines tant que je ne recevrai point une lettre de toi postérieure à ce fatal événement." Ensuite, le Ier août:."Les détails que tu me donnes sur le malheureux événement qui a failli engloutir notre ville m'ont fait trembler. Est-il possible que des paratonnerres ne soient point établis sur tous les magasins à poudres et dépôts d'artifices? Si le Gouvernement est trop pauvre en ce moment pour subvenir à cette dépense pourquoi la Ville n'en ferait-elle pas les avances? Un malheur est bientôt arrivé; il est facile et peu couteux de le prévenir, difficile et peut-être impossible d'y remédier après-coup".

Oui, François de Fossa a bien des choses à raconter et à demander. Sa malle de voyage en déborde.  Le 17 septembre 1817, il écrit: "Je compte tout emporter, musique, livres et guitare; ce qui remplit une forte malle, qu'on porte toujours avec soi par les voituriers, agrément qu'on ne saurait se procurer sans de grands fraix par la diligence. Musique, livres et guitare: rien  dans cette trinité qui ne puisse le rendre sympathique aux gens de paix, en dépit de l'uniforme qu'il arbore.  On regrettera cependant qu'il n'en dise pas plus: un titre de partition, ou de livre; un nom de luthier, ou de marchand de musique, ou autres friandises dont son friands le journaliste comme l'historien professionnel ou amateur. Il n'apportera aucune précision non plus sur son voyage par terre et canal. Et c'est bien dommage, car surtout la partie fluvial de son trajet s'inscrit a un moment historique de ce canal, le canal bien sur du midi, dont on peut rappeler ici quelques dates  1776 : Mise en service du Canal de Brienne à Toulouse. 1777 : Travaux pour la jonction du Canal à la Robine (Narbonne). 1786 : Projet destiné à modifier le cours du canal pour le faire passer à Carcassonne. 1787 : Achèvement du canal de la jonction à la Robine, en passant par Sallèles d'Aude. 1810 : Le canal passe enfin par Carcassonne. Quand, il débarque à Narbonne le canal a 41 ans et lui 42 ans. deux contemporains.

1817-2017. Deux siècles se sont écoulés. Il y a deux siècles, avec un léger retard sur le jour de son anniversaire, le 31 août, François de Paule  Jacques Raymond de Fossa, fêtera en octobre à Perpignan et en famille ses 42 ans. On ne saurait imaginer qu'il le fît sans vin de Rivesaltes dont il était nostalgique ou du Médoc, "l'un des plus renommés du Bordelais" (18 septembre 1816) qu'il avait apprécié sur les bords de la Gironde.  De même, passées les émotions du retour, des retrouvailles, pouvait-il s'interdire de pincer de la guitare, d'évoquer quelque soirée de Blaye, chez les amies de sa soeur "Elles m'ont fait faire connaissance avec toute la ville de sorte que j'ai plus de société à Blaye que je n'en avais à Paris. Il y a surtout beaucoup d'amateurs des deux sexes, et nous faisons de la musique assez souvent". ( 21 octobre). Ou encore pouvait-il, avec sa grande confidente, ne pas revenir sa fiancée espagnole: Tomassa Pintado, nièce de son viel ami madrilène Cipriano Salinero. "J'ai une lettre de Tomassa qui n'a pas encore parlé de moi à son père, parceque qu'il se trouvait absent du village. J'attends avec impatience le résultat de cette démarche et je suis décidé à tout perdre; je ne me regarderais même pas comme malheureux si ce que j'avais en vue, il y a trois ans avait lieu aujourd'hui.” (18 septembre 1816).  "Je t'ai parlé de Salinero dans ma dernière lettre, je n'ai plus reçu de ses nouvelles, mais si fait bien de sa nièce qui prétend ne m'avoir jamais oublié. Sa mère est sérieusement malade et c'est la seule chose qui l'a empêchée de faire part de mes propositions à sa famille." (14 novembre 1816) 
"Il faut que je réponde à M. Pintado et à sa Dlle je ne sais encore en quel sens je le ferai." (Bordeaux Ier août 1817)... "En espagne on commence à me négliger. Les absens ont toujours tort, et d'ailleurs la famille qui a beaucoup perdu à la révolution n'est-peut-etre pas à même de donner la dot requise par notre gouvernement. Je me consolerai de cette perte, comme je me consolerais de tout autre de ce genre lors même que les choses auraient encore été plus avancées. Toute réflexion faite, je ne serai jamais fâché de garder ma liberté." (idem)

"Où en sommes-nous...", lui demandera Thérèse soucieuse de toutes les vies de son "frérot", de son "xiquet" (on ignore par quel diminutif on le désignait en famille): vie de "réfugié/rapatrié", vie sociale, amoureuse, militaire, musicale... Et, lui comme il le fait dans ses lettres en articles séparés s'informera des affaires familiales, de ceci et de cela, et des affaires de la ville, d'un tel et d'une telle, parent ou simple connaissance de jadis, comme de François Frion, le Géant (remarqué par Napoléon), revenu en sa ville, retraité et malade, François Frion, l'ami d'enfance de la rue Na Pincarda, François Frion, Picard comme était surnommée sa famille au pied du Castillet, dans l'intra-muros de l'époque, François Frion, ce modèle provincial et parisien des peintres (Gamelin et Vien le jeune, etc.),  François Frion, cet inspecteur d'exposition d'Industrie et bibliothécaire au (jeune) Conservatoire National des Arts et Métiers duquel il tenta vainement, malgré entretiens et intervention parlementaire, d'obtenir sa place...ce qui l'aurait détourné  du giron militaire.  Lors de son séjour à Perpignan,  semestre 1817/ 1818  Perpignan, les deux François se rencontrèrent-ils? Point de documentation scellant une réconciliation. Frion s'éteignit le 11 janvier 1819. A ce moment là, le capitaine de Fossa était en garnison à Lyon.

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