LA FOSSAMANIA GAGNE LE SOLER
Le dimanche 8 novembre 2015, à 17 h 30 l'Espace Martin Vivès, de Le Soler, accueille un hommage à François de Fossa, militaire et compositeur, né à Perpignan (le 31 août 1775) et mort à Paris (le 3 juin 1849). Cet hommage s'inscrit dans une suite de manifestations organisées dans le département à l'occasion du 240 ème anniversaire de la naissance de celui que l'histoire a retenu comme le Haydn de la Guitare. Il aurait été incompréhensible de ne pas voir une affiche Fossa dans la commune, culturellement fort active, et lieu de résidence de Jean-Francisco Ortiz, musicien bien connu mais dont on ne sait pas encore ou vent s'en persuader qu'il est l'un des pionniers de l'interprétation de sa musique en Roussillon et en France. D'une certaine façon, par son ambassadeur, Fossa est chez lui au Soler -même si sa correspondance (connue) ne cite pas le nom de cette localité, alors qu'y sont mentionnés Molitg, Prades, Vinça, Salses, Rivesaltes, Ponteilla, Le Boulou, Le Perthus et Collioure. Un concert très attendu à la fois par celles et ceux qui goûtent la musique de guitare et de chambre de François de Fossa et de ceux qui sont impatients de la découvrir, et auxquels l'émergeante fossamania locale (roman historique, concerts, théâtraisations, colloque et exposition-notamment à Perpignan), offre un rendez-vous de toute première qualité. Pour cet hommage et soucieux de ne pas tomber dans la reconduction de la même formule de spectacle, Ortiz s'est associé au théâtre LB Scène du Boulou pour offrir du théâtre musical.
Mais, où se trouvait et que faisait François de Fossa le 8 novembre 1815, il y a donc très exactement deux cents ans. Ce que l'on sait c'est qu'il est à Paris, où il est arrivé au début de décembre 1813 et où il vit avec son protecteur Miguel Joseph de Azanza, Duc de Santa Fe, en exil. Après avoir espéré un retour en Espagne, il envisage un emploi en France et se démène pour trouver une place. La Restauration lui ouvre une perspective militaire, après la chute de Napoléon Ier. Cette place, il ne l'obtiendra pas par un simplement claquement de doigts, il lui faudra de la diplomatie, de l'entregent et quelques courbettes -même si épistolairement il laisse entendre qu'il n'en a jamais été un habitué. En ce mois de novembre, l'horizon "professionnel" s'est bien éclairci, même si du côté de la bourse, le "dégel" n'est pas encore à l'ordre du jour. En effet, c'est avec bonheur qu'il relit cette lettre (il habite alors à Paris " rue St Hyacinthe-St Honoré N° 4") on ne peut mieux explicite qui dit
"Aujourd'hui vingt trois septembre 1815 le Roi étant à Paris, prenant une entière confiance en la valeur, la bonne conduite et la fidelité de Sr de Fossa (françois) ancien officier, Sa Majesté lui a conféré le grade de capitaine d'infanterie pour tenir rang à datter du vingt avril mil huit cent quatre et avoir dans ce grade dix ans, six mois et sept jours de service y compris quatre campagnes.
Mande Sa Majesté à ses officiers généraux et autres à qui il appartiendra de reconnaître le Sr de Fossa en cette qualité". Par ordre du Roi. Le ministre Secrétaire d'Etat de la Guerre: (Signé) Duc de Feltre.
Mais tout ne coule pas immédiatement de source. Capitaine d'infanterie, c'est gagné, mais pour quelle légion et destination? Suspense. Sa préférence ( sans qu'il ne la motive) va à la Légion de l'Oise, on l'affectera à celle de L'Allier, ce qui ne le réjouit guère (sans que l'on sache vraiment pourquoi), il en protestera mais ne se verra pas satisfait dans sa demande. A la Légion de l'Allier, il ira donc. La garnison est à Moulins, en Auvergne. Il la rejoindra le 12 janvier 1816 (le lendemain la dite légion devient le 3ème Régiment d'Infanterie de Ligne.
Le suspens aura donc duré plus de deux mois, de fin septembre au début janvier.
Si nous ne savons pas exactement ce que fait François de Fossa ce 8 novembre 1815, on sait cependant que le
le 4 novembre 1815, il adresse la supplique suivante “Mgr le Duc de Feltre, Ministre de la Guerre” :
"Ne possédant plus rien en France, où tous mes biens ont été vendus par suite de mon émigration, je n'ai, pour subister, d'autre ressource que les appointements que la bonté du Roi daignera m'accorder".
En attendant, précise-t-il, "que j'obtienne d'être employé activement dans un corps, comme je ne cesse de le demander".
et Sept jours plus tard, le 11 novembre 1815, il lui réécrit:
"Après avoir passé presque toute ma vie au service de l'auguste maison des Bourbons en Espagne, lorsque le noble but auquel j'ai sacrifié ma fortune en France fut atteint l'année dernière par les souverains alliés, je m'empressai d'offrir au Roi mes services par l'organe de la Commission qui me jugea susceptible de la croix de St Louis et du grade de Capitaine d'infanterie" à des émigrés, anciens et devoués serviteurs qui, après avoir tout sacrifié à la cause de leur souverain légitime, ont constamment servi les Princes de son illustre famille, et qui, rentrés dans une Patrie où ils ne possèdent plus rien que le souvenir d'avoir toujours leur devoir, seraient condamnés à y mourir de faim si on leur refusait le solde d'un grade qu'ils ont acheté au prix de leur dévouement, de leur sang et de leur fortune."
Enfin dans un troisième document qui est un rapport particulier présenté par le Colonel de la Légion en Seine et Oise daté du 25 novembre 1815 pour que Fossa puisse appartenir à la dite légion en qualité de Capitaine, on peut lire à la suite des données identitaires, services et campagne) cette appréciation:
"bon officier; moralité: sentiments distingués, principes: surs et confiants, fortune: anéantie par l'émigration; non marié, physique: tournure militaire, taille moyenne."
On sait ce qu'en novembre est notre Fossa militaire, mais que sait-on du Fossa guitariste. Pas grand chose. Exceptée des hypothèses. Qu'il en joue pour se distraire, qu'il ne doit pas manquer de rendre visite à des éditeurs marchands de musique, à d'autres musiciens, compositeurs ou interprètes, venus d'Espagne, d'Italie, ou d'ailleurs. Lors du Colloque François de Fossa qui s'est récemment tenu à Perpignan aux archives départementales des Pyrénées-Orientales, l'un des doctes intervenants, Bruno Marlat a parlé d'une rencontre (déjà évoquée dans un numéro de "Guitare classique") avec Ferdinando Carulli (1770-1841) , le grand compositeur napolitain, marié à une française et installé à Paris . "Il rencontre vraisemblablement Carulli puisque celui-ci lui dédie son opus 84 qui parait au début de l'année 1815: Trois Menuets et Trois valzes pour guitare, composés et dédiés à Monsieur Fossa."
Marlat dit que cette rencontre a pu avoir lieu en 1813, à Paris. Ce n'est pas bien sûr impossible, puisque Fossa est "parisien" dès le 10 décembre, mais il est peut-être plus vraisemblable qu'elle ait eu lieu dans le courant de l'année 1814.
En tout case le nom "Monsieur Fossa" apparaît sur un oeuvre éditée d'un frère en guitare et pas le moindre. François Joseph Fétis, en son temps, écrivit que Carulli, install dans la capitale depuis avril 1808 "devient très rapidement à la mode, incontournable comme professeur, applaudi comme concertiste et irremplaçable comme compositeur". On imagine assez aisément François de Fossa se rapprochant de lui, d'autant qu'il avait publié en 1810-11, une fameuse "Méthode complète de guitare ou lyre".
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