SCOOP
Je le vois bien à votre tête. Cette grimace, de bonne élève, cette assiduité à vous repointer devant moi, toutes dix minutes. Je sais que vous attendez, espérez, trépignez et me priez de vous livrer le SCOOP. Cette chose que nul autre avant moi (aveuglé par l'argent, essoufflé par la compétition, éreinté par les financiers astrologues, floué par la conjoncture diurne et les conjectures nocturnes), oui nul autre que moi a su vous ANNONCER. En d'autres temps, j'aurais user du verbe REVELER, mais je n' y crois plus. Je suis devenu un tactile comme Saint-Thomas. Qui, à part moi, pourrait vous l'ANNONCER? Vous vous détournez des soucoupes volantes qui ne savent où se poser. Bondées d'informations craquantes comme elles nous le rabâchent si mensongèrement. La terre n'en veut plus! La lune les regarde d'un sale oeil sanguin. Là-bas, toutes les étoiles filent pour ne pas être rattrapées. Les vents, regroupés en oligarchie, les poussent vers la mer. Fin de tempête! Vous êtes là, collés sur l'écran, je vous entends respirer, nous sommes sourcils contre sourcils, dans ce même instant à l'occupation de notre rencontre. Vous voulez que je parle mais vous... écris. TRop de paravents encore nous séparent. Je l'imagine... Vous êtes assis, presqu'aussi quiet que dans une église. Vous regardez cette lumière devant vous. Je le vois...Vous vous caressez le bout du nez en avalant un regret: une fois encore, il ne dit rien. Pourquoi donc ce cinéma de l'écriture, pourquoi cette folie de remplir des rectangles avec des lettres et des lignes; des lignes qui ne sont même pas courbes et faussement brisées, et ces lettres qui ne jouent même pas avec des chiffres. A l'ancienne. Vous êtes déçu mais comme vous êtes bien élevé et que vos ongles sont coupés ras, vous ne direz rien. L'impatience vous marquera au fer rouge mais vous tiendrez bon. Votre haine vous la garderez dans votre gosier pour ne pas m'en souiller. Bien sûr, vous m'aimez encore, je le sens et le vois, ne vous déplaise, je sais que vous n'êtes pas à votre aise. Vous vous approchez de moi comme si j'étais votre dernier recours. Je ne tomberai pas dans ce panneau. Il y a de la buée sur mon écran. Sans doute votre tribut d'attention et de tendresse? N'est-ce pas? Rassurez-moi , ce n'est pas votre dîme de crachat que vous me versez là? Décrispez-vous, cool! Ce n'est pas en cet instant précis aussi solennel que fugace, que vous aurez LE SCOOP, MON SCOOP, CE SCOOP que tous les autres vous refusent, trop contents de le nourrir pour leurs seuls seins. Mais je le pressens, il ne tardera pas une semaine à déployer sa rousse bannière. En voici, en attendant, un petit bout. "Non, le cirque n'est pas d'être démonté. Sachez seulement mais ANNONCEZ-LE autour de vous NOUS AVONS PLUS BESOIN DE BONS ACROBATES QUE DE MAUVAIS CLOWNS". -Que veut-il dire? Interroge la petite dame assise chez Copi. Je le vois bien à sa tête d'ail, mon explication ne l'a pas éclairée. La musique cesse. Le rideau tombe. Les fauteuils se ravattent et claquent. Le public court vers la sortie. J'éteins mon appareil.
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